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L’éducation financière au collège, un boulevard pour les banques ?

Le passeport d’éducation économique, budgétaire et financière (Educfi) doit être généralisé à tous les élèves de 4ᵉ à la rentrée prochaine. Ce dispositif suscite de vives critiques. Décryptage en cinq questions.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Le passeport d’éducation économique, budgétaire et financière (#Educfi) est une formation visant à « renforcer l’autonomie financière de chaque citoyen » (dixit le ministère de l’Éducation nationale). Concrètement, il s’agit d’apprendre à mieux gérer son argent et son épargne, maîtriser son endettement, se protéger des arnaques financières et des pratiques commerciales trompeuses, comprendre les grands mécanismes de l’économie… Testé en 2025 auprès d’élèves de 4e dans trois établissements de l’académie de Créteil, cet atelier de… deux heures par an (c’est peu au regard du programme sus-cité) a d’ores et déjà été dispensé à plus de 300 000 collégiens et élèves de seconde professionnelle. Il sera généralisé à l’ensemble des élèves de 4e et de 4e Segpa des collèges publics et privés sous contrat à compter de la rentrée 2026. Et renforcé dans la voie professionnelle (douze heures) à la rentrée 2027, au motif que « la vocation insérante du diplôme professionnel nécessite de mieux accompagner les élèves à la gestion de leur budget ». Le passeport Educfi comporte deux étapes : la présentation de notions économiques, budgétaires et financières et un quiz afin de vérifier l’acquisition des connaissances.

 

Qui dispensera cette formation ? 

 

Des professeurs de collège, quelle que soit leur discipline (mais pas les professeurs de sciences économiques et sociales, qui rappelons-le, enseignent au lycée). Ou alors le directeur de l’établissement, voire des membres de la vie scolaire. Les enseignants sont invités à l’intégrer dans leurs programmes. Par exemple « en mathématiques, les élèves peuvent formaliser un budget sur tableur et mobiliser les calculs avec taux d’intérêt pour comparer des coûts d’emprunt », précise la note de service du ministère publiée au Bulletin officiel. Elle peut aussi « faire l’objet d’un atelier spécifique », c’est-à-dire en dehors des heures de cours habituelles, y compris interdisciplinaire. À en croire Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, le syndicat majoritaire de l’enseignement secondaire, il est probable que certains établissements feront l’impasse. « Généralisation ne signifie pas obligation, d’ailleurs cette formation se base sur le volontariat. Nous avons l’habitude de voir les dispositifs s’empiler et disparaître d’eux-mêmes après quelques années… »

 

Pourquoi les élèves de 4e ? 

 

Parce que les élèves de 3e sont déjà bien occupés par l’échéance du brevet, affirme le ministère. L’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) avance une autre explication : il s’agirait de mieux faire figurer la France dans les enquêtes Pisa, qui évaluent les élèves de 15 ans des pays de l’OCDE et intègrent désormais des critères liés à la culture financière. « Si l’objectif était vraiment d’améliorer la culture économique des élèves, cette formation ne se réduirait pas à deux heures par an », souligne Benjamin Quennesson, le coprésident de l’Apses. « À notre sens, il serait beaucoup plus judicieux de muscler l’enseignement au lycée, en particulier en classe de seconde, qui se limite actuellement à une heure et demie par semaine. »

 

Pourquoi le dispositif suscite-t-il de vives critiques ? 

 

Le ministère de l’Éducation a mandaté la Banque de France pour concevoir le contenu pédagogique. Pourquoi diable cette tâche a-t-elle été confiée à un acteur extérieur à l’institution, et non pas au Conseil supérieur des programmes ou aux enseignants de sciences économiques et sociales ? « La Banque de France assure des missions de service public et d’intérêt général, elle n’exerce aucune activité commerciale avec les particuliers », se défend le ministère. Lequel précise qu’il se porte garant de « tous les contenus publiés sur Eduscol », le portail qui fournit des ressources pédagogiques aux enseignants.

Reste qu’en parallèle, nombre de banques s’activent pour accompagner cette « éducation financière ». Dans un communiqué intitulé Faut-il laisser les loups (de Wall Street) gérer la bergerie, l’Apses pointe l’entrisme du secteur privé dans le cadre de la Semaine de l’éducation financière, organisée en mars de chaque année et elle aussi portée par la Banque de France. « La Société Générale ou encore France FinTech sont libres d’y organiser des “sensibilisations”. » L’Apses, qui réclame l’abrogation du passeport, pointe des fiches pratiques sur lesquelles figurent leurs logos, dénonce des dispositifs qui « relèvent avant tout d’opérations commerciales » et visent « à légitimer des services bancaires auprès d’un jeune public représentant un potentiel de futurs clients particulièrement captifs. En revanche, nulle trace de sujets sensibles, comme les frais bancaires élevés ou l’exclusion bancaire, les conflits d’intérêts entre banques de détail et banques d’affaires, la spéculation ou encore le rôle des banques dans les crises. Ces fiches tendent à faire des choix individuels les seuls responsables des difficultés financières, sans interroger les fondements du système financier. »