Histoire de l'exploitation du lignite à Plan d'Aups Sainte-Baume

Plan-d'Aups-Sainte-Baume est une commune du département du Var, qui se trouve au nord du massif de la Sainte-Baume, à une altitude moyenne de 700 mètres. Le village est réputé pour sa proximité avec la forêt de la Sainte-Baume, une forêt de hêtres et de chênes, ainsi que pour la grotte de la Sainte Baume et le massif rocheux culminant au Saint Pilon, à 1100 mètres d'altitude. Aujourd'hui c'est un site protégé, dans le cadre du Parc Naturel Régional de la Sainte Baume. La grotte de la Sainte Baume est un lieu historique lié à la légende de Sainte Marie Madeleine. Voir une précédente conférence ici sur l'histoire de la Saine Baume.
Communes voisines
La commune de Gémenos dont il est question dans ce qui suit est à une altitude de 134m et son point le plus haut est à 1041m au Mont Bertagne. Une autre commune dont il sera question est Saint-Zacharie. La troisème est Nans les Pins. Comme on va le voir, les communes de Gémenos, Plan d'Aups et Nans les Pins ont des gisements de lignite sur leur territoire, formés lors de l'histoire géoogique de la Sainte Baume. Ces gisements de faible valeur économique (capacité calorifique) ont été explorés ou exploités à petite échelle et pendant peu de temps au XIXè siècle, il y a presque 200 ans. En voici l'histoire.
La révolution industrielle
La révolution industrielle en France suivait la révolution industrielle en Angleterre et l'évolution technique qu'apportait l'invention de la machine à vapeur et son emploi dans divers secteurs industriels: métallurgie, verrerie, céramique et poterie en argile cuite. Dans la région, de telles activités de production existaient à Aubagne, Gémenos et Saint Zacharie, communes situées 600m plus bas et séparées par des barres rocheuses. Or c'est dans ces communes que se situaient la population et les activités économiques de production de l'époque.
A cause de l'insuffisance du charbon de bois pour alimenter ces productions, le "charbon de terre", était en vogue comme en Angleterre. On connaissait la présence de "charbon de terre" (lignite) à Gémenos, à Plan d'Aups et à Nans les Pins où de nombreux affleurements de lignite existaient et donnaient lieu à des petites extractions par les habitants locaux de l'époque - 87 en 1831.
Le code minier français
En France les ressources du sous-sol appartiennent à l'Etat; il faut donc demander et obtenir l'autorisation d'explorer et d'exploiter sur un espace délimité, dans une concession. C'est ainsi qu'au début du 19è siècle, Plan d'Aups puis Gémenos et Nans les Pins obtinrent des concessions, sans doute à l'issue de connaissances bien antérieures, sur la combustibilité du matériau de ces affleurements. La concession de Plan d'Aups date de 1829, celle de Gémenos de 1856 et celle de Nans les Pins de 1866. La concession de Plan d'Aups est donc la plus ancienne, sans doute en raison de l'étendue des affleurements de lignite et de leur usage par les locaux pour le chauffage.
Les concessions entrent dans l'inventaire minier suivi par le BRGM et sont soumises au code miner. Elles peuvent se transmettre. Jusqu'en 1919 elles étaient d'une durée illimitée, jusqu'à la demande en sens inverse de renonciation de la concession par le propriétaire. Ainsi la renonciation de la concession de Nans le Pins date 1936, celle de Gémenos de 1964 et celle de Plan d'Aups de 1987, par la Société Minière filiale de Péchiney Ugine Kuhlman. Après renonciation, l'espace est extrait de l'inventaire minier.
Concessions Gémenos, Plan d'Aups et Nans les Pins Source Geoderis.
A Plan d'Aups des travaux de recherche et d'exploitation dans le cadre de la concession accordée en 1829 sont connus à la Brasque, à la Chapelle, à Magdeleine et à Giniez. Il y a très peu de données précises sur ces sites et très peu de restes visuels. Les données qui restent sont connues grâce à une étude "d'aléas possibles après mine" de Geoderis, une structure créée par le ministère de l'écologie, la DREAL, le BRGM et l'INERIS. La DREAL remplace le service des Mines. Cette étude est disponible ici. Une grande partie de ce qui suit est tiré de cette étude.
La concession minière du plan d'Aups fut accordée sous le règne de Charles X en 1829, au seigneur de Gémenos. Mais ce n'est qu'en 1854 que l'exploitation commença dans un premier temps au site de la Brasque.
