JustPaste.it

Hantavirus : de nombreuses inconnues autour d’un événement sanitaire « inédit et inquiétant » ; l’OMS veut rassurer sur le risque pandémique

La souche des Andes, transmissible entre humains par des gouttelettes de salive, a été détectée, mercredi, par séquençage chez trois malades ayant voyagé à bord du MV « Hondius », qui doit accoster dans les jours qui viennent aux Canaries. Le point sur les principales questions posées par ce foyer épidémique.
Publié le 06 mai 2026 à 18h56, modifié à 08h39
Temps de Lecture 6 min.
Read in English
Article réservé aux abonnés

 

Le paquebot MV « Hondius », au large du port de Praia, la capitale du Cap-Vert, le 6 mai 2026. Le paquebot MV « Hondius », au large du port de Praia, la capitale du Cap-Vert, le 6 mai 2026. MISPER APAWU / AP
Un vent de panique commençait à souffler, mercredi 6 mai, alors que les informations concernant la situation du MV Hondius, un bateau de croisière où ont été identifiés plusieurs cas d’infection par un hantavirus de l’espèce Andes, se multipliaient, en provenance de nombreux pays. Au-delà de la gravité de la maladie, ayant infecté huit passagers, dont trois morts à ce jour, le parcours complexe et chahuté de ce petit bateau d’exploration, qui transporte environ 150 personnes, complique la tâche des autorités sanitaires censées suivre l’évolution de la situation.

 

La fébrilité entourant ce foyer de hantavirus inédit par son ampleur et sa dissémination n’est pas sans rappeler les premiers temps de la pandémie de Covid-19, lorsque le monde avait redécouvert à quel point la mondialisation des mouvements de personnes sert de catalyseur à la dissémination des virus. Le sentiment de cacophonie est fortement lié au fait que les autorités sanitaires de tous les pays des ressortissants à bord et de ceux concernés par le trajet du bateau s’expriment, de même que l’Organisation mondiale de santé (OMS), qui centralise les informations dans ce genre de crise.

 

Mais il est encore beaucoup trop tôt pour envisager un nouveau risque pandémique. « A ce stade, le risque global pour la santé publique demeure faible », a redit, mercredi, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS. Pour le moment, seuls trois cas ont été formellement diagnostiqués comme atteints par un hantavirus de l’espèce Andes, une souche qui ne circule qu’en Argentine et au Chili, et seul hantavirus pouvant se transmettre directement entre humains par les gouttelettes de salive.

Qui sont les trois victimes ?

Trois passagers du MV Hondius sont morts lors de la traversée qu’a effectuée le navire depuis son départ, le 1er avril, d’Ushuaia, à l’extrême sud de l’Argentine. Un ressortissant néerlandais de 70 ans est mort le 11 avril après avoir présenté des symptômes tels que de la fièvre, des maux de tête, des douleurs abdominales et une diarrhée. Son corps a été débarqué, le 24 avril, sur l’île de Sainte-Hélène, au large de l’Angola, en même temps que sa compagne, une Néerlandaise de 69 ans. Après avoir à son tour présenté des symptômes gastro-intestinaux, cette dernière a embarqué, le 25 avril, dans un avion pour Johannesburg, en Afrique du Sud, où elle est morte le lendemain dans un hôpital. Le couple avait voyagé en Amérique du Sud, notamment en Argentine, avant le départ de la croisière.

 

Cette Néerlandaise fait partie des trois personnes ayant été testées positives à un hantavirus de l’espèce Andes, transmissible par voie respiratoire. C’est pourquoi les autorités sanitaires ont activement recherché, dès mardi, les personnes ayant voyagé à bord du même avion de la compagnie Airlink faisant le trajet entre l’île de Sainte-Hélène et Johannesburg. Un Français a été identifié parmi eux.
Newsletter
Le 2 mai, une ressortissante allemande est morte à bord du bateau, après avoir présenté des premiers symptômes tels que de la fièvre et un malaise général, dès le 28 avril. Son corps est toujours à bord.

Où sont les malades et quels sont les risques de transmission à la population ?

