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La basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro

Chef-d'œuvre architectural pour les uns, folie des grandeurs pour les autres. 

Inspirée de la basilique Saint-Pierre de Rome, elle a été voulue et financée par le premier président du pays, Félix Houphouët-Boigny, dans son village natal devenu la capitale politique du pays. C'est aujourd'hui le plus grand édifice religieux chrétien au monde.

 

 

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L'histoire et l'économie de ce monument sont fascinantes à analyser.

1. Des dimensions et des chiffres vertigineux

Construite en un temps record (entre 1985 et 1989) par l'architecte franco-libanais Pierre Fakhoury, la basilique dépasse sa grande sœur romaine par ses dimensions :

  • La hauteur : Elle culmine à 158 mètres (lanterneau compris), contre 137 mètres pour Saint-Pierre de Rome.

  • La capacité : Elle peut accueillir 7 000 fidèles assis dans la nef et jusqu'à 200 000 personnes sur son immense esplanade extérieure bordée de colonnades.

  • Les vitraux : Elle abrite la plus grande surface de vitraux au monde (7 300 m²), entièrement fabriqués de manière artisanale en France (à Bordeaux) avant d'être assemblés sur place.

  • Le marbre : Plus de 7 hectares de marbre importé d'Italie (Carrare) et du Portugal recouvrent le sol et les structures.

2. Le coût et le mystère du financement

Le coût total des travaux a été estimé à l'époque à environ 300 millions de dollars (soit près de 200 milliards de francs CFA de l'époque).

La construction a suscité une vive polémique internationale. Au moment où les travaux commençaient, la Côte d'Ivoire entrait de plein fouet dans une crise économique majeure liée à la chute des cours mondiaux du café et du cacao, et le pays s'endettait lourdement.

Le "don" d'Houphouët-Boigny : Face aux critiques, notamment celles des institutions internationales et du Vatican, Félix Houphouët-Boigny a toujours affirmé avoir financé l'édifice sur sa "fortune personnelle" et ses propriétés familiales, refusant de toucher au budget de l'État. Le mystère sur l'origine exacte des fonds reste entier, mais le président considérait cette œuvre comme une action de grâce et un symbole de paix pour l'Afrique.

3. Le statut unique vis-à-vis du Vatican

Le pape Jean-Paul II a accepté de venir consacrer la basilique en septembre 1990, mais à deux conditions strictes imposées au président ivoirien :

  1. Qu'un hôpital destiné aux plus pauvres soit construit juste à côté (l'Hôpital Saint-Jean-Baptiste de Gagnoa a finalement été ouvert plus tard en compensation, et un centre médical a été adossé au site).

  2. Que la basilique ne devienne pas le siège de l'évêché (la "cathédrale" officielle de Yamoussoukro reste la cathédrale Saint-Augustin, plus modeste), afin de ne pas faire d'ombre au clergé local.

Houphouët-Boigny a fait don de la basilique au Vatican. C'est donc le Saint-Siège qui en est propriétaire et qui gère le monument aujourd'hui, via une fondation internationale (la fondation Notre-Dame de la Paix). Les frais de maintenance et d'entretien (climatisation intégrale sous les sièges, entretien des marbres, des jardins) restent colossaux.

Quel est son impact aujourd'hui ?

Sur le plan touristique et symbolique, la basilique est une immense fierté nationale et le site le plus visité de Côte d'Ivoire. Elle incarne la période faste de ce que l'on appelait le "miracle ivoirien".

Sur le plan économique, elle reste le symbole d'un développement asymétrique : un chef-d'œuvre de marbre et de lumière planté au milieu de la savane, dans une capitale politique (Yamoussoukro) qui n'a jamais réussi à attirer les ministères et les activités économiques, restés massivement concentrés à Abidjan.