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Incendies, canicules, inondations : “Le plus terrifiant, c’est l’absence de colère”

Les catastrophes environnementales qui se multiplient ne doivent rien au hasard : elles étaient annoncées en raison du dérèglement climatique, rappelle la presse européenne. Du belge “De Morgen” à l’espagnol “El País”, plusieurs titres s’indignent du cynisme des gouvernements et appellent à “politiser les incendies”.
blié le 30 juillet 2026 à 15h33
Dans la localité espagnole de San Martín de Valdeiglesias (à 70 kilomètres à l’ouest de Madrid), un ciel apocalyptique témoigne de la gravité des feux de forêt. PHOTO OSCAR DEL POZO/AFP

 

“Imaginez que les services de renseignement découvrent que des terroristes préparent un attentat contre votre ville, et qu’ils expliquent, en temps et en heure, aux autorités ce qu’il faut faire pour éviter qu’il y ait des morts et des blessés, mais que les autorités ne fassent rien.”
“C’est à peu près ce qui est en train de se produire à l’échelle mondiale”, écrit le quotidien belge De Morgen dans un éditorial particulièrement incisif. “Il y a trente-six ans, les scientifiques alertaient déjà quant aux destructions mortelles qui nous parviennent désormais en rafales sous la forme de flashs infos : ‘des dizaines de milliers de personnes évacuées’, ‘des milliers de morts en raison de la canicule’, ‘fumée dangereuse à cause des feux de forêt’, ‘champs asséchés et récoltes détruites’.” Leurs avertissements n’auront servi à rien.
Dresser “le bilan accablant des incendies en cours en France et en Espagne”, pour ne citer que ceux-là, c’est prendre la mesure de “la dévastation qui s’aggrave et des tragédies humaines qu’elle sème sur son sillage”, renchérit le journal britannique The Guardian. Quelque 116 000 hectares ont brûlé cette année en France, “contre 30 000 sur toute l’année 2025, et quelque 220 000 personnes ont été évacuées en Gironde.” C’est sans compter le bilan catastrophique de la canicule – notamment dans un pays traditionnellement aussi tempéré que la Belgique – et celui des inondations, qui se multiplient d’année en année.

Pas de quoi perturber la classe politique

À ce stade, le changement climatique n’est plus “un phénomène abstrait”. Il est “une réalité”, qui ne semble pourtant “pas perturber la classe politique”, dénonce De Standaard, interloqué de ne voir “ni réunion de crise pour statuer sur la façon de mieux protéger la population contre les prochaines vagues de chaleur ni sommet convoqué en urgence pour accélérer la sortie des énergies fossiles”, directement responsables du dérèglement climatique.
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Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
“Qui se soucie encore du Pacte vert ?” interroge le journal belge. Destiné à faire de l’Europe le premier continent neutre pour le climat à l’horizon 2050, il est progressivement détricoté depuis sa présentation, à la fin de 2019. La Commission européenne a déjà “renoncé à interdire la vente de nouvelles voitures à essence ou à diesel d’ici à 2035”. Et voilà qu’elle remet en cause le système d’échange de quotas d’émissions carbone (ETS), afin de permettre aux entreprises d’émettre plus de CO2. “Le lobby des énergies fossiles a bien travaillé”, constate, amer, le quotidien flamand de référence.
Le problème, reprend The Guardian, c’est qu’“on justifie généralement les appels à atténuer les mesures écologiques par la nécessité d’être plus pragmatique, dans un contexte d’incertitude géopolitique et de concurrence économique. Ce qui est doublement erroné : plus vite l’Union européenne ira vers la neutralité carbone, plus vite elle consolidera sa position sur les marchés mondiaux de demain.” Mais, dans l’immédiat, ce n’est même pas la question : “Les incendies de cet été l’illustrent clairement, les mesures environnementales ne peuvent pas être considérées comme une option envisageable uniquement lorsque le contexte est favorable.”

“Politiser les incendies”

Au contraire, il faut “politiser les incendies”, plaide une chroniqueuse du quotidien espagnol El País. “Nous savons déjà ce qui ne fonctionne pas : ignorer les problèmes, confier les responsabilités à ceux qui les ignorent. Alléger les impôts des plus fortunés au lieu de consacrer des budgets importants aux services publics. Laisser les problèmes que l’on a ignorés dégénérer jusqu’à ce qu’ils nous explosent au visage, et s’en laver les mains. Rejeter la faute sur l’immigration, l’Europe, l’écologie, le féminisme ou un rival politique.” Il faut changer de cap et apporter “une réponse politique maintenant”, insiste-t-elle.
Pour De Morgen, il est incompréhensible que la situation ne suscite pas de sursaut. “Le plus angoissant cet été, ce ne sont ni les cadavres retrouvés dans des appartements surchauffés ni les incendies monstres qui volent des vies”, reprend le journal belge. “Le plus terrifiant, c’est l’absence de colère. Le silence et l’impassibilité. Le cynisme (‘Il n’y a que des vieux qui meurent de la canicule’), la nonchalance politique (‘Faites preuve de bon sens’), la négligence délibérée (où sont les projets d’adaptation structurelle ?) Et la conscience que, bientôt, quand l’hiver sera là”, on passera à autre chose et “rien ne sera fait contre le plus grand attentat terroriste que l’humanité ait connu”.