Climat : les 52 mesures pour adapter la France à + 4 °C de réchauffement prêtes à être mises en œuvre
Le gouvernement présente lundi la version finale du plan national d’adaptation au changement climatique, qui vise à préparer les secteurs économique et social. Le littoral, la montagne, les secteurs agricole et forestier sont en première ligne.
Par Matthieu Goar
Publié hier à 07h59, modifié hier à 16h06Temps de Lecture 3 min.
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La ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, et Marc Ferracci, le ministre de l’industrie et de l’énergie, à l’Elysée, le 3 janvier 2025. BERTRAND GUAY / AFP
L’atterrissage avant une véritable mise en œuvre ? Ou une disparition dans les limbes des plans oubliés ? Lundi 10 mars, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition écologique, présente la version finale du troisième plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc). Déjà lancé le 25 octobre par l’ancien premier ministre Michel Barnier, lors d’un déplacement dans le Rhône, ce document de 52 mesures a été ensuite soumis à une consultation publique. Après avoir recensé près de 6 000 contributions, le gouvernement a finalisé ce vaste ensemble, qui doit faire évoluer un grand nombre de secteurs (entreprises, transports, infrastructures, agriculture, etc.) afin de les adapter progressivement aux conséquences du changement climatique.
« Il y a une attente très forte des élus locaux, notamment des communes littorales, de montagne ou forestières, mais aussi des professionnels de santé ou des résidents des Ehpad, qui subissent déjà les effets du réchauffement », confie Mme Pannier-Runacher, qui s’est déplacée à Saint-Hilaire-de-Riez, en Vendée, vendredi 7 mars, où elle a pu observer le recul du trait de côte. « Il faut aménager et ménager la nature. L’écologie, c’est protéger les gens », a-t-elle insisté.
Salué par les acteurs de l’environnement, car il est pensé à partir de la perspective, inquiétante mais très réaliste, d’un réchauffement de + 4 °C en France d’ici à la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle, ce troisième Pnacc avait aussi suscité quelques doutes : quel budget y sera consacré ? Quelles contraintes seront imposées aux acteurs publics et privés ? Le gouvernement fera-t-il vivre ce sujet de long terme au milieu des multiples crises ? Lors des derniers arbitrages, le ministère de la transition écologique a remporté quelques succès, par exemple l’amélioration de l’évaluation du confort d’été dans le diagnostic de performance énergétique, mais aussi connu quelques reculs.
Ainsi, les entreprises ne devront plus être obligées d’« instaurer progressivement » des plans adaptation, mais seront incitées à le faire. « Il y a eu un avis favorable du Conseil national de la transition écologique [CNTE], il y a eu une consultation très riche qui nous a permis de faire les derniers ajustements. L’idée est maintenant de le mettre en œuvre et de le territorialiser, en totale concertation avec les élus locaux », explique le cabinet du ministère.
Une première étape
Lundi 10 mars, la ministre devait donc annoncer que près de 600 millions d’euros seront réservés à l’adaptation (300 millions d’euros du fonds Barnier, 30 millions pour la prévention du retrait-gonflement d’argile, et 260 millions issus du fonds vert à destination des collectivités locales). Un milliard d’euros du budget des agences de l’eau (2 milliards de 2025 à 2030) devra également être fléché sur cet enjeu, « dont près de 40 % pour des interventions de solutions fondées sur la nature », selon le document de présentation du Pnacc3.
Mme Pannier-Runacher lancera également des consultations avec les élus locaux pour intégrer la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc) aux documents de planification « dans la perspective de lui donner une valeur juridique ». Si la Tracc n’est pas d’emblée intégrée au code de l’environnement, ce qui lui aurait conféré une grande importance juridique, cette première étape répond à une attente des défenseurs de l’environnement.
« Analyser les défis »
Elle devrait également demander aux conférences des parties (COP) régionales de se pencher sur les besoins de leur territoire afin de commencer à réfléchir à des scénarios différenciés. « Le plan contient beaucoup de mesures intéressantes, et sa mise en œuvre est indispensable, car les investissements nécessaires pour que le pays soit adapté à 2050 doivent parfois être lancés dès demain, estime Nicolas Richard, vice-président de France Nature Environnement. Il faut maintenant affiner la maille, analyser les défis et les besoins commune par commune, ensuite associer les habitants et se décider en fonction des lieux : faut-il renaturer ou construire une digue sur le littoral ? Faut-il abandonner ou se protéger ? Ce sont des décisions importantes, qui obligent aussi à réfléchir à une forme de démocratie participative. »
Pour faire vivre le Pnacc, la ministre veut d’ores et déjà travailler sur des feuilles de route dans quatre domaines : la forêt, le recul du trait de côte, la montagne et l’agriculture. L’idée est de mettre autour de la table les opérateurs, les élus locaux, mais aussi les représentants des filières. Si les besoins de certaines zones apparaissent évidents, comme ceux des communes littorales, les discussions s’annoncent beaucoup plus compliquées avec le secteur agricole ou avec certaines filières touristiques dans les zones de montagne. Pour assurer le suivi, le CNTE sera chargé de surveiller des indicateurs secteur par secteur et de faire un état des lieux des avancées tous les ans.