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Quel est l'avenir de nos usgages de la voiture?

Source www.auto-infos.fr

Moove On 2026 - Jean-Marc Jancovici : « Le problème, c'est qu'il va falloir s'organiser avec moins de voitures »

Pour Jean-Marc Jancovici, la décarbonation de l'automobile n'est pas uniquement une réponse au changement climatique. C'est aussi une adaptation à une contrainte énergétique. Invité à ouvrir une conférence consacrée à l'économie circulaire lors du salon Moove On, l'ingénieur a livré une analyse qui bouscule plusieurs idées reçues.

Pendant une demi-heure, Jean-Marc Jancovici n'a pratiquement pas parlé de réglementation européenne, ni d'objectifs de CO2, ni même de véhicules électriques. Pourtant, son intervention a directement concerné l'avenir de la filière automobile.

Face aux professionnels des services de l'automobile réunis lors du salon Moove on, l'ingénieur et président du Shift Project a choisi de replacer le débat dans une perspective beaucoup plus large : celle des contraintes physiques qui pèseront demain sur la mobilité. Selon lui, la transition ne sera pas uniquement dictée par les politiques climatiques. Elle sera également imposée par une réalité énergétique incontournable : la diminution progressive des ressources pétrolières disponibles.

« Le problème, c'est qu'il va falloir s'organiser avec moins de voitures »

Jean-Marc Jancovici rappelle que toute l'organisation des sociétés occidentales s'est construite autour de l'automobile. En France, le parc est passé de deux millions de voitures particulières après-guerre à près de quarante millions aujourd'hui. Cette motorisation massive a profondément transformé les modes de vie. « La voiture ne nous a pas permis d'aller plus vite, elle nous a permis d'aller plus loin dans le même temps », explique-t-il. L'étalement urbain et les déplacements quotidiens sont ainsi devenus dépendants d'une énergie abondante et bon marché. Mais ce modèle arrive selon lui à ses limites. « La société s'est organisée avec 40 millions de voitures. Le problème, c'est qu'il va falloir s'organiser avec moins. » Une affirmation qui ne relève pas, selon lui, d'un choix politique mais d'une contrainte matérielle.

L'un des messages centraux de son intervention concerne la disponibilité future des énergies fossiles. Jean-Marc Jancovici rappelle que la production pétrolière européenne a atteint son maximum au début des années 2000. Depuis, le continent dépend presque entièrement des importations, alors même que les principaux pays producteurs voient eux-mêmes leurs capacités décliner.

Le Shift Project a ainsi réalisé un travail prospectif sur les seize principaux fournisseurs de pétrole de l'Europe. Son scénario central conclut que leur production pourrait être divisée par deux d'ici 2050. Pour l'Europe, qui importe aujourd'hui l'essentiel de son pétrole, les conséquences pourraient être encore plus importantes. « La quantité de carburant qui sera disponible pour vos clients va être divisée par n'importe quoi entre deux et huit dans une génération » prévient-il.

Autrement dit, la transition énergétique ne répondrait pas uniquement à un impératif climatique : elle deviendrait une nécessité économique et industrielle.

Le véhicule électrique ne suffira pas

Pour autant, Jean-Marc Jancovici ne croit pas à un simple remplacement des véhicules thermiques par des véhicules électriques. L'électrification constitue une partie de la réponse, mais elle ne permettra pas, selon lui, de conserver un parc de quarante millions de voitures individuelles. « Électrifier 40 millions de véhicules d'une tonne et demie, on ne fera pas ça dans les délais. »

Il estime donc que plusieurs évolutions devront se combiner : réduction du nombre de véhicules, développement du covoiturage, report vers les transports collectifs, vélo ou marche, mais aussi diminution du poids des automobiles.

À ses yeux, l'explosion des SUV constitue d'ailleurs l'un des principaux contresens des quinze dernières années. Il rappelle que l'augmentation de la masse des véhicules a représenté une part importante de la hausse mondiale des émissions du secteur automobile.

Autre conséquence anticipée : le vieillissement du parc. Pour Jean-Marc Jancovici, le ralentissement économique déjà perceptible en Europe conduira les ménages à conserver plus longtemps leur véhicule. « Quand l'économie commence à aller mal, les gens gardent plus longtemps leur voiture. » Cette évolution remettrait en question les scénarios européens tablant sur un renouvellement rapide du parc après l'arrêt programmé des ventes de véhicules thermiques neufs en 2035. Selon lui, une voiture correctement entretenue peut parfaitement rester en circulation vingt, voire trente ans. Une analyse qui place indirectement les professionnels de l'entretien et de la réparation au cœur de la transition.

Les métiers de l'après-vente appelés à jouer un rôle stratégique

Quelques minutes avant son intervention, une question lui avait été posée : parle-t-on suffisamment des entreprises qui entretiennent les véhicules lorsqu'on évoque la décarbonation de l'automobile ? Sa réponse est sans ambiguïté. « Quand on invite un représentant de la filière automobile, on invite un constructeur. Les concessionnaires, les garagistes, on les voit peu. Pourtant ce sont eux qui discutent avec les consommateurs quand ils achètent ou entretiennent leur voiture. »

Le président du Shift Project a annoncé le lancement prochain d'une vaste consultation consacrée à la filière aval de l'automobile afin d'associer concessionnaires, réparateurs et salariés à la réflexion sur la décarbonation. Pour lui, ces acteurs disposent d'un levier essentiel dans l'accompagnement des évolutions de consommation et des usages.

La mutation concernera également les compétences. L'intervenant insiste sur la nécessité de préparer dès maintenant les réseaux de réparation à l'entretien des véhicules électriques, dont les technologies diffèrent profondément des modèles thermiques. À cela s'ajoutent les besoins en infrastructures de recharge et la diffusion d'une information technique fiable. Jean-Marc Jancovici regrette notamment la persistance de nombreuses idées reçues autour du véhicule électrique. « Le véhicule électrique n'émet pas plus que le véhicule thermique. Non, il ne pose pas de problèmes de recyclage plus indémêlables que ceux du véhicule thermique. »

Le message délivré à Moove on est clair : la transition de l'automobile ne sera pas uniquement le résultat d'une décision politique. Elle découlera également de contraintes énergétiques auxquelles l'ensemble de la filière devra s'adapter. Dans cette perspective, l'économie circulaire, la prolongation de la durée de vie des véhicules, le réemploi des pièces ou encore le développement de nouvelles compétences dans les ateliers ne constituent plus seulement des opportunités de marché. Ils deviennent, selon Jean-Marc Jancovici, des conditions de résilience pour un secteur qui devra apprendre à fonctionner avec moins de ressources fossiles, moins de véhicules neufs… mais probablement davantage de véhicules à entretenir.