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Incendies en Gironde : face à la dépolitisation des JT, CNews accuse les “ayatollahs écolos”

EN LÉGER DIFFÉRÉ – Pendant que les JT tournoient autour des flammes pour offrir de belles images et multiplient les micro-trottoirs calcinés, CNews désigne les vrais coupables : les “pseudo-écologistes” qui empêchent de débroussailler et de construire des mégabassines.

Par Samuel Gontier

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Publié le 31 juillet 2026 à 12h08

 

 

«Le nerf de la guerre, c’est l’écologie punitive. » La « guerre », c’est celle contre les feux de forêt en Gironde. Lundi dernier, Eliot Deval valide le discours de José Perez, co-président de la Coordination rurale, sur CNews : « Si on était moins soumis à cette écologie punitive, il y aurait moins d’incendies et le feu, on arriverait à le gérer beaucoup mieux, déclare le représentant du syndicat d’extrême droite. On nous critique sur l’irrigation mais s’il y avait des parcelles de maïs en plein milieu de ces forêts, le feu se serait peut-être déjà éteint. » Il suffirait de remplacer la forêt des Landes par du maïs irrigué pour éviter les incendies.

 

Reconnaissons à CNews son courage pour désigner les coupables quand les JT, eux, offrent une couverture totalement dépolitisée — comme le raconte le site Arrêt sur images. Mercredi soir, le 20 heures de France 2 s’ouvre par un « document exceptionnel au-dessus du brasier : notre équipe a embarqué à bord d’un hélicoptère de l’armée » pour filmer les incendies en pleine nuit, de bien belles images comme on aimerait en voir plus souvent. Le lendemain, le 13 heures raconte au conditionnel qu’« un homme aurait été aperçu en train d’allumer un feu » près de Lacanau, l’occasion de montrer Laurent Nuñez très fier des « 275 interpellations réalisées dont 70 % pour des incendies volontaires ». Ce que de nombreux médias, dont France info, interprètent abusivement : « Les départs de feux sont criminels dans 70 % des cas. » Une fake news — 70 % des feux d’origine humaine sont involontaires. Du journalisme de préfecture pour rejeter la faute sur les seuls pyromanes et ainsi escamoter l’inaction climatique.

CNews cultive ce récit. « Neuf incendies sur dix sont d’origine humaine, ça veut dire que neuf incendies sur dix peuvent être évités », rabâche la présentatrice Élodie Huchard. Hélène Roué, du JDD, se désole : « La bêtise humaine vient à créer ce genre de drame. » On ne peut rien contre la bêtise humaine, autant continuer à brûler du charbon, du gaz et du pétrole.

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En léger différé

Info en continu, JT, magazines, télé-réalité... Non sans un certain héroïsme, notre journaliste Samuel Gontier scrute des heures durant le petit écran pour le passer au crible de son regard critique.

« Ça flambe partout, désespère Élodie Huchard, et vous avez des gens qui tirent des feux d’artifice ou qui fument des cigarettes après avoir fait un barbecue au même endroit. » Sans parler des gens qui tirent des feux d’artifice dans leur barbecue pour allumer leur clope. « La justice est malade d’un laxisme que l’on connaît par cœur », accuse Quentin Gérard, du JDD. Sauf quand elle juge Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen. « Le RN vient justement de déposer un texte à l’Assemblée, suggère le présentateur. — Oui, un texte de bon sens qui propose des peines plancher. » Voilà qui va régler le problème du dérèglement climatique.

CNews alerte sur les pillards qui écument la Gironde. « Dès que des quartiers se vident, ils attisent la convoitise de gens inspirés par le profit », prévient un un capitaine de gendarmerie en retraite. Face à ces racailles, Eliot Deval, doublure estivale de Pascal Praud, salue les vrais Français. « Si, ce week-end, on avait envie de pleurer, c’était aussi par fierté. Fierté de voir cette France enracinée, ces Français silencieux, ces Français méprisés… » Pour sauver les arbres, il faut des Français enracinés. « C’est la France des honnêtes gens… » Celle de Bruno Retailleau. « … La France silencieuse. Ça donne des frissons. » Voilà un moyen efficace pour combattre la canicule : le nationalisme, ça donne des frissons.

Eliot Deval commente la phrase du maire de Biganos reprise par tous les médias. « “Il faut arrêter de parler”, a dit Bruno Lafon : le ras-le-bol du bon sens paysan face à l’hyperadministration parisienne. » Le ras-le-bol du bon sens capitaliste : Bruno Lafon est aussi président d’honneur du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, qui exploite en monoculture le pin des Landes. CNews, pas plus que les autres, ne le précise. « Le bon sens paysan est percuté par l’écologie de salon, poursuit Eliot Deval. Notre forêt brûle, les technocrates et les ayatollahs écolos regardent ailleurs. Les associations sont aux abonnées absentes, plus visibles à Sainte-Soline qu’avec les agriculteurs et les pompiers en Gironde. » On attend toujours que les militants des Soulèvements de la terre et d’Oxfam arrivent avec leur tonne à eau.

« Cet incendie est un tournant majeur, estime Eliot Deval. Parce que la renaissance de la France des pères (sic) et du bon sens paysan, on la voit en ce moment. » Les feux de forêt vont régénérer notre civilisation. L’éditorialiste s’inspire des déclarations de Bruno Lafon sur CNews : « Y a des personnes dans les bureaux qui font de l’écologie de salon, qui empêchent de débroussailler à cause de la biodiversité. » Ce refrain des écolos hostiles au débroussaillement est une fake news datant de l’incendie de 2022… qui prospère toujours sur CNews.

