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Vaccin contre le Covid : l’étude révolutionnaire qui enterre définitivement les accusations des antivax

 

Cinq ans après le début de la vaccination Covid, une étude de grande ampleur compare la mortalité à long terme des vaccinés et non vaccinés. Christian Lehmann est médecin et écrivain. Pour «Libé», il tient la chronique d’une société touchée par les crises sanitaires et du service public.

Journal d'épidémie, par Christian Lehmann

 

Au centre hospitalier de Nancy, en janvier 2021.
Au centre hospitalier de Nancy, en janvier 2021. (Albert FACELLY/Libération)

 

 

Janvier 2021. La pandémie Covid fait des ravages depuis un an, avec son cortège de disruption sociétale, de confinements, de quête désespérée pour bénéficier d’équipements de protection. Et les vaccins ARNm arrivent, plus tôt qu’on n’aurait pu l’espérer, à la suite d’un effort concerté international de l’ensemble de la communauté scientifique. La vaccination de la population va réellement commencer en France le 7 janvier, «chez Mauricette» dans le centre vaccinal que je vais inaugurer à Poissy (Yvelines), sous la houlette de Karl Olive, mon maire (2014-2022), dont je suis aussi éloigné politiquement que nous sommes proches dans la protection de la population depuis le début de la pandémie.

Après les quinze derniers jours de 2020 pendant lesquels nous avions été abreuvés d’éléments de langage d’un pouvoir incapable de mettre en place la vaccination, avec un «monsieur vaccin» tout fier d’avoir fait vacciner 500 personnes en Ehpad au niveau national en une semaine, se déploie dès lors en France entière, à l’initiative de soignants, de maires volontaristes, d’équipes municipales et de bénévoles, une opération de vaccination comme le pays n’en a jamais connu.

Insanité médiatisée

Personne ne compte ses heures, les journées s’enchaînent, le protocole vaccinal, complexe, est suivi à la lettre. Cela durera des mois, avec l’espoir de protéger toute la population, en tout cas ceux qui désirent être vaccinés, et ils sont légion. Au fil du temps les vaccins montreront hélas certaines limites, les nouveaux variants du Covid-19 contournant en partie leurs effets en réussissant à infecter des patients vaccinés, même si heureusement la transmission, la gravité des épisodes Covid et la mortalité décroissent chez les vaccinés.

 

Pourtant dans le même temps, dans certains médias et sur les réseaux sociaux, des politiciens, des pseudo-scientifiques imbus d’eux-mêmes et des escrocs en mal de notoriété vont sans relâche dénigrer les vaccins, les accuser de tuer les vaccinés. Les complotistes sur Internet sont apparemment des paratonnerres à emmerdes : à les en croire, tous leurs proches vaccinés meurent de turbocancers, et leurs enfants grimpent au mur comme Linda Blair dans l’Exorciste. «C’était totalement fabriqué cette panique du Covid. Il n’y a jamais eu de saturation dans les hôpitaux… Les vaccinés sont beaucoup plus morts que les non-vaccinés», martelait le professeur Christian Perronne, antivax dénonçant sur tous les plateaux les médecins forcément corrompus qu’il accusait de tuer les patients et de déclarer de faux cas de Covid, entre deux publicités déguisées avec Philippe Douste-Blazy pour l’hydroxychloroquine.

Et ce type d’insanité médiatisée était ensuite reprise sur les réseaux sociaux : «Ça y est. Vous vous demandiez qui meurt trop depuis la hausse de mortalité constatée en 2021 ? Grâce aux données anglaises, nous le savons : ce sont les vaccinés. Il n’y a plus rien pour sauver le narratif. Dans un monde normal on remplirait les prisons pour empoisonnement.» «Toute personne vaccinée décédera dans un délai d’un à deux ans !» «Ce n’est pas un vaccin mais une arme biologique pour réduire l’humanité.»

Les soignants vaccinateurs, d’un extrême à l’autre des bords politiques, furent accusés par certains d’être au mieux des imbéciles à la solde du pouvoir, au pire des criminels, et certains escrocs montaient des cagnottes pour préparer un jugement «Nuremberg 2», quand d’autres ne s’attardaient pas à ces arguties juridiques en proposant carrément leur décapitation, comme Martine Wonner ou Didier Raoult.

