JustPaste.it

Le "paradoxe de la destruction créatrice ouverte".

 

Dans le modèle d'Aghion, la destruction est censée être interne : une entreprise locale plus innovante remplace une entreprise locale vieillissante. Mais dans une économie globalisée, la "destruction" vient souvent d'ailleurs (Chine), tandis que la "création" peine à s'implanter localement.

 

1. La "Destruction" sans "Création" locale

En Europe, nous vivons souvent la phase de destruction (fermetures d'usines, obsolescence de nos technologies automobiles thermiques) de plein fouet. Si la Chine "profite" de ce processus, c'est parce qu'elle a su prendre de l'avance sur les segments de la création :

  • Les batteries et le photovoltaïque : La Chine a appliqué les principes de Schumpeter en subventionnant massivement l'innovation de rupture, rendant nos industries traditionnelles obsolètes plus vite que prévu.

2. Le rôle de l'État : "Innovation-led growth" vs Laissez-faire

Aghion insiste sur le fait que l'État doit être un stratège. Mais la Chine suit plus fidèlement les préceptes d'Aghion que l'Europe et la France:

  • Investissement massif en R&D.

  • Politique industrielle ciblée.

  • Éducation de pointe.

Pendant ce temps, l'Europe s'est parfois concentrée sur la régulation de la concurrence (marché intérieur) sans assez protéger ses "innovateurs" face à la concurrence déloyale extérieure.

 

3. La "Dépendance au sentier" (Path Dependence)

C'est un concept cher à Aghion. L'Europe est restée "piégée" dans ses succès passés (le moteur à explosion, la chimie lourde). La Chine, n'ayant pas cet héritage à protéger, a pu sauter directement à l'étape suivante. C'est la destruction créatrice par saut de mouton (leapfrogging).

"La destruction créatrice est-elle devenue un sport d'exportation ?"

  • La souveraineté : Aghion plaide pour une "Europe de l'innovation". Si la destruction vient de Chine, c'est que nous n'innovons pas assez vite pour ne pas être inondés par leurs produits.

  • Le filet social : C'est le point fort de l'Europe. Nous gérons mieux l'impact social de la destruction que la Chine, mais sans création de richesse nouvelle, ce modèle est-il tenable à long terme ?

La Chine bénéficie de la concurrence prix et d'une économie sans consommation interne

 

4: Distorsion du modèle de Schumpeter et d'Aghion par la stratégie macroéconomique chinoise.

En théorie schumpetérienne (et aussi Aghion), la destruction créatrice est un moteur de croissance équilibré : on innove pour consommer plus et mieux. Mais la Chine a craqué le code en séparant la production de la consommation.

4.1. La "Destruction Créatrice" exportée (Le dumping schumpetérien)

Normalement, la destruction créatrice élimine les entreprises moins efficientes au profit des plus innovantes.

  • En utilisant la concurrence par les prix (subventions massives, coûts de main-d'œuvre, énergie carbonée moins chère), la Chine détruit le tissu industriel européen non pas par une "meilleure" innovation, mais par une capacité à absorber les pertes.

  • L'impact : Ce n'est plus une destruction qui libère des ressources pour créer du neuf en Europe, c'est une destruction qui transfère la capacité de production (et de création future) en Asie.

4.2. Le régime chinois une économie "Sans Consommation Interne" : Une anomalie théorique

  • Le déséquilibre : La Chine sur-investit dans l'offre (les usines, la tech) mais comprime la demande intérieure (faible protection sociale, taux d'épargne forcé).

  • La conséquence : Comme les Chinois ne consomment pas ce qu'ils produisent, ce surplus inonde le marché mondial à prix cassés.

  • Le lien avec Aghion : Aghion explique que l'innovation a besoin d'un marché. Si le marché intérieur chinois est bridé, l'innovation chinoise devient une arme de conquête extérieure plutôt qu'un outil de bien-être interne. C'est une "croissance par l'offre pure" qui étouffe la destruction créatrice naturelle de ses partenaires commerciaux.

4.3. L'Europe : Le "Bon Élève" piégé ?

  • L'Europe suit le modèle d'Aghion : on veut de l'innovation verte, de la concurrence loyale et une consommation responsable.

  • Mais face à un acteur qui joue la "destruction" (prix bas) sans la "consommation" (rééquilibrage), l'Europe subit la partie destructrice du cycle sans pouvoir financer la partie créatrice.

  • La Chine exporte sa surcapacité, ce qui tue les marges des entreprises européennes. Or, chez Aghion, sans marges (rentes d'innovation), il n'y a plus de budget pour la R&D de demain. C'est un cercle vicieux. La Chine provoque en Europe et en France, en même temps que ses produits importés "une récession importée".

4.4. Le court-circuit du modèle d'Aghion

Chez Aghion, la destruction d'un emploi obsolète est compensée par la création d'un emploi plus productif. C'est un jeu à somme positive à long terme.

  • Avec la Chine, le cycle est rompu. La destruction a lieu à Dunkerque ou à Stuttgart (fermetures d'usines), mais la création se fait à Shenzhen.

  • Le résultat : L'Europe n'importe pas de l'innovation, elle importe du chômage et de la baisse d'activité. C'est la définition même de la récession importée.

4.5. Le mécanisme : La déflation par l'offre

La Chine surproduit car elle ne consomme pas assez. Elle "déverse" ce surplus en Europe.

  • L'effet ciseau : Les prix bas chinois cassent les marges des entreprises européennes.

  • La conséquence : Sans marges, les entreprises européennes ne peuvent plus investir dans la R&D (le moteur d'Aghion). On tue la capacité future de création. On importe donc une récession structurelle.

4.6. L'absence de réciprocité de consommation

  • Normalement, si nous achetons des produits chinois, les Chinois devraient, avec cet argent, acheter des produits européens (Luxe, Airbus, machines-outils).

  • Le blocage : Puisque l'économie chinoise est bridée côté consommation, cet argent repart en investissements industriels massifs pour nous concurrencer encore plus. Le flux est unidirectionnel.