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La glace de mer de plus en plus fine en Antarctique se brise sous le poids des manchots empereurs, menacés d’extinction

Dans un nouveau classement, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) alerte sur l’avenir de plusieurs espèces emblématiques qui connaissent un fort déclin, dont les manchots empereurs, les otaries des Kerguelen et les éléphants de mer.

 

Des manchots empereurs luttent contre le vent, la neige et le froid sur la banquise du détroit de McMurdo en mer de Ross, en Antarctique, le 23 mai 2024.

Des manchots empereurs luttent contre le vent, la neige et le froid sur la banquise du détroit de McMurdo en mer de Ross, en Antarctique, le 23 mai 2024. RAPHAËL SANÉ/BIOSPHOTO

 

Ils n’ont jamais été chassés et vivent, en grande majorité, très loin de toute activité humaine et des circuits touristiques. La plupart de leurs colonies n’ont même jamais été approchées par des chercheurs. A première vue, les manchots empereurs, endémiques de l’Antarctique, devraient être l’une des espèces les plus préservées de la planète : ils sont, au contraire, menacés d’extinction, alerte l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

 

 

 

Une nouvelle évaluation, publiée jeudi 9 avril, classe l’espèce dans la catégorie « en danger » sur sa liste rouge, qui constitue l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation des animaux et des végétaux. « Il s’agit de l’un des cas les plus probants de l’impact que le changement climatique peut avoir sur les espèces, souligne Philip Trathan, membre du groupe de spécialistes des manchots de l’UICN. Si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, il est fort possible que les manchots empereurs aient quasiment disparu à la fin du siècle. »

 

Depuis la précédente étude, datant de 2019, des travaux de modélisation et des images satellitaires ont permis de mieux évaluer comment se porte l’espèce, installée dans une soixantaine de colonies quasiment inaccessibles. Entre 2009 et 2018, celle-ci a connu un déclin d’environ 10 %, plus de 20 000 manchots adultes ayant disparu. Et cette tendance se poursuit. Depuis 2005, la population de la mer de Ross a diminué de 23 %, alors que celle de la mer de Weddell chutait de 22 %, entre 2009 et 2023. « Ces deux zones auraient dû être des refuges, car elles se trouvent très au sud, encore plus loin de toute influence humaine et dans des lieux où il fait plus froid. Le fait que la population y décline est très inquiétant », souligne Philip Trathan.
La première cause du déclin de l’espèce est la perte de glace de mer. Si celle-ci se forme trop tard ou se brise trop tôt dans la saison, les poussins n’ont pas suffisamment de temps pour grandir, acquérir leur plumage imperméable et être capables de nager. Dans plusieurs cas, la totalité des poussins d’une colonie sont morts dans l’eau froide lorsque la glace a cédé sous leurs pattes. Chaque année, ces gros et lourds oiseaux incapables de voler renouvellent par ailleurs leur plumage. Ils ont, là encore, besoin que la banquise demeure stable jusqu’à ce qu’ils aient terminé leur mue. Or, depuis 2016, la glace de mer enregistre des records d’étendue minimale dans l’océan Austral, la zone Antarctique étant parmi les plus touchées par le réchauffement.

Moins de nourriture, plus de maladies

Le dérèglement climatique est aussi directement mis en cause dans le déclin de l’otarie de Kerguelen, aussi appelée otarie à fourrure antarctique, qui se nourrit presque exclusivement de krill. Avec le réchauffement des eaux de surface, ce minuscule crustacé vivant dans les eaux froides se déplace en profondeur et plus loin des côtes, devenant moins accessible. « En dehors des périodes de reproduction, les otaries peuvent s’éloigner du rivage et rester en mer plusieurs jours, explique Kit Kovacs, coprésidente du groupe des spécialistes des pinnipèdes à l’UICN. Mais, pendant la période d’allaitement, elles dépendent de la nourriture disponible près des côtes, car elles doivent revenir régulièrement nourrir leurs petits. » La population d’otaries de Kerguelen, une espèce désormais classée « en danger », a chuté de plus de 50 % en vingt-cinq ans, passant de plus de 2,1 millions d’individus en 1999 à quelque 940 000 en 2025.

Otarie à fourrure de l’Antarctique, sur les rochers d’Hydrurga, dans l’archipel Palmer, en Antarctique, le 22 octobre 2023.

Otarie à fourrure de l’Antarctique, sur les rochers d’Hydrurga, dans l’archipel Palmer, en Antarctique, le 22 octobre 2023. REDA/UNIVERSAL IMAGES GROUP VIA GETTY IMAGES

 

Pour les éléphants de mer austral, également mis en avant dans cette évaluation, la principale menace est la grippe aviaire, une maladie qui affecte désormais les mammifères. Quatre des cinq principales sous-populations ont été touchées et dans certaines colonies, plus de 90 % des jeunes sont morts. Les éléphants de mer vivent proches les uns des autres dans des colonies très denses, ce qui facilite la diffusion des virus.

 

 

L’UICN estime que la population a diminué d’au moins 30 % ces dernières années et classe l’espèce comme « vulnérable ». Là encore, le dérèglement climatique est considéré comme responsable. « On observe une incidence plus élevée des maladies en Antarctique dans ce contexte de réchauffement des zones polaires, assure Kit Kovacs. C’est très préoccupant, car les animaux sont très peu immunisés. »

Ces alertes interviennent alors que les Etats membres du Traité sur l’Antarctique (signé en 1959) doivent se réunir en mai. Les scientifiques les appellent à prendre des décisions pour protéger au maximum ces espèces, en évitant l’accumulation de pressions supplémentaires liées au tourisme ou à la pêche, par exemple. Mais pour espérer sauver ces animaux emblématiques, le principal levier d’action consiste à sortir le plus rapidement possible du charbon, du pétrole et du gaz, les principaux responsables du réchauffement.