Face au décrochage de l’université et de la recherche, des Assises explorent la voie d’une refondation
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Les jeudi 3 et vendredi 4 septembre, à Paris, a débuté un processus d’« Assises pour l’université et pour la recherche », à l’initiative d’une trentaine de sociétés savantes et sous l’impulsion du réseau de réflexion Agora Sciences Université Recherche, qui avait lancé l’idée en juin 2025. La communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche tente en effet de se refonder pour sortir des difficultés actuelles marquées par un décrochage de ses résultats, notamment en termes d’influence de ses publications scientifiques, et par d’énormes difficultés financières.
Vingt-deux ans après des Etats généraux de la recherche qui avaient débouché sur une série de réformes profondes, parfois contestées, près de 500 personnes ont discuté de 12 thèmes, comme autant de travaux d’Hercule : financement, organisation, liberté académique, missions, défis environnementaux, formation, intelligence artificielle…
En introduction, Isabelle Gallagher, présidente de la société mathématique de France et professeur à l’université Paris-Diderot, a décrit une communauté « subissant réforme sur réforme depuis vingt ans et désabusée ». Elle a appelé à « la nécessité d’un ultime sursaut et de prendre en main son avenir » et a fixé une grande ambition à cet exercice, qui doit « aller au-delà des critiques ou des propositions d’ajustements pour proposer une refonte totale du système ». Le programme du colloque est d’ailleurs sous-titré : « Ce dont nous rêvons. Ce que nous voulons. »
Liens entre la science et la société
Les premiers exposés ont respecté la consigne et donné même l’impression que la question serait vite réglée. Kristel Chanard (Institut de physique du globe de Paris) dresse un constat accablant en quelques diapos sur la perte de financement, le décrochage de la productivité, l’échec de la politique de soutien à l’alternance, etc.
Trois de ses collègues enchaînent avec des solutions « simples ». Julien Gossa (université de Strasbourg) réduit la douzaine de missions attribuées aux universités à deux, « production et diffusion des connaissances au bénéfice de toute l’humanité ». Bruno Andreotti (université Paris-Cité) simplifie encore en promouvant une seule Université pour le pays, mais polycentrique et en réseau, avec un système d’Erasmus national pour favoriser la mobilité des étudiants. Et Anne Canteaut (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) pose trois principes « d’un bon environnement de recherche », tirés d’une réflexion en cours à l’Académie des sciences : collectif, liberté et confiance.
Evidemment, cette simplicité initiale s’est rapidement complexifiée au fil des exposés. Dans le public, l’absence d’étudiants a été regrettée, tout comme l’oubli, parfois, des apports de certaines sciences sociales. Certains ont appelé à la grève, d’autres à sortir du capitalisme.
Plusieurs exposés ont « déconstruit » des mythes comme l’idée que la concentration des moyens sur quelques centres était plus efficace. Des organisations plus démocratiques, collégiales, diverses… sont souhaitées. La nécessité de trouver de nouvelles ou de meilleures façons de relier les universités à la société revient souvent dans les réflexions : soutenir un tiers-secteur de la recherche, augmenter les dispositifs de formation continue, réserver une part des budgets à des choix votés par des citoyens… Sans doute que les attaques contre la science et les universités, aux Etats-Unis, en Argentine, ou même en France, ne sont pas pour rien sur l’omniprésence dans les débats de cette vieille question des liens entre la science et la société.
La session consacrée aux défis environnementaux a confirmé qu’aucun sujet n’était simple. Sept participants a un atelier original d’autoréflexion sur le métier se sont succédé pour expliquer que « quelque chose ne va pas entre les injonctions à être plus productifs et les coûts environnementaux de la recherche ». Aucune solution clé en main bien sûr, mais la conviction que « cela viendra de la communauté elle-même, pas d’en haut ». Les Assises apparaissent d’ailleurs elles-mêmes comme un exercice d’autoréflexion. Bon nombre d’exposés ont été l’occasion de présenter des exemples ou expérimentations originales et sans doute inspirantes, pour proposer des solutions de remplacement au système en place.
A la toute fin de la journée, une table ronde a changé l’ambiance. D’une part, car le nouveau président du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Thierry Dauxois, a dû tardivement décliner l’invitation. « On va essayer de ne pas y voir un signal inquiétant pour le CNRS », a souligné Johanna Siméant-Germanos (CNRS). Le patron de l’organisme est en effet sous pression depuis l’été. Alors que ce n’était pas dans son programme, il doit faire en sorte que le CNRS absorbe un autre organisme, l’Institut de recherche pour le développement. Il doit aussi faire face à une menace de démantèlement, suggérée par un prochain rapport de la Cour des comptes, comme l’a révélé La Lettre le 27 juillet.
Un décalage est apparu entre les visions, très managériales, des deux présidents et de la présidente d’université participants, et celle de l’assistance. Deux interventions ont d’ailleurs vertement renvoyé ces dirigeants à leur responsabilité dans les difficultés actuelles des universités.
Après ces deux jours de colloque, une déclinaison régionale jusque la mi-octobre se tiendra, avant une synthèse à la fin octobre et un livre blanc, qui nourrira les propositions ou critiques des candidats à la présidentielle.