courrierinternational.com Claire Carrard

 

La fin du monde approche et c’est une bonne nouvelle

 

Chaque semaine, Courrier international explique ses choix éditoriaux, les hésitations et les débats qu’ils suscitent parfois dans la rédaction. La une du numéro en kiosque ce jeudi 21 novembre est consacrée à un sujet paradoxal : la crise climatique que traverse le monde peut-elle constituer un déclencheur salvateur de changement dans nos sociétés et nos modèles économiques ?

C’est un titre volontairement paradoxal que nous avons choisi de mettre en une de l’hebdomadaire cette semaine. Des incendies en Amazonie aux typhons en Asie, des sécheresses en Amérique latine ou en Afrique aux inondations à répétition en Europe, le dérèglement climatique menace chaque jour un peu plus la planète. Et pourtant il y a des raisons d’espérer. C’est ce qu’explique l’article du New Yorker, que nous avions repéré au printemps mais que nous ne publions que maintenant, pour des raisons de droit de reproduction notamment.

Chaque jour, les journalistes de Courrier international sélectionnent des articles dans les médias du monde entier. Avant de les traduire en français, il faut en racheter les droits. Ce n’est pas toujours simple. Certains journaux refusent, d’autres réclament des droits exorbitants, d’autres encore, comme le New Yorker, imposent un délai avant republication, histoire de ne pas concurrencer l’article original, paru en anglais. Cela nous a semblé raisonnable. À quelques semaines près, la fin du monde pouvait attendre. Le message, lui, demeure.

Choisir l’inaction c’est renoncer à la raison

Que dit cet article, au fond ? Il cite largement le dernier livre de David Wallace-Wells, La Terre inhabitable. Vivre avec 4 °C de plus [tout juste traduit chez Robert Laffont], selon lequel “la peur serait notre meilleure conseillère”. Pour le journaliste américain, “la peur seule peut nous pousser à l’action afin de permettre à l’humanité de garder la planète habitable”, explique le New Yorker. “Choisir l’inaction aujourd’hui, c’est renoncer à la raison.”

On l’a vu récemment et on le voit encore, la mobilisation des jeunes contre l’inertie des gouvernements face au réchauffement climatique, le mouvement Extinction Rebellion… ont fini par trouver un écho dans le monde entier. Et nous assistons peut-être au début d’un changement de paradigme en matière d’environnement. C’est en tout cas ce qu’espère Naomi Klein, pour qui “la crise climatique pourrait constituer enfin le déclencheur d’un changement de notre modèle économique”.

Pour accompagner cet article, nous avons cherché précisément quelques exemples de sursaut citoyen, d’initiatives privées ou publiques, qui attestent d’une prise de conscience massive quant à l’urgence de la situation. En Afrique, l’énergie solaire est en plein développement, au Royaume-Uni, la consommation de sacs en plastique a dégringolé de 93 % dans les supermarchés entre 2015 et le début de l’année 2019… Interviewé par la MIT Technology Review en mars, Bill Gates, relativement optimisme, citait une dizaine d’avancées technologiques (fusion nucléaire, steak fabriqué en laboratoire ou à partir de plantes, captage et stockage du CO2…) qui contribuent à réduire l’impact de l’homme sur le climat.

D’autres, à l’inverse, ont déjà pensé l’effondrement de notre civilisation. Du pionnier Jared Diamond, géographe et biologiste, au collapsologue Pablo Servigne, nous présentons en contrepoint un résumé de leurs théories, très en vogue ces dernières années. À vous de vous faire une opinion.

  1. Et si la fin du monde était une bonne nouvelle ?
  2. Extinction Rebellion, un mouvement trop radical  ?