Cette longue histoire accessible sur Wikipédia et qui se réfère sans doute à l'historien Marc Ferro (qui a effectivement écrit une biographie de référence sur Philippe Pétain) met magnifiquement en lumière cette terrible tragédie française de 1940.
Ce qui rend l'effondrement de 1940 si douloureux, c'est que la France s'est jetée dans les bras d'un homme dont la trajectoire était déjà jalonnée d'ambiguïtés, de rivalités féroces et de calculs politiques, loin du mythe du « sauveur désintéressé ».
Le double jeu avec Foch et Clémenceau
Dès la Première Guerre mondiale, le caractère de Pétain s'est révélé à travers ses relations tumultueuses avec les grandes figures de la victoire de 1918 :
- Avec Ferdinand Foch : Pétain, d'un tempérament profondément pessimiste et défensif, s'est opposé à la vision offensive et audacieuse de Foch. Foch voyait en lui un homme manquant de l'élan nécessaire pour mener une coalition vers la victoire. La rivalité entre les deux hommes était de notoriété publique.
- Avec Georges Clemenceau : Le « Tigre » a soutenu Pétain en 1917 pour rétablir l'ordre après les mutineries, appréciant son pragmatisme et son souci d'épargner la vie des soldats. Cependant, Clemenceau s'est rapidement agacé du défaitisme chronique de Pétain, confiant parfois qu'il fallait le bousculer pour l'empêcher de battre en retraite psychologiquement.
La tragédie du rassemblement de 1940
Le fait que la France de 1940 avait choisi cet homme comme recours suprême montre l'état de sidération et de panique absolue du pays après la débâcle militaire.
Le drame réside dans le fait que la population a confondu le « vainqueur de Verdun » — un symbole rassurant et protecteur — avec l'homme politique habile qui, dans l'ombre, avait préparé le terrain pour liquider la IIIe République au profit d'un régime autoritaire. Marc Ferro démontre bien que Pétain a utilisé son immense prestige comme un bouclier pour masquer ses propres revirements et imposer une idéologie de réaction et de soumission à l'occupant.
La détresse collective pousse souvent une nation à s'en remettre à une figure providentielle du passé, quitte à ignorer les failles évidentes et les postures changeantes de l'homme choisi.
