Un rapport interroge les causes de la forte mortalité infantile en France et balaie la problématique des petites maternités
Le document a dormi dans les tiroirs de l’exécutif pendant huit mois, puis a été publié discrètement le 4 août après un article du «Canard Enchaîné» révélant son existence. Il dresse quelques pistes, et ne juge pas pertinent de poursuivre la politique de fermeture des petites structures, suivie depuis plusieurs décennies.
Comment enrayer la tendance inquiétante de la mortalité infantile en France ? La question a des allures de serpent de mer, au fil des études faisant le constat du recul français dans la santé de ses nouveau-nés. A ce sujet, un rapport officiel de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), achevé en janvier 2025, a été discrètement publié mardi 4 août au soir. Après un article du Canard Enchaîné révélant son existence.
Le constat est connu, déjà documenté : la France subit, en matière de mortalité des nouveau-nés, «une dégradation sanitaire préoccupante, remontant à quinze ans», qui la met dans une «position internationale défavorable». En 2024, «si la France connaissait le taux de mortalité infantile moyen de l’UE, soit 3,3 ‰ [au lieu de 4‰], ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées». Avec «les résultats de l’Italie ou du Portugal», dont la mortalité infantile est de 2,5 ‰, 1 057 enfants ne seraient pas morts.
Autrefois parmi les meilleurs élèves, la France a dégringolé depuis le début des années 2010 et se place 23e sur les 27 Etats européens, selon une étude l’Institut national d’études démographiques publiée en 2025.
Inégalités sociales
La cause n’est pas unique, rappellent les trois auteurs, parmi lesquels l’ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle. Plusieurs facteurs jouent, sans savoir à quel point : l’âge de plus en plus tardif des grossesses, qui augmente le risque de complication, la hausse des grossesses multiples, souvent plus complexes… Et surtout les inégalités sociales et territoriales, dont le rôle est plus ou moins documenté. Le rapport rappelle que les régions d’outre-mer, généralement plus défavorisées, enregistrent les chiffres les plus préoccupants. La situation s’est aussi dégradée en Ile-de-France.
Qu’en est-il du rôle de la fermeture des petites maternités, trajectoire entamée sujet bien souvent débattu ? Nombre d’élus locaux refusent d’arrêter les accouchements dans celles qui ne prennent en charge que quelques centaines de naissances par an, mesure qu’ils présentent comme cause d’une dégradation des soins. Tandis que les sociétés de médecins estiment que ces établissements, par manque d’activité, ne sont pas suffisamment sécuritaires pour les femmes enceintes et leurs bébés.
L’Igas ne suit aucun de ces arguments. La politique, suivie depuis des décennies, consistant à fermer les plus petites structures au profit de plus grands pôles «n’explique pas à elle seule cette dégradation». Dans le même temps, «il ne semble pas qu’un modèle type d’organisation territoriale optimale des maternités puisse être mis en avant de façon convaincante». Car des pays observent de meilleures performances tant en ayant, pour certains comme la Suède, concentré les naissances dans des grandes maternités que, pour d’autres comme l’Italie, en conservant de petits établissements. «Dès lors, proposer, en 2026 […] la seule hausse du seuil minimal d’activité des maternités», c’est-à-dire le nombre de naissances au-dessous duquel un établissement doit arrêter les accouchements, «constituerait une réponse mécanique, datée» à ce problème global de santé publique, estiment les auteurs du document.
«L’essentiel de la réduction des risques de mortalité infantile se joue» d’abord lors de la grossesse, «dans la capacité à prévenir, détecter puis prendre en charge les situations à risque» et après l’accouchement, dans celle «à prendre en charge les jeunes enfants dont l’état le requiert dans les services de néonatalogie».
Agacement des professionnels devant l’enlisement politique
Côté ministère de la Santé, où ce rapport a dormi pendant huit longs mois, on salue tout de même «un travail de fond» à même «d’alimenter le débat public». Les soignants interrogés par l’AFP, médecins gynécologues et sages-femmes, grincent davantage des dents. Pas vraiment surpris par les conclusions du rapport, mais agacés par cette publication si discrète alors que la ministre Stéphanie Rist promet depuis plusieurs mois d’agir.
«Le mois d’août, ce n’est pas propice aux lectures approfondies et exigeantes», regrette auprès de l’AFP Isabelle Derrendinger, présidente du conseil national de l’Ordre des Sages-Femmes. Elle y voit un choix «significatif de la façon dont on traite la périnatalité et la santé des femmes en France». «C’est incompréhensible qu’il ait fallu des mois pour obtenir un rapport qui ne reprend même pas la question centrale du déficit des ressources humaines», renchérit Olivier Morel, secrétaire du Collège national des gynécologues et obstétriciens (CNGOF).
La ministre a annoncé début juillet plusieurs mesures, qui correspondent largement aux préconisations de l’Igas : actions de prévention, révision de décrets sur les soins périnataux jugés obsolètes… La question si sensible des fermetures de maternités a, elle, été reportée à octobre.