« Certains écologistes disent que le débroussaillage nuit à la biodiversité », s’insurge Olivier Vial, fondateur de l’Observatoire du wokisme et des radicalités, auteur d’un rapport intitulé Grandes écoles de commerce : foyers du radicalisme écologique, c’est dire s’il est compétent pour parler des feux de forêt. « Ils nous embêtent sur la hauteur des débroussaillages. Dans les ministères, y a une emprise idéologique sur ces questions. » Gilles-William Goldnadel s’emporte contre « la folie des pseudo-écolos qui refusent de couper des arbres. La flore et la faune sont en train de mourir à cause de leur bêtise. — Cette crise montre bien que l’idéologie pseudo-écologiste est complètement antinomique avec le combat à mener », appuie Rachel Kahn. Un complot pseudo-écologiste fait flamber nos forêts.

Eliot Deval est pris d’un doute : « Est-ce que des gens ont alerté ces dix, quinze dernières années en disant : “On va être confronté à des situations qu’on n’avait jamais vues” ? » Pas sur CNews, qui a martelé que le climat a toujours varié et que rien ne prouve l’origine humaine d’un réchauffement causé par des orages magnétiques dans les multivers. « Deux milliards pour assainir la Seine plutôt que d’armer nos pilotes de Canadair, cherchez l’erreur !, fulmine Eliot Deval. Je ne veux pas les mettre pour faire trempette dans la Seine, je veux les mettre pour vous, ces deux milliards ! » Le présentateur s’adresse à Grégory Prats, pilote de Canadair célèbre pour avoir dénoncé sur Franceinfo le manque de moyens de la Sécurité civile alors que la Seine était dépolluée. Un client idéal pour CNews puisqu’il prétend que « le CO2 n’a rien à voir avec le réchauffement climatique ». « Ma phrase qui a tant fait polémique, c’est une punchline, revendique le pilote. Si je n’avais pas dit ça, je n’aurais pas été invité ce matin. » Il n’aurait pas pu prolonger son quart d’heure de célébrité complotiste.

Eliot Deval cite Nicolas Dupont-Aignan : « Il n’y avait pas d’argent pour acheter des Canadair et pendant ce temps, l’argent coule à flot : 40 milliards pour l’Ukraine, 28,8 pour le budget de l’UE, 12 aux énergies renouvelables, 1,3 pour l’AME [aide médicale de l’Etat, ndlr]. — Il a raison, réagit Alexandre Devecchio. Pourquoi l’État préfère donner de l’argent dans des projets absurdes plutôt que là où c’est utile ? » Eliot Deval intervient : « Je me tourne vers François Pierrard, directeur du centre de réflexion Observatoire Hexagone. » Financé par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Il assène : « On a trouvé 400 millions d’euros pour la Sécurité civile depuis 2012 et, en parallèle, on a réussi à trouver 240 milliards pour la protection sociale. » Implacable logique : il faut démanteler l’État social pour financer le service public.

Eliot Deval s’émeut : « Comment se fait-il qu’on se félicite de donner quelques centaines de millions quand on a la possibilité d’envoyer des milliards à l’étranger ? » Ah bon, on envoie des milliards à l’étranger pour lutter contre le dérèglement climatique ? Edwige Diaz, députée RN de Gironde (c’est dire si elle connaît le sujet), confirme : « On partage l’incompréhension des Français qui ne comprennent pas pourquoi on a utilisé presque 2 milliards pour se baigner dans la Seine. Pourquoi on va envoyer 50 millions d’euros à la Tunisie pour moderniser son office national de protection civile ? » Même si ce n’est pas un « envoi » mais un prêt, force est de constater que l’on finance le grand remplacement de nos forêts par des musulmans.

Eliot Deval interroge : « Edwige Diaz , quelles sont les mesures que vous proposez pour réarmer nos pompiers et notre sécurité civile ? — On a un retard considérable qui a été accumulé malgré les alertes. » Grâce aux votes du RN, qui s’est constamment opposé au renforcement des moyens de lutte contre les incendies, comme le montre le média Bonpote, qui produit aussi un excellent décryptage des discours mensongers liés aux feux de forêts. « Qui nous freine, qui nous bloque, qui nous limite ?, s’enquiert Eliot Deval. — Des gens qu’on n’entend pas tellement en ce moment, répond Edwige Diaz. Je parle de la gauche qui incarne cette écologie punitive. Le tribunal administratif de Poitiers vient d’ordonner la destruction de réserves d’eau après un recours d’associations environnementalistes. » Les mégabassines, la solution miracle de CNews pour lutter contre les feux de forêts. Même si elles se trouvent à des centaines de kilomètres, servent à irriguer du maïs et sont vides après des mois de sécheresse.

« Y a des décisions qu’on a du mal à comprendre, déplore Élodie Huchard. En Charente-Maritime, la justice a ordonné la destruction de quatre réserves d’eau mises en place pour irriguer les récoltes d’agriculteurs. On a des pompiers qui nous expliquent qu’en période d’incendies, ils sont bien contents de trouver ces retenues d’eau. » Le général Bertrand Cavallier, retraité de la gendarmerie (c’est dire s’il est compétent sur le sujet) : « Les gendarmes à Saint-Soline ont défendu les bassines. On est sur un délire écologique alors qu’il faudrait permettre aux paysans de disposer de réserves d’eau pour l’agriculture, pour nourrir les Français et pour lutter contre les incendies. » Sûr que les cultivateurs de maïs (qui sert à nourrir le bétail et non les Français) seront heureux de voir leurs bassines vidées par les pompiers. Driss Ghali, « essayiste », résume : « La transition écologique est un sujet trop sérieux pour le confier à des idéologues. » Laissons-la aux experts de CNews.