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« J’ai peur de replonger » : quand les pénuries de médicaments psy s’accentuent dangereusement

De nombreux psychotropes sont difficiles à trouver depuis plusieurs semaines, en pharmacie et parfois aussi à l’hôpital. Patients, associations et médecins alertent sur un « scandale sanitaire » qui s’aggrave.

 

« Je suis le cauchemar des pharmacies ». Ces derniers jours, Élise, 28 ans, a couru les officines pour tenter de renouveler son traitement contre la dépression. Mais les stocks de son médicament, la sertraline, sont à sec. « Apparemment, ils n’ont plus rien du tout ! Certains pharmaciens m’ont même proposé de les appeler à l’avance pour qu’ils me mettent une boîte de côté au cas où, le jour où ils en recevraient ».

Après avoir traversé Paris, cette habitante du XXe a finalement réussi à mettre la main sur ses antidépresseurs. « Cela m’a pris 5 jours sans traitement avant d’en trouver. Du coup, je suis extrêmement fatiguée par ce sevrage forcé. Le dernier jour, j’avais même des vertiges ». La sertraline (commercialisée sous la marque Zoloft ou en générique) n’est pas le seul médicament de première intention pour traiter l’anxiété et la dépression à manquer, loin de là.

Ces dernières semaines, les « tensions » sur les stocks des médicaments psys se sont multipliées : quétiapine (vendue sous différents noms), venlafaxine (Effexor et ses génériques), téralithe… Fin avril, de nombreux syndicats de médecins et associations de patients dénombraient au total 14 psychotropes difficiles à trouver en pharmacie voire à l’hôpital. « La situation est intenable et elle s’accentue », alertaient-ils.

« Ce traitement, c’est ma planche de salut »

Tous ces traitements sont pris, souvent quotidiennement, par des patients qui souffrent de dépression, d’angoisses, de bipolarité ou encore de schizophrénie. « Ce sont des médicaments vitaux ! Si quelqu’un l’arrête brutalement, il peut faire des crises et avoir de gros problèmes », commente Hugo Baup, psychiatre au centre hospitalier de Périgueux. Un patient est déjà venu aux urgences, sur recommandation de son pharmacien démuni, pour se voir proposer une alternative à son médicament introuvable en ville. « Déjà qu’on a un hôpital au bord de l’implosion, on n’a pas besoin de ça… », se désole le praticien.

D’où viennent les tensions sur les stocks ? Différents facteurs l’expliqueraient, à en croire les laboratoires et l’Agence du médicament (ANSM) : incidents de production pour certains laboratoires, hausse de la demande en France et dans le monde (en lien avec la dégradation de la santé mentale ces dernières années), etc. « Je peux comprendre qu’il y ait des explications, mais je ne comprends pas qu’en France, on soit obligé de se lever la boule au ventre à cause de ça », grince Hugo Baup.

 

Suite à une sévère dépression, Françoise, 57 ans, prend tous les jours depuis 5 ans un comprimé de venlafaxine. Un médicament qui l’aide à se lever le matin, et qu’elle supporte sans effet secondaire majeur. « Au départ, je n’étais pas très médoc, mais ce traitement, c’est ma planche de salut. Si je ne l’ai plus, j’ai vraiment peur de replonger ».

 


Alors, lorsque son pharmacien l’a informé la semaine dernière d’une pénurie, cette habitante du Var a aussitôt senti l’anxiété la gagner. « J’ai demandé si je pouvais repasser la semaine suivante, mais on m’a dit que ça ne servait à rien : ils n’en recevraient pas. On m’a plutôt conseillé de prendre rendez-vous avec mon médecin pour changer de molécule mais je crains la décompensation. C’est déjà dur de trouver un médicament qui nous convienne. Et si je ne supportais pas le prochain ? », s’inquiète-t-elle.

Pour réduire l’impact de ces tensions, l’Agence du médicament a recommandé des alternatives aux pharmaciens, voire de fabriquer eux-mêmes en officine des préparations dites « magistrales » à partir des principes actifs. Elle appelle aussi, pour certains traitements, à ne plus en prescrire à de nouveaux patients (sauf cas particuliers).

« On vit un scandale sanitaire »

Parfois, il arrive qu’un changement de molécule entraîne des complications pour le patient. Sébastien en sait quelque chose. Soigné pour des troubles bipolaires de type 2, cet homme de 42 ans a dû s’adapter tant bien que mal face à la pénurie de quétiapine. « J’ai dû prendre 100 mg en libération immédiate [la substance agit tout de suite] alors que je prenais depuis des années un dosage de 50 mg en libération prolongée. Cela ne paraît rien, mais ce n’est plus du tout le même médicament. J’ai eu des vertiges, une confusion mentale, l’impression de tituber et d’avoir la tête coincée dans un étau… Un enfer », décrit-il.

Depuis, Sébastien a réussi à reprendre son traitement initial. Mais pour combien de temps ? « On court les pharmacies, c’est épuisant. En termes de traitement, j‘ai essayé beaucoup de choses depuis plus de 10 ans. Les médecins évoquent maintenant le téralithe (lithium) pour me traiter, mais là aussi, le médicament vient à manquer. Alors je fais quoi ? Rappelez-vous, la santé mentale était censée être la grande cause nationale et c’est pire que jamais ! On vit un scandale sanitaire ».

À ce jour et quelle que soit la molécule, l’ANSM n’est pas en mesure de garantir une date de retour à la normale.