Dans le débat politique français, certains responsables accusent régulièrement La France insoumise de vouloir faire les poches des Français. Le mouvement répond souvent que cette formule inverse la réalité de ce qu'il propose. LFI assume effectivement vouloir prendre de l'argent quelque part, mais pas dans les poches des salariés ordinaires. Le projet consiste plutôt à augmenter la contribution fiscale des très grandes fortunes et des ultra-riches.

Plusieurs travaux économiques montrent qu'en France les patrimoines les plus élevés disposent de nombreux mécanismes d'optimisation fiscale qui réduisent fortement leur taux réel d'imposition par rapport aux revenus du travail. Une étude de l'économiste Gabriel Zucman et de son équipe publiée en 2023 indique par exemple que les milliardaires français paient proportionnellement moins d'impôts que la moyenne des contribuables lorsqu'on rapporte les impôts à l'ensemble de leurs revenus réels, notamment parce qu'une grande partie de leur richesse est constituée de dividendes ou de plus-values peu taxés. L'idée défendue par LFI est donc de rééquilibrer cette situation en taxant davantage les très grandes fortunes pour financer des politiques publiques.
À qui cet argent doit-il profiter ?
Dans ce cadre, le discours politique du mouvement insiste sur un point précis. L'objectif n'est pas que l'argent prélevé serve simplement à remplacer un bénéficiaire par un autre, par exemple à retirer des ressources à un Français blanc ayant des papiers pour les donner uniquement à une autre personne. Le projet présenté se veut universel. Les ressources supplémentaires doivent servir à améliorer les conditions de vie de l'ensemble de la population vivant sur le territoire français, quelles que soient l'origine, la couleur de peau ou la situation administrative. Le principe avancé est que la solidarité nationale ne doit pas fonctionner selon des critères ethniques ou identitaires mais selon des critères sociaux et matériels. Autrement dit, l'objectif affiché n'est pas seulement de refuser le racisme. L'objectif politique revendiqué est plus large : permettre à toutes les personnes vivant en France d'avoir des conditions de vie dignes et des moyens matériels suffisants.

Les revenus actuels permettent-ils vraiment de vivre correctement ?
Cette idée s'appuie aussi sur un débat très présent dans les travaux d'organisations sociales et d'associations sur le niveau réel de revenu nécessaire pour vivre correctement. Plusieurs ONG et organisations de lutte contre la pauvreté considèrent qu'un revenu autour de 2000 € par mois par personne correspond à un seuil permettant de vivre correctement dans une grande partie de la France, une fois pris en compte le logement, l'alimentation, les transports et les dépenses courantes. Ce type d'évaluation apparaît par exemple dans certains travaux du Secours catholique, de la Fondation pour le logement des défavorisés ou de l'Observatoire des inégalités. Lorsque l'on compare ce seuil à la réalité des revenus, on constate qu'une grande partie des salariés se situe en dessous. Le salaire minimum net tourne autour de 1400 € par mois pour un temps plein en 2024-2025. Cela signifie que beaucoup de personnes travaillent toute la semaine mais restent loin du revenu considéré comme nécessaire pour vivre correctement.
La question territoriale aggrave encore ce problème. Dans les grandes villes, les habitants disposent souvent de davantage de services : transports publics, commerces, administrations, structures de santé. Mais dans une grande partie du territoire, notamment dans les zones rurales ou de montagne, ces services sont beaucoup plus rares. Certaines personnes vivent loin des transports, n'ont pas de permis de conduire ou ne possèdent pas de voiture. Lorsque le revenu est faible, payer régulièrement un taxi ou parcourir de longues distances devient très difficile. Dans ces territoires, l'isolement et la faiblesse des revenus se combinent pour rendre la vie quotidienne plus compliquée. C'est dans ce contexte que les propositions politiques de redistribution et de renforcement des services publics sont présentées comme des outils pour garantir à toutes les personnes vivant en France des conditions de vie stables et un revenu permettant réellement de vivre.