Réchauffement climatique : sur Arte, le choix conscient des élites de nous guider dans le mur mis en lumière par un documentaire
Arcachon, plage Pereire, le 23 juillet dernier. De l’autre côté du Bassin, le mégafeu engloutit tout le combustible qu’il parvient à attraper. © Crédit photo : Laurent Theillet / SO
Le 8 septembre, à 21 heures, Arte diffuse les trois épisodes de « Fuck la planète », une enquête implacable sur la guerre menée par l’industrie et sur le cynisme des politiques face aux alertes scientifiques qui se succèdent sur le réchauffement climatique
Le titre, « Fuck la planète », est volontairement provocateur. Le sous-titre, « Le choix du réchauffement », résume le message. Si l’humanité se retrouve dans l’impasse du réchauffement climatique, c’est qu’elle a refusé d’en sortir alors que les signaux d’alerte clignotaient de partout. Ou, plutôt, qu’on a refusé de l’en sortir. Qui est ce « on » ? Schématiquement, l’industrie lourde américaine et ses alliés néolibéraux au pouvoir, de Ronald Reagan à Donald Trump – si ce dernier peut accepter une étiquette autre que « trumpiste ».
Au terme de cet été 2026, on ne cesse de gloser sur la prise de conscience qui procède du mégafeu girondin comme des vagues de chaleur, en passant par la canicule marine. Ce que démontre fort bien la série en trois épisodes qu’Arte diffuse ce mardi 8 septembre, c’est que les décideurs politiques et économiques du monde entier connaissent la donne depuis des lustres. Depuis, au moins, le mandat du président américain Jimmy Carter (1977-1981), qui avait en main dès 1979 les preuves scientifiques de l’origine humaine du réchauffement avec le rapport Charney, l’homme qui présidait alors l’Académie nationale des sciences.
Ils savaient et ils n’ont rien dit
Cette profondeur historique fait toute la valeur de l’analyse. Ses deux auteurs ne sont pas des novices. Prix Albert-Londres 2010, Jean-Robert Viallet a signé en 2019 le documentaire « L’homme a mangé la Terre », un panorama affolant du gaspillage des ressources naturelles. Jean-Baptiste Fressoz, qui avait collaboré avec lui sur ce projet, est un historien de l’environnement et de l’énergie, spécialiste des rapports entre société et climat.
Comme l’industrie du tabac à propos du cancer du poumon, celle des énergies fossiles a dépensé des fortunes pour rendre scientifiquement crédibles des thèses farfelues et se dédouaner de la responsabilité du dérèglement climatique
Ils ont rassemblé pour ce documentaire le gotha des climatologues et des lanceurs d’alerte : Dennis Meadows, l’auteur principal du célèbre rapport de 1972 « Les Limites à la croissance » ; James E. Hansen, le climatologue qui, quand il était à la tête du Goddard Institute de la Nasa, n’avait pas mâché ses mots lors d’une audition vérité devant le Congrès américain en 1988 ; les paléoclimatologues français Valérie Masson-Delmotte et Jean Jouzel.
Le 18 juillet dernier, en pleine sécheresse, le marais de Rochefort sans une goutte d’eau, en Charente-Maritime.
Historienne des sciences, connue pour son ouvrage « Les Marchands de doute » (2010), l’Américaine Naomi Oreskes détaille les pratiques agressives de lobbying qui ont pilonné et pilonnent toujours les tentatives de réorientation de la machine économique. Comme l’industrie du tabac à propos du cancer du poumon, celle des énergies fossiles a dépensé des fortunes pour rendre scientifiquement crédibles des thèses farfelues et se dédouaner de la responsabilité du dérèglement climatique. Le combat pour la vérité n’est pas terminé. Il ne le sera jamais.
« Je pensais que la science finirait par avoir le dessus », glisse, désabusé, Dennis Meadows, 84 ans. Qui juge sévèrement le verdissement de façade d’un capitalisme aveugle. « Le développement durable est une diversion. C’est une construction politique sans base scientifique. » Rien dans l’évolution récente des émissions de gaz à effet de serre ne peut le contredire.
Le 8 septembre, à 21 heures, sur Arte. Disponible sur arte.tv à partir du 1er septembre.