Y a t il encore place pour l'industrie minière extractive en France métropolitaine?

en collaboration avec Pierre Chevalier, Jérôme Gouin et Jean-Claude Prévot

mines.JPGL'exploitation des mines en France est encore mal perçue par l'opinion publique. Ce document du site écologiste reporterre  https://bit.ly/3q2mCkG  et ses liens inclus,  dans la perspective de la réforme du code minier français par le renforcement des contraintes environnementales, en est l'illustration. 

 

Du temps de nos "ancêtres les Gaulois", ce qui devait devenir la France était riche en exploitations minières, et les Celtes avaient inventé quasiment toutes les techniques minières, à l'exception notamment des pompages des eaux d'exhaure et de l'utilisation des explosifs. Le territoire comportait de nombreuses mines, souvent de petites tailles et limitées en profondeur par les nappes. Ce furent, notamment, les exploitations aurifères qui contribuèrent à attirer l'attention de Rome. Durant la conquête romaine, certaines exploitations furent dissimulées (et parfois oubliées durant des siècles), d'autres, plus nombreuses, continuèrent d'être exploitées. Au moyen âge, le territoire français comportait de nombreuses mines très diverses.

La France fut pendant longtemps, dans l'essor de la révolution industrielle, un grand  pays minier.

La France fut pendant longtemps, dans l'essor de la révolution industrielle, un grand  pays minier, avec ses exploitations minières, ses écoles des mines et de géologie. Il en fut ainsi des Charbonnages de France, avec les exploitations de charbon du Nord-Pas-de-Calais, les houillères de Lorraine, de Gardanne, d'Alès, de Blanzy, de Saint-Étienne, du Dauphiné, de Decazeville et d'Arjuzancx. Et aussi des mines de fer de Lorraine, et de Normandie, du gisement de gaz de Lacq, des mines de potasses d'Alsace, de la bauxite du Var et de l'Hérault  et les gisements de plomb-zinc du sud du Massif Central, avec notamment Saint-Salvy, mine de zinc riche en germanium.

 

Ces multiples activités minières étaient à l'amont  de filières de transformation intégrées: tels Péchiney-Ugine-Kuhlman, Mokta, Métaleurop, Rhône-Poulenc, qui ont aujourd'hui disparu ou ont été acquis par des groupes étrangers.

 

Toutes ces exploitations minières ont connu une couverture médiatique  importante  lors  de leur déclin progressif et de leurs fermetures durant les années 1980-2000. Les années suivantes ont concentré l’attention des médias sur la gestion de l'après-mine et la reconversion de ces régions industrielles sinistrées en terme d'emplois. Il y eut aussi l'uranium pour le programme d'énergie nucléaire qui se développa pour la dissuasion nucléaire et la production d'électricité, avec une impulsion politique et industrielle très forte des gouvernements d'alors: de Gaulle, Pompidou et Giscard d'Estaing de 1958 à 1981.

 

Le déclin et les fermetures de mines furent provoqués, après les 30 "glorieuses" années de reconstruction et de croissance économique  de l'après seconde guerre mondiale -  1945 à 1975,  par l'essor des échanges internationaux et par l'offre sur les marchés mondiaux des mêmes matières minérales, à des prix plus faibles par unités de matière utile contenue. Il s'agissait de la concurrence de pays beaucoup mieux dotés en ressources minérales diverses, comme les États-Unis, le Canada, l'Australie, la Colombie, le Chili, le Pérou, le Brésil, l'Afrique du Sud, et d'autres en Afrique. Ce sont les prix plus faibles (*), le volume des réserves et les meilleures  qualités des minerais  qui ont amené aux fermetures et à la disparition des grands groupes miniers exploitant sur le territoire national. On ne reviendra pas en arrière; cette partie de notre histoire minière issue de la révolution industrielle du XIXème siècle, prolongée au XXème et après la seconde guerre mondiale, est terminée.

(*) Comme exemple de cette concurrence mondiale par les prix, citons la Chine:  depuis le début des années 1980 la Chine a pratiqué un dumping sur un certain nombre de métaux critiques dont le tungstène; elle en est devenue le principal producteur mondial et elle a ensuite développé la partie aval de la filière et elle est devenue en 20-30 ans un fournisseur primordial de semi-produits puis de produits finis. Certains acteurs comme Rhône-Poulenc en France ont d'ailleurs accompagné cette évolution en transférant  en Chine l'activité de raffinage de terres rares dont ils étaient un des leaders mondiaux.

 

Pendant ce même  temps, la France s'était  lancée dans la production de la bombe atomique pour assurer sa sécurité par une force de dissuasion nucléaire, et ensuite dans la production d'électricité par la fission  nucléaire; cela nécessita  la recherche et  l'exploitation de minerais d'uranium, d'abord  sur le  territoire national,  de 1953 à 2002. Là aussi, c'est la faible teneur des minerais  et le volume des réserves qui  entraîna la fermeture des exploitations et leur remplacement par des minerais importés, du Canada, du Kazakhstan puis principalement du Niger  [Imouraren], mines développées par la France dans la suite de sa période coloniale en Afrique.