 

Les effets à long terme des vaccins ARNm

Si plusieurs études épidémiologiques ont montré la sécurité du vaccin sur le court terme dans les trois mois suivant l’injection (ainsi que la diminution de la mortalité), aucune jusqu’ici n’avait pu étudier les effets à long terme des vaccins ARNm, dans la mesure où les vraies études scientifiques prennent du temps, de l’énergie, à la différence des torchons rédigés en copier-coller en trois jours sur une paillasse à l’IHU Marseille. Et c’est chose faite, avec une étude d’Epi-Phare, pilotée par le professeur Mahmoud Zureik, publiée ce jeudi 4 décembre dans le Journal of American Medicine, évaluant la mortalité toutes causes sur quatre ans, chez des individus âgés de 18 à 59 ans.

Construite à partir des informations du Système national des données de santé, sur 22,7 millions d’individus vaccinés en France, et 5,9 millions d’individus non vaccinés, cette étude compare la mortalité des deux groupes. L’adhésion à la vaccination étant volontaire, sauf pour les soignants – dont certains députés LFI bataillaient pour protéger leur liberté à contaminer des patients fragiles –, les deux groupes ne sont pas exactement identiques : parmi les vaccinés on trouve plus de personnes âgées, et plus de personnes présentant des maladies lourdes, des comorbidités.

 

Eh bien malgré ces facteurs de risque plus élevés, cette population de vaccinés présente une plus faible mortalité très nette au bout de quatre ans que la population de non-vaccinés, pourtant en moyenne plus jeune et en meilleure santé. «Comparativement aux non-vaccinés, les individus vaccinés présentaient un risque de décès pour Covid-19 sévère hospitalisé réduit de 74 %, et un risque de décès toutes causes réduit de 24 %», précise l’étude.

Epi-Phare n’en est pas à sa première étude sur le Covid, loin de là. Depuis le début de la pandémie, ce groupement d’intérêt scientifique parrainé par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé et l’Assurance maladie réalise, coordonne et met en œuvre une expertise publique indépendante, et la publication de nombreuses études rigoureuses sur l’utilisation du Paxlovid, sur le recours à l’oxygénothérapie à domicile, sur les risques de formes graves de Covid pour les personnes prenant certains médicaments immunodépresseurs, et en pratiquant une surveillance pharmaco-épidémique extrêmement vigilante sur les éventuels effets indésirables des vaccins. C’est ainsi qu’Epi-Phare avait étudié les troubles menstruels pouvant survenir dans les mois suivant la vaccination, avait pu démontrer l’absence de risque de malformation néonatale chez les bébés dont la mère s’était vaccinée pendant la grossesse, et avait quantifié le risque, faible mais non négligeable, de myocardites (de pronostic heureusement moins sévère que les myocardites liées au virus) dans la semaine suivant la seconde dose de vaccin ARNm chez les jeunes adolescents de sexe masculin.

La désinformation tue

Cette nouvelle étude est révolutionnaire de par le nombre de patients pris en compte : l’ensemble de la population française vaccinée et non vaccinée en 2021, suivie pendant cinq ans. Mais surtout, elle révèle une vérité dont nombre de soignants attendaient la confirmation, comme l’explique le professeur Mahmoud Zureik : «Cette étude clôt le débat… Elle a certes confirmé l’effet protecteur des vaccins Covid, l’absence de surmortalité chez les personnes vaccinées, mais nous n’avons pas seulement étudié la mortalité liée au Covid, nous avons étudié la mortalité de toutes causes. Et le résultat est sans appel : les personnes vaccinées meurent moins que les personnes non-vaccinées…»

Les personnes vaccinées meurent moins que les personnes non-vaccinées… Pas seulement du Covid, mais quelle que soit la cause de la mort. Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien ce que nombre de soignants ont répété pendant toute la pandémie, sans grand relais : la désinformation tue. Elle éloigne ceux qui en tombent victimes non seulement de la vaccination, mais aussi des soignants et des soins adaptés. La désinformation fait naître une perte de confiance, amène une partie de la population, en général moins favorisée socialement, à ne pas se soigner. L’accès aux vaccins Covid était particulièrement égalitaire, ouvert à tous, gratuitement. Ceux qui ont fait confiance à la science, à la médecine, à leurs soignants, se sont protégés, et ont été protégés. Les autres, désinformés par des politiciens et des escrocs qui en ont fait commerce, en ont hélas payé le prix, un prix très lourd.

Janvier 2025. La pandémie de Covid-19 avait causé 7 millions de morts dans le monde, dont 170 000 en France. Combien d’entre eux, à l’instar des frères Bogdanoff, sont morts d’avoir placé leur confiance dans des charlatans criminels «vus à la télé» ?