Nucléaire : EDF doit revoir sa copie pour la construction des EPR2 de Penly
L'Autorité de sûreté nucléaire juge insuffisante « la conception et la démarche de dimensionnement des ouvrages de génie civil » des futurs réacteurs de Penly. EDF doit compléter son dossier pour espérer un feu vert à la construction début 2027.
Par Amélie Laurin
A Penly, comme à Gravelines , EDF va devoir améliorer sa copie. Alors que les travaux préparatoires battent leur plein en Seine-Maritime, sur le site des futurs réacteurs nucléaires EPR2, « les études de génie civil sont encore en train de mûrir », prévenait récemment une source chez EDF. Ces réserves se confirment dans l'avis publié vendredi après-midi par l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).
Le gendarme du nucléaire y estime que le dossier transmis par EDF, bien que complété durant l'expertise, « ne permet pas de conclure à la suffisance de la conception et de la démarche de dimensionnement des ouvrages de génie civil retenues par le projet EPR2 » pour la paire de Penly. EDF indique avoir «pris acte de l'avis d'expertise» et «apportera des éléments complémentaires à l'ASNR pour instruction».
Eiffage aux manettes
Les deux futurs EPR2 normands sont les premiers prévus pour cette nouvelle génération de réacteurs. EDF a confié les opérations de génie civil à Eiffage, novice dans la construction de centrales nucléaires. Les premiers coups de pelle ont été donnés mi-2024 et plus d'un millier de personnes s'activent déjà sur le chantier.
L'avis réservé de l'ASNR sur le génie civil a été publié quelques jours après la conférence de voeux à la presse de l'institution, qui donnait un satisfecit à EDF sur d'autres dimensions clé du projet : la conception des systèmes de sûreté, les dispositifs de résistance aux risques d'agressions et les études sur les accidents sans fusion du coeur du réacteur.
L'ASNR demande à l'électricien public de compléter la « suffisance » de la conception de l'enceinte de confinement du réacteur, « notamment au niveau des zones singulières de l'enceinte telles que le tampon d'accès des matériels ». Pour les autres ouvrages, l'analyse n'a pu être effectuée, « l'ensemble des notes d'hypothèses et de dimensionnement n'étant à ce stade pas disponible », ajoute l'ASNR.
L'autorité de sûreté demande aussi qu'EDF apporte des garanties de non-déformation et d'étanchéité des bâtiments, en particulier vis-à-vis des eaux souterraines. Un sujet sensible pour la centrale de Penly, située au bord de la Manche.
EDF doit aussi justifier la suffisance des « spectres transférés », c'est-à-dire le comportement, en cas de séisme, d'équipements implantés ou fixés à l'intérieur les bâtiments. En revanche, le dimensionnement des ouvrages de génie civil est « acquis » vis-à-vis du risque de séisme extrême, pointe l'ASNR.
L'automne dernier, l'autorité avait déjà mis en garde EDF sur les solutions envisagées pour le renforcement du sol instable du site de Gravelines, en bordure de la mer du Nord.
Nouveau calendrier
Le nouveau bémol de l'ASNR complique un peu plus la tâche d'EDF, pour qui le temps est compté. Alors que sa « demande d'autorisation de création » d'une nouvelle installation nucléaire à Penly a été déposée en 2023, l'exploitant espère désormais un feu vert de l'ASNR en fin d'année. En vue d'un décret gouvernemental décalé de quelques mois, à début 2027. Il faudra au préalable que l'exécutif ait pris une décision finale d'investissement pour le nouveau projet du siècle.
Sans attendre ces étapes cruciales, la mise en service du premier EPR2 à Penly avait été repoussée de 2036 à 2038, EDF préférant sécuriser le design du réacteur avant de la fabriquer en série. Concrètement, le premier béton de l'îlot nucléaire de Penly a d'ores et déjà été décalé de 2028 à mars 2029, a annoncé EDF lors de la mise à jour du devis des EPR2, mi-décembre. Le coût des trois paires à Penly, au Bugey (Ain) et à Gravelines (Nord) a été rehaussé à 72,8 milliards d'euros (en euros de 2020).