Edit link:
Short link:
lefigaro.fr

 

L'attentat de Nice a été «pensé et préparé»

lefigaro.fr

VIDÉO - Le procureur Molins révèle que le tueur a multiplié les repérages et s'est renseigné sur Internet avant d'agir.

En moins de 96 heures, l'enquête de la Sous-direction antiterroriste et de la Direction générale de la sécurité intérieure lève un coin du voile sur la monstrueuse équipée de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, qui a semé la mort le 14 juillet sur la promenade des Anglais. Si aucun élément ne démontre à ce stade la moindre allégeance à Daech, qui a revendiqué le carnage, ni de lien avec un affidé de cette organisation, le procureur de la République François Molins a démontré lundi que le tueur avait fait «preuve d'un intérêt certain et récent pour la mouvance djihadiste radicale». L'exploitation de son ordinateur en témoigne. Dans les treize jours précédant la tragédie, le Tunisien s'est renseigné sur des sourates du Coran et l'Aïd-el-Fitr marquant la rupture du jeûne, sur les chants religieux utilisés comme outils de propagande par l'État islamique, mais aussi sur la tuerie d'Orlando ou le récent attentat de Magnanville, où deux policiers ont été assassinés au nom de l'État islamique. Des photos de cadavres, de combattants arborant la bannière noire de l'État islamique, des couvertures de Charlie Hebdo mais aussi des portraits d'Oussama Ben Laden ou du djihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar, alias le Borgne complétaient le panthéon de ce terroriste en puissance.

Se fondant sur des témoignages, le procureur Molins a dépeint le tueur comme étant pourtant «très éloigné des considérations religieuses, ne pratiquant pas la religion musulmane, mangeant du porc, buvant de l'alcool, consommant de la drogue et ayant une vie sexuelle débridée». Le terroriste s'était cependant laissé pousser la barbe il y a huit jours, invoquant une «signification religieuse». Parlant de l'État islamique, il avait même confié «ne pas comprendre pourquoi Daech n'avait pas droit à un territoire».

L'hypothèse d'une attaque préméditée est désormais établie

Par ailleurs, l'hypothèse d'une attaque préméditée est désormais établie. Évoquant un «attentat pensé et préparé», François Molins a confirmé que Lahouaiej Bouhlel avait réservé dès le 4 juillet le camion frigorifique qui a fauché 84 vies et fait 256 blessés sur la promenade des Anglais, dont 74 sont toujours hospitalisés et 28 en réanimation. Le 11 juillet, à 8 h 30, il est venu récupérer l'engin avec un chèque de caution de 1600 euros. Dans son téléphone portable, les policiers ont extrait des photos de repérages sur la promenade des Anglais. Après avoir pris un cliché de la «Prom'» le 12 juillet depuis la cabine du poids lourd, l'ex-chauffeur livreur a fait une série de «selfies» le jour de la tragédie. François Molins a énuméré: à 13 h 43 face à la plage, à 16 h 02 devant un camion remorquant un char d'assaut, à 16 h 42 sur la promenade et à 16 h 25 dans une allée piétonne. Par ailleurs, les caméras municipales l'ont filmé à deux reprises, les 12 et 13 juillet, au volant de son camion traversant Nice d'est en ouest. À hauteur de la promenade des Anglais, il s'est arrêté devant l'hôtel Negresco en mettant les feux de détresse. À la recherche de complices susceptibles d'avoir fourni une «aide logistique», les policiers entendaient toujours lundi soir six gardés à vue, parmi lesquels figure «le destinataire d'un SMS envoyé par le terroriste dans les minutes précédant son passage à l'acte », a précisé François Molins. Dans ce message, envoyé à 22 h 27, Mohamed Lahouaiej Bouhlel mentionnait l'acquisition de pistolets. Dans son portable, les enquêteurs ont aussi retrouvé la photo d'une coupure de presse en date du 1er janvier dernier et intitulée: «Il fonce volontairement sur la terrasse d'un restaurant».

«La radicalisation peut intervenir d'autant plus rapidement quand elle s'adresse à des personnalités perturbées ou à des individus fascinés par l'ultraviolence»

Un ordinateur retrouvé à son domicile laisse apparaître d'accablantes recherches sur Internet. Effectuées depuis le 1er juillet dernier, elles concernent les «festivités et les feux d'artifice à Nice» mais aussi des vidéos effroyables obtenues grâce à d'explicites mots-clés: «horrible accident mortel», «terrible accident mortel» ou encore «vidéos chocs, âmes sensibles s'abstenir». Mohamed Lahouaiej Bouhlel a tout fait pour se constituer un trésor de guerre, peut-être pour étoffer son arsenal. Après s'être vu refuser un prêt à la consommation le 28  juin, il a vendu sa voiture le 13 juillet et a retiré 550 euros à un distributeur le jour du massacre.

«La radicalisation peut intervenir d'autant plus rapidement quand elle s'adresse à des personnalités perturbées ou à des individus fascinés par l'ultraviolence», a souligné François Molins, évoquant un «terrorisme de proximité». Reste à savoir si l'imprégnation de Mohamed Lahouaiej Bouhlel ne remonterait pas à plus longtemps. Il y a huit mois, en effet, le Tunisien avait montré à un voisin une vidéo de décapitation avant d'ajouter: «Je suis habitué.»

 



Created: 18/07/2016
Visits: 195
Online: 0