 

Enfin, la France a fait le choix en 2013  de ne pas exploiter ni de rechercher les gaz de schiste sur son territoire mais dont le potentiel géologique est avéré. Ce choix fut  dicté par des considérations environnementales liées à la fracturation hydraulique et par le changement climatique, présumé lié à la production de CO2 des combustibles fossiles. Le conseil consitutionnel en avait validé l'interdiction.

 

Mais la France reste un pays doté géologiquement de potentiel pour des minéraux industriels et des minerais de métaux devenus critiques pour  les nouvelles technologies en 2020. 
Ce potentiel est présent dans les formations éruptives cristallines du Massif Central, du Massif Armoricain, des Pyrénées et des Alpes, tandis que toute l'histoire minère précédente s'est principalement déroulée dans les bassins sédimentaires pour l'énergie charbon et pour le fer et la sidérurgie..

 

Notre source de connaissances en matière de potentiel géologique est le BRGM bureau de recherches géologiques et minières, ainsi que nos écoles des mines et de géologie.  Sur le territorire français métropolitain, le tungstène, l'antimoine et l'or sont les trois substances qui présentent le plus fort potentiel de développement minier de par l'existence de gisements,  de resources et de réserves déjà connues. (voir cette carte). Il existe aussi des gîtes de minerais de plomb-zinc (sulfures)  avec présence de minéraux porteurs  de métaux secondaires critiques comme le germanium ou le gallium et aussi d es gîtes de minerais d'étain ou  de  niobium-tantale.

 

Ces métaux très peu produits et utilisés autrefois, ont pris une valeur critique  à cause leurs utilisations dans les techniques modernes de la  haute technologie: métaux de  l'aéronautique, du nucléaire, la fibre optique, les puces de micro ordinateurs ordinateurs, PC tablettes et téléphones portables, les semi-conducteurs, les cellules photovoltaïques, les batteries pour véhicules électriques, etc...

 

Le site de Reporterre rapporte tous les effets négatifs de l'exploitation minière sur l'environnement et la santé, dans la perspective de la réforme du code minier français, avec le renforcement des contraintes environnementales et de responsabilité des exploitants tout au long de la vie de l'exploitation et après. C'est une tendance générale dans tous les grands pays miniers, qui a commencé depuis de nombreuses années et que les grandes institutions de financement, telles la Banque Mondiale, les banques de développement régionales ou la banque européenne d'investissement exigent.  Dans tous les cas, les permis de recherche, suivis ou non selon leurs résultats, de permis d'exploitation, sont encadrés par le code minier et par une convention  qui fixe toutes les obligations des parties. Le format de ces conventions est international et fixé par ces grandes banques de financement.  Les études d'impact environnemental et social sont devenues partout une composante importante de l'aboutissement des demandes de permis et de ces conventions.

 

De ce point de vue, une exploitation minière laisse toujours des traces sur le paysage et l'environnement ainsi que des effets  délétères sanitaires. Mais c'est plus encore le traitement d'enrichissement du minerai sur les sites d'exploitation, pour en accroître la teneur en métal, qui est cause de pollutions, comme par exemple l'alumine de Gardanne et les boues rouges, les eaux radioactives de la mine d'uranium des Bois Noirs  dans le Forez ou encore l'enrichisement des minerais de cuivre, toujours à faible voire très faible teneur en cuivre, ce qui produit d'énormes quantités de déchets stériles. Mais nous n'avons pas de gisements de ce type en France. Il en était de même, voire pire, pour le charbon avec les explosions de grisou et de poussière de charbon (catastophe de Courrières) et la silcose du mineur; et les affaissements de terrain et la pollution des cours d'eau.

 

La France métropolitaine n'est pas un eldorado minier dans le contexte mondial d'aujourd'hui en 2020. Mais il existe toujours  du potentiel  pour certains minerais de métaux devenus critiques. L'inventaire minier du pays qui date des années de l'après 2è guerre mondiale,  a fait l'objet d'une mise à jour par le BRGM dans cette perspective. Le rapport final de ce travail a été rendu public en 2013.   L'exemple d'un projet possible pour du tungstène a été donné.

 

Des permis de recherche ont été donnés à la société Variscan, filiale  française d'un groupe Australien.  Initialement les élus locaux y étaient favorables. Certains locaux s'y sont opposés, mais les opposants étaient plutôt des allochtones; ils ont fait capoter ces projets et découragé les promoteurs. Il a aussi les mésaventures de compagnies minières plus petites, comme SudMine.

 

Ces mésaventures montrent que pour ré-industrialiser la France, il faut ré-éduquer le peuple, pour que, dans notre système démocratique, le peuple soit suffisamment éclairé pour pouvoir accepter la ré-industrilisation de la France y compris par le secteur primaire. Compter pour cela deux générations, soit un demi-siècle.

 

  1. Les ressources du territoire national en minerais de métaux stratégiques
  2. La fin de l'exploitation du charbon
  3. La mine en France Wikipedia
  4. Potentiel minier français
  5. Matières premières minérales en France
  6. Réévaluation du potentiel français en ressources minérales; rapport final 2013
  7. Étude pilote d’une cible minière en métropole : le gisement de tungstène de Fumade (Tarn)
  8. Réforme du Code minier : le gouvernement déroule le tapis rouge aux industriels
  9. Histoire de la force de dissuasion nucléaire française
  10. UE Minland:  Mineral resources in sustainable land-use planning