JustPaste.it

Les arbres meurent de plus en plus en France à cause du dérèglement des saisons, avec des étés trop chauds, des hivers trop doux, et des printemps humides

Les écarts répétés par rapport aux conditions climatiques habituelles jouent un rôle majeur dans les dépérissements massifs observés en France.
Publié le 09 juillet 2026

 

Un pin blanc mort dans une pinède à Boutx (Haute-Garonne), le 30 juillet 2025.

Un pin blanc mort dans une pinède à Boutx (Haute-Garonne), le 30 juillet 2025. LIONEL BONAVENTURE/AFP

 

Vagues de chaleur à répétition, sécheresse précoce, incendies multiples et dévastateurs… Alors que les forêts françaises font face, depuis plusieurs semaines déjà, à de multiples attaques, une étude publiée à la fin de juin dans la revue Nature Communications démontre que les anomalies climatiques saisonnières sont l’une des principales causes de la forte hausse de la mortalité des arbres, observée depuis 2015. Les saisons estivales trop sèches, mais aussi les hivers trop chauds, et même les printemps particulièrement pluvieux accroissent, par le biais de divers mécanismes, le risque de dépérissement.
Coordonnée par le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA-CNRS-Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), une équipe de recherche internationale a analysé un jeu de données, recueillies entre 2015et 2023, portant sur 500 000 arbres de 52 espèces, issues de l’Inventaire forestier national. Elle confirme d’abord que, sur cette période, la mortalité a augmenté de manière considérable : chez les neuf espèces les plus communes (hêtre, chêne pédonculé, châtaignier, pin sylvestre...), elle a été multipliée entre 1,5 et 4 fois.

 

Près de la moitié des 52 espèces analysées sont concernées par une hausse significative, et des foyers importants ont notamment été recensés dans le Grand Est. Dans cette région, les pullulations de scolytes – des petits insectes ravageurs – ont notamment entraîné des dépérissements massifs d’épicéas. L’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), qui réalise l’inventaire national, avait mis en évidence dès la fin de 2023 une hausse de la mortalité globale dans les forêts françaises de 80 % en dix ans.

 

 

 

Dans cette nouvelle étude, les scientifiques ont hiérarchisé les principales causes de ce phénomène. Ils montrent que, après la taille des arbres et les caractéristiques du massif (concurrence entre espèces pour la lumière, structure du peuplement…), ce sont bien les anomalies climatiques saisonnières qui pèsent le plus lourd. Dans le détail, les modèles montrent que les hivers, les printemps et les étés avec des températures supérieures à la normale ont l’impact marginal le plus important sur le risque de mortalité, avec une augmentation moyenne de 8,6 à 12,1 %. Viennent ensuite les sécheresses, puis les printemps particulièrement humides.

C’est la répétition qui tue

« Les changements que l’on observe dans les forêts sont souvent associés aux sécheresses, explique Pascal Schneider, principal auteur de l’étude et doctorant à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). Ce manque d’eau a un impact extrêmement important, mais toutes les saisons changent en même temps. Les hivers plus chauds peuvent favoriser la survie de certains insectes ravageurs et de champignons pathogènes Il est important de considérer l’ensemble de ces évolutions. »

Parmi les résultats qui ont le plus surpris les chercheurs, il apparaît que les printemps chauds et pluvieux, et donc favorables à la croissance des arbres, peuvent aussi avoir un impact négatif sur certaines espèces – notamment les essences tempérées de grande taille, telles que le chêne pédonculé ou le sapin blanc. « Ces périodes humides favorisent probablement une croissance trop rapide du houppier [l’ensemble des branches situées au sommet du tronc], qui fragilise ensuite l’arbre face à la sécheresse estivale », a expliqué Agnès Pellissier-Tanon, chercheuse à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et coautrice de l’étude.

 

 

Ces anomalies n’ont par ailleurs pas les mêmes effets en fonction des espèces. La mortalité du hêtre et du pin sylvestre est souvent associée à des printemps humides, alors que celle du chêne pubescent est exclusivement liée à des sécheresses intenses durant plusieurs mois. La hausse des températures minimales au printemps affecte particulièrement le châtaigner, quand l’épicéa commun souffre particulièrement des hivers doux.
Les auteurs de cette étude rappellent également que c’est bien la répétition de ces écarts par rapport aux conditions climatiques habituelles qui provoquent la mort des arbres, et non des événements extrêmes isolés. « Ce qui compte, ce n’est pas seulement un hiver doux ou un été sec, insiste Pascal Schneider. C’est l’accumulation sur la durée et la combinaison des différents stress. Souvent, un arbre ne va pas mourir directement du manque d’eau pendant une sécheresse, mais il sera ensuite plus vulnérable. Et ce sera une attaque de ravageurs qui donnera le coup de grâce. »