C'est pour des raisons de proximité et de liens avec Gémenos, que l'exploitation commença à la Brasque à l'Ouest de la commune pour fournir du lignite à Gémenos. Mais ce projet très difficile devint vite un échec et fut abandonné. Ensuite l'exploitation se déroula au site de Giniez. Les sites de la Chapelle et de Magdeleine ne donnèrent pas lieu à de l'exploitation.
Les couches de lignite sont orientées d'Ouest en Est avec un pendage de 10-15° du Nord au Sud, plongeant sous le massif de la Sainte Baume. Le probème de mise en exploitation de ces ressources était de les transporter vers un point d'utilisation. Or Plan d'Aups est en situation isolée et en altitude. C'est en raison de la proximité de Gémenos et qu'on a envisagé l'exploitation des affleurements au site de la Brasque à l'Ouest de la commune. C'est donc avec Gémenos que l'on pensait exploiter avec succès car il y avait de la métallurgie, de la verrerie et de la céramique.
Population:
Au Plan d'Aups en 1831 la population n'était que de 87 habitants les ouvriers pour l'exploitation sont venus d'Italie, d'où les noms italiens dans le village.
Le projet mort né de la Brasque
L'exploitation était donc conditionnée par un bon moyen de transport vers Gémenos. Vu l'altitude de la Brasque à 700m il fallait d'abord traverser le massif de la Sainte Baume du nord au sud. Un projet de tunnel fut d'abord envisagé mais c'est un chemin de fer à fil qui fut choisi. Il fallait monter le lignite au col de Bertagne à 880m - donc 180m de dénivelé - et de là le redescendre à Gémenos à 135m, soit une dénivelée de 745m, mais cette fois en gravité. Les moyens modernes de l'époque furent mis en oeuvre, à savoir un chemin de fer à fil. Une machine à vapeur de 50ch fut positionnée au col et utilisée pour la montée des wagonnets. Mais après sa mise en marche en 1860 et le début du projet, la production dût s’arrêter à la fin de l’année 1861. La machine à vapeur ne pouvait plus fonctionner car la source d'eau à cette altitude était tarie. C'était donc un projet mort-né par manque d'une étude de pré-faisabilité selon moi.
L'exploitation se déroula alors sur le site de Giniez qui couvrait alors la presque totalité du territoire de Plan d'Aups et dont les restes sont aujourd'hui le "Chemin de la mine", au milieu des lotissements récents à l'Est de la commune. La production avait alors pour exutoire la commune de Saint-Zacharie pour les fours de céramique.
Le transport se faisait par un chemin qui est devenu l'actuelle route RD480. Le lignite était descendu par des tombereaux tirés par des chevaux et le matériel pour la mine montait aussi par cette voie. Les exploitations se déroulèrent jusqu'en 1919. Voir ici.
La concession resta en vigueur jusqu'en 1987; elle fut renoncée sur demande du dernier propriétaire la société industielle et minière (CIM) par arrêté du 17 octobre 1987. La CIM avait aussi la concession de la mine de spath fluor de Fonsante. Elle demanda aussi à cette date la renonciation à cette concession. La CIM était liée à PUK Péchiney Ugine Kuhlman et sa société d'engineering SOGEREM.
Les populations respectives de ces communes en 1831 et 2022:
Les populations étaient restées stables jusque les années 1980. C'est n'est qu'à partir des années 1980, après la 2è guerre mondiale et la forte croissance de la prospérité, que la hausse exponentielle des populations a eu lieu, comme le montrent des fiches wikipedia des communes dans la documentation.
La deuxième exploitation se déroula sur le site de Giniez avec comme exutoire les fours à céramique de Saint-Zacharie et aussi des tentatives de commercialiser à Marseille, sans succès. Cette fois l'exploitation allait durer jusqu'en 1987, sous différentes formes et avec différents industriels, dont le dernier Péchiney Ugine Kuhlman..
Tout cela est expliqué par Victor Moussion, médecin historien local dans son ouvrage "Histoire de l'exploitation de lignite à Plan d'Aups.
J'ai trouvé toute cette histoire racontée par Victor Moussian ici par la Voix du Patrimoine.
Documentation:
- Gémenos
- Aubagne
- Saint-Zacharie
- Plan d'Aups
- Nans les Pins
- Parc Naturel Régional de la Sainte Baume.
- Chemin de fer à fil
- Plan incliné chemin de fer
- Galerie de photos Plan d'Aups
- Le droit minier français
- Toutes les mines charbon en France
- Images des mines de charbon en France
- Le chemin de fer à ficelle de la Sainte-Baume et la « machine » du col des marseillais Jean-Marc Thénoux
- Victor Moussion histoire du lignite à Plan d'Aups
- L'histoire de l'exploitation de lignite à Plan d'Aups racontée par Victor Moussion