Une ambulance évacue des passagers du paquebot MV « Hondius » vers l’aéroport de Praia, au Cap-Vert, le 6 mai 2026. Une ambulance évacue des passagers du paquebot MV « Hondius » vers l’aéroport de Praia, au Cap-Vert, le 6 mai 2026. MISPER APAWU/AP
En Afrique du Sud. Un Britannique de 69 ans est actuellement pris en charge dans un hôpital de la banlieue de Johannesburg. Il avait consulté le médecin de bord, le 24 avril, avant d’être débarqué, le 27 avril, sur l’île de l’Ascension, un territoire britannique au milieu de l’Atlantique, et transféré en Afrique du Sud. Il s’agit de la première personne à avoir été formellement diagnostiquée comme porteuse d’un hantavirus, puis plus précisément de la souche des Andes. « Son état est critique, mais il reçoit des soins médicaux », a précisé auprès du Monde Foster Mohale, porte-parole du ministère de la santé sud-africain, qui ne se déclare pas inquiet concernant une transmission potentielle dans le pays. « Mais nous intensifions nos efforts de lutte contre la maladie, notamment le traçage des contacts, afin de prévenir toute propagation potentielle du virus en Afrique du Sud », précise-t-il.
En Suisse. Un homme est actuellement hospitalisé à l’hôpital universitaire de Zurich. Lui « et son épouse revenaient d’un voyage en Amérique du Sud fin avril », et les deux avaient voyagé à bord du MV Hondius, a fait savoir, mercredi, le ministère de la santé suisse. Le laboratoire de référence des Hôpitaux universitaires de Genève a déterminé qu’il était également contaminé par l’espèce Andes.
L’homme s’est présenté à l’hôpital de Zurich après avoir ressenti des symptômes de la maladie. Il y a immédiatement été placé en isolement. Son épouse, qui « ne présente jusqu’ici aucun symptôme (…), s’est placée en isolement pour des raisons de sécurité », a expliqué le ministère de la santé suisse. Les autorités cherchent à savoir si le patient a eu des contacts avec d’autres personnes alors qu’il était malade. « Il est peu probable que d’autres cas surviennent en Suisse », estime le ministère, considérant que « le risque pour la population est faible ».
Aux Pays-Bas et en Allemagne. Deux membres d’équipage malades, l’un britannique et l’autre néerlandais, dont l’état est présenté comme « grave » par la compagnie, ainsi qu’une personne « étroitement liée à la personne décédée le 2 mai », ont été débarqués à Praia, la capitale du Cap-Vert, et ont été évacués mercredi par avion vers les Pays-Bas. Cette dernière personne va être prise en charge dans ce pays par les secours allemands pour être hospitalisée à l’hôpital de Düsseldorf, dans l’ouest de l’Allemagne.
Du personnel médical accueille l’un des malades évacués du paquebot « Hondius », à son arrivée à l’aéroport d’Amsterdam, le 6 mai 2026. Du personnel médical accueille l’un des malades évacués du paquebot « Hondius », à son arrivée à l’aéroport d’Amsterdam, le 6 mai 2026. PETER DEJONG/AP
Les autres passagers, dont cinq Français, sont toujours à bord, confinés. Le navire accostera pour sa part dans un délai de trois jours au port de Granadilla, dans l’île de Tenerife, aux Canaries, a annoncé la ministre de la santé espagnole, Monica Garcia Gomez. Et, sauf cas critique, « tous les passagers étrangers seront rapatriés » après leur arrivée aux Canaries.

Quelles sont les caractéristiques des hantavirus ?

