La colique des retraites: la société française mise à nue

Pour moi la colique des retraites et la société française mise à nue, c'est cet image du secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, bon héritiier de Georges Marchais et du parti communiste.

Je réagis à l'émission de France 2 d'Edouard Philippe, reçu par Laurent Delahousse au  20h le 12/1/2020. Il ne m'a pas convaincu. Pas convaincu de la bonne méthode du gouvernement pour traiter ce problème crucial.

Le gouvernement s'est pris dans le tapis avec cette réforme dans sa pédagogie. Un régime universel est très difficile voire impossible à réaliser car cela implique une profonde révolution sociétale:

  • à cause des régimes spéciaux, pas seulement la SNCF la RATP et les fonctionnaires. Il y en 42;  le système a été construit comme ça depuis un siècle: avocats, notaires, EDF, mines, etc. etc. 
  • Et par les différences d'espérance  de vie en retraite selon les métiers.

Pourtant,  il faudra équilibrer l'ensemble du système car l'évolution de la démographie, le vieillissement, l'imposent. Aujourd'hui les dépenses de retraites représentent 13.8% du PIB (2019) Source COR rapport 21 novembre 2019. Pour qu'il y ait équilibre financier il faut 13.8% en recettes. Imaginons toutes ces recettes sous forme d'impôts répartis à travers la population, ménages et entreprises.

Vu le vieillissement de la population, selon Patrick Artus qui s'appuie sur le rapport du COR de novembre 2019,  sans réforme, les retraites coûteraient 18% du PIB en 2040.

Aujourd'hui, l'espérance de vie à 62 ans (âge moyen de la retraite) en France est de 20 ans pour les hommes et 25 ans pour les femmes, et les plus de 60 ans représentent 53 % des actifs 20 à 59 ans. En 2040, l'espérance de vie à 62 ans devrait être de 23 ans pour les hommes et 28 ans pour les femmes, et la population de plus de 60 ans devrait représenter 69 % de la population des actifs  20 à 59 ans. Cela signifie que si l'on ne changeait aucun des paramètres présents du système de retraite (niveau des retraites par rapport au salaire d'activité, âge de départ à la retraite), le poids des retraites dans le PIB passerait de 13,8% aujourd'hui à 18% en 2040.

Que faire?  Il n'y a que trois leviers. Hausse des cotisations des actifs,  baisse des pensions, ou allongement de la  durée du travail.

  • Hausse des cotisations des actifs? il faut que les actifs l'acceptent en vue de leur retraite future; et que les entreprises l'acceptent au vu de leur compétivité vis à vis des concurrents extérieurs.
  • Baisse des pensions? les retraités participent au fonctionnement de l'économie par leur consommation; les retraités épargnent peu et en principe peuvent dépenser tous leurs revenus. S'il y a  baisse des pensions, les actifs seront incités à épargner, en prévision de retraites plus faibles. D'où l'appétit des fonds de pension et autres dispositifs d'épargne retraite pour les y aider. Au total l'économie en patira.
  • Allongement de la durée du travail?  mais c'est le casse tête de la pénibilité et des différences d'espérance de vie. L'espérance de vie d'un retraité dépend beaucoup du métier: à 35 ans c'est 49 ans pour les hommes cadres, 53 ans pour les femmes cadres, 43 ans pour les hommes ouvriers et 50 ans pour les femmes ouvrières. L'équité supposerait donc qu'un euro cotisé donne droit à la même retraite cumulée pendant la durée de la retraite, plus courte lorsque le métier exercé a été pénible, ce qui est difficile à réaliser. Et justement les divers régimes spéciaux ont été adaptés à cela. Mais les conditions de pénibilité de certains métiers ont changé: les mineurs ont disparu; les conducteurs  de trains vapeur aussi.

Ces réflexions me sont inspirées 1: par la lecture de l'article de Patrick Artus sur le Point (3); il saute sur la difficulté de l'espérance de vie et de la pénibilité et ne se concentre que sur l'équilibre financier. 2: par l'article d'Olivier Galland sur Telos (4); lui se concentre  sur ce que Patrick Artus a sauté.

  1. Rapport du Conseil d'Orientation des retraites 21 novembre 2019
    attention: le rapport du COR montre que les membres ne sont pas en consensus quant à l'analyse et aux remèdes; mais comme il a fallu produire un rapport dans les temps impartis par le gouvernement ... ils ont sauté l'obtention d'un consensus; et ce n'est pas plus mal; parce que consensus veut dire compromis.
  2. Quels sont les régimes spéciaux?
  3. Patrick Artus Peut-on ne pas réformer les retraites?
  4. Olivier Galland: la face cachée de la réforme des retraites : la fin de la société de défiance