Ces lycéens de Deuil-la-Barre se mobilisent contre le départ du cuistot de la cantine « trop généreux » en portions
Au lycée Camille Saint-Saëns, une mobilisation inédite est en cours pour soutenir le cuisinier, sanctionné il y a quelques jours. Il était le seul, d’après les élèves et enseignants, à servir des portions suffisantes dans un contexte de détérioration du service.
Par Marie Persidat
« Des fois quand on sort de table, on a encore vraiment faim. » Tous les jours Clément, élève au lycée Camille Saint-Saëns de Deuil-la-Barre (Val-d’Oise), mange à la cantine. Mais en ce moment, ses repas lui restent en travers de la gorge et il n’est pas le seul. « Le pain maintenant on a le droit seulement à un mini-bout, c’est un toast quoi », renchérit un autre grand gaillard. Depuis le mois de janvier, la colère gronde entre les tables du self approvisionnées par le groupe Elior. Et en ce début de semaine, la grogne a explosé avec le départ de celui que beaucoup de lycéens affamés considéraient comme leur seul allié.
Yves, le cuisinier, aurait subi des reproches en raison des portions « trop généreuses », qu’il servait. C’est en tout cas ce qui est rapporté dans la pétition de soutien qui circule actuellement dans l’établissement. « Le cuisinier est harcelé et il a été déplacé d’autorité vers un autre site du groupe, alors qu’il travaillait ici depuis huit ans et était très apprécié », s’alarme Jean-Pierre, un professeur de philosophie. « Cela ressemble à un éloignement pour lui donner une leçon et nous sommes très inquiets sur son sort. Il fait l’objet d’une mesure brutale pour avoir seulement voulu bien faire son travail. » Elior confirme le détachement d’Yves sur un autre site « où il y avait besoin de renfort », affirmant qu’il n’y avait pas de problème particulier avec lui.
Des tranches de jambon trop grandes à l’origine du clash
C’est une tranche de jambon qui serait à l’origine du coup de grâce mercredi 26 mars. « Ils avaient ressorti du jambon déjà présenté la veille, et la responsable a exigé qu’il soit découpéen morceaux de seulement 70 g », raconte une enseignante. « Yves en a fait des plus grosses tranches, c’est ce qui a déclenché la sanction. » Nadège, professeure de physique et habituée de la cantine, connaît bien ce cuisinier comme tous les usagers du lieu. « Les élèves l’avaient repéré parce que c’est le seul qui servait bien et donnait parfois du rab. Certains sont au lycée de 8 heures jusqu’à 18 heures parfois, il faut qu’ils mangent quelque chose qui tienne au corps ! Ces élèves sont en pleine croissance. »
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Au lycée Camille Saint-Saëns, élèves et enseignants se plaignent des portions congrues et de la qualité des plats. Les pates aux lentilles sont particulièrement dans leur viseur... DR
Mais les jeunes lycéens à l’appétit féroce sont loin d’être les seuls mécontents. La mutation du cuisinier s’inscrit dans un contexte général de ras-le-bol contre le prestataire. « Hier c’était vraiment infâme, poursuit Nadège, en montrant une photo de pâtes aux lentilles peu appétissantes. Je n’aurais même pas mis ça dans la gamelle du chien. » Clément et Noah les étudiants se souviendront longtemps du gâteau au yaourt. « Ils avaient du confondre le sucre et le sel, il avait un goût hypersalé, c’était immangeable ! »
« Quand j’ai ouvert mon yaourt, ça a fait un gros pschitt »
Pire, plusieurs témoignages évoquent même des produits périmés qui seraient pourtant présentés au self. « Une fois, quand j’ai ouvert mon yaourt ça a fait un gros pschitt, l’intérieur était pétillant », explique Clément qui, par ailleurs, ne se rend jamais à la cantine sans sa salière, pour tenter de donner un peu de goût à ses repas. « Une fois, il ne restait plus que de la purée à manger, souvent il n’y a plus grand-chose surtout au second service, témoigne Emma une élève de seconde. Mais les gens qui servent sont tellement sympas, on n’ose rien dire. »
Inaya, Hala et Laiana ont, quant à elles, jeté l’éponge. « Chaque fois que nous y sommes allées, c’était mauvais. La purée elle est pleine d’eau on dirait ! » Les trois filles préfèrent aller se restaurer dans l’un des fast-food proches de la gare. Au menu, sandwichs grecs, frites, pizzas…
Pas vraiment ce qu’il y a de plus diététique mais les lycéens y font la queue comme nous avons pu le constater à midi.
« L’alimentation, c’est quand même la base de notre société, cela doit être pris au sérieux », peste Tom, un enseignant en faisant circuler la pétition devant des banderoles déployées surles grilles du lycée. « Elior, des efforts ou tu sors ! » tel est leur slogan. « Il y a un contrat de service, avec des quantités, il faut le respecter ! » D’autant que le prix à payer reste évidemment le même, soit entre 4 et 5 euros en moyenne le repas pour les lycéens ou enseignants.
Sur la qualité des plats proposés, la société Elior, liée à l’établissement de Deuil-la-Barre jusqu’en 2026, reconnaît avoir « eu pas mal de turn-over en début d’année pour trouver et garder le bon chef gérant (3 chefs en trois mois) ». « Cela a eu un impact sur la qualité de la nprestation, mais cela n’est plus le cas aujourd’hui », assure la direction, qui dit disposer d’une brigade complète, qui réalise « la prestation demandée par le conseil régional en termes de variété de l’offre, de qualité et de quantité ».
Marie Persidat
Le Parisien 95