Le virus identifié chez trois passagers du MV Hondius appartient à la famille des hantavirus, une large famille virale présente dans le monde entier. Ces virus sont transmis aux humains par inhalation de poussières et aérosols contaminés par les excrétions de rongeurs infectés, c’est-à-dire urines, déjections, salive. « Ce ne sont pas des rongeurs communs, de maison, qui transmettent ces virus, mais plutôt ceux que l’on trouve dans un environnement sauvage », explique Anne Lavergne, responsable du centre de référence national des hantavirus de l’Institut Pasteur de Guyane. Par ailleurs, le temps d’incubation peut être long, jusqu’à huit semaines dans les cas extrêmes, même si l’on observe une moyenne de deux à trois semaines après l’exposition.
C’est sur la base de ces deux caractéristiques que les experts de l’OMS supposent qu’un ou des premiers cas « ont été infectés en dehors du navire », a fait savoir mardi Maria Van Kerkhove, qui dirige le département de prévention et préparation aux épidémies et pandémies de l’OMS. Mais, selon l’autorité sanitaire de la province argentine de la Terre de Feu, dont Ushuaia est la capitale, le MV Hondius avait fait l’objet des contrôles de rigueur avant son départ de cette ville. Elle a également jugé « très improbable » que la maladie ait été contractée localement.

Que sait-on de leur létalité ?

Les spécialistes divisent les hantavirus en deux sous-groupes : ceux dits « de l’Ancien Monde », circulant en Europe et en Asie, déclenchant une fièvre hémorragique avec syndrome rénal, et ceux dits du « Nouveau Monde », identifiés sur le continent américain et caractérisés par un syndrome cardio-pulmonaire. Les premiers sont associés à une létalité de 15 %. En Europe de l’Ouest, l’espèce qui circule le plus, l’espèce Puumala, a une létalité encore plus faible, estimée à 0,4 %. Mais, aux Amériques, les syndromes pulmonaires entraînent la mort de près de 40 % des malades. Le virus identifié chez les passagers du MV Hondius fait partie de ceux-là.

Quelle est la particularité de l’espèce Andes ?

Après trois jours de conjectures sur le virus à l’origine du foyer, l’espèce Andes a été déterminée par séquençage chez trois malades, mercredi. Parmi tous les hantavirus connus à ce jour, ceux de l’espèce Andes, observés uniquement en Argentine et au Chili, sont les seuls à pouvoir se transmettre directement entre humains. Cela signifie qu’après une contamination par un animal, le virus peut continuer à se propager indépendamment de son environnement d’origine.
La principale voie de transmission est respiratoire, par les gouttelettes de salive. C’est la raison pour laquelle des mesures d’isolement des malades sont nécessaires sur le bateau et dans les lieux où sont pris en charge les malades. Des mesures comparables à celles qui doivent être prises face aux virus respiratoires hivernaux comme la grippe (isolement, port de masques, blouses).
Les foyers de transmission causés par l’espèce Andes sont extrêmement rares, ce qui rend la situation actuelle d’autant plus exceptionnelle. L’espèce a été identifiée pour la première fois chez un jeune Chilien en 2002. Mais il a été à l’origine d’un des plus importants foyers de hantavirus jamais recensés, entraînant 34 cas et 11 morts à Epuyen, un village de Patagonie, entre la fin de 2018 et le début de 2019.
C’est le seul épisode d’infections à virus Andes ayant fait l’objet d’études. Dans la principale, parue dans The New England Journal of Medicine en 2020, les chercheurs ont pu déterminer que de nombreuses contaminations ont eu lieu précisément le jour de l’apparition de la fièvre chez la personne transmettant le virus, c’est-à-dire avant que d’autres symptômes plus spécifiques apparaissent. Chez les malades, les périodes d’incubation variaient ensuite de neuf à quarante jours. Le taux de mortalité était de 32 %. Et un malade contaminait 2,12 personnes, soit un taux de reproduction supérieur à celui de la grippe.
« Nous sommes face à un événement inédit et inquiétant avec beaucoup d’inconnues, estime Antoine Flahault, professeur à l’Université Paris Cité, hôpital Bichat-Claude Bernard. On ne sait pas si les malades sont contagieux pendant leur temps d’incubation, s’il existe des formes asymptomatiques, ou si ce virus à ARN a muté. » L’épidémiologiste insiste également sur la nécessité d’investiguer rapidement l’origine de la contamination des premiers passagers : « Il faut surveiller s’il y a un foyer d’infections humaines qui essaime en Argentine. »