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MAUVAIS TEMPS
La tempête économique n’arrive plus, elle est là : que faire désormais pour éviter le pire ?
Publié le 04 mars 2019
Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de...

 

Ce 1er mars, l'Institut Markit publiait ses indices PMI pour le secteur manufacturier de la zone euro, en enregistrant la première contraction du secteur depuis le mois de juin 2013.

 

 

Atlantico : Ce 1er mars, l'Institut Markit publiait ses indices PMI pour le secteur manufacturier de la zone euro, en enregistrant la première contraction du secteur depuis le mois de juin 2013, et dont l'Allemagne, l'Italie, et l'Espagne sont les principales victimes. Comment mesurer la gravité de la situation à laquelle la zone euro est confrontée, dans un contexte de ralentissement global du commerce mondial ? 

Philippe Waechter : La dynamique de la zone Euro a été confrontée à deux facteurs spécifiques depuis la fin de l'année 2017. Le premier est l'année exceptionnelle connue par la zone en 2017. L'accélération observée tout au long de l'année a laissé l'économie de la zone euro hors d'haleine au passage de l'année 2018. Le rythme observé n'était alors pas tenable dans la durée et le scénario attendu en 2018 était celui d'une croissance qui, au mieux, se stabilisait selon une allure cohérente avec celle de 2017 (ce qui était facilité par un acquis fin 2017 qui était très fort à 1%). Chacun avait à l'esprit une croissance qui convergerait,à moyen terme,vers son potentiel (autour de 1.5-1.6%).

Ce schéma a été bouleversé dans la deuxième partie de l'année 2018 avec le ralentissement très marqué du commerce mondial. L’économie globale a vite ralenti. Les données publiées par l'institut néerlandais CPB montrent qu'au 4ème trimestre la variation sur un an des échanges n'a été que de 1.5% (en volume) contre 3.6% au 3ème trimestre. Le mouvement a même été  plus rapide lorsque l'on compare un mois par rapport au même mois de l'année précédente (plutôt que le trimestre). En zone euro cela a pu être observé via un net ralentissement des exportations. La combinaison d’une croissance très forte en 2017 et d’un choc global explique une grande partie du ralentissement de la zone euro. C’est ce qui peut expliquer la stabilité de l’activité en Allemagne au deuxième semestre.

Cette explication est pourtant insuffisante. . Depuis l’été la situation en Italie s’est franchement dégradée. Les chefs d’entreprise ne sont pas convaincus par le programme du gouvernement populiste de Salvini et Di Maio. Cela s’est vu notamment pas la dégradation du marché du travail dès l’été. On ne peut pas donner tort aux chefs d’entreprise car les mesures du gouvernement ne permettront pas d’améliorer la croissance à moyen terme. En France aussi la dynamique de la croissance a été perturbée par les mouvements sociaux depuis la mi-novembre.

D’une manière générale, la dimension politique de l’Europe est un facteur qui pénalise la perception de l’avenir. Les élections au parlement européen du 26 mai prochain sont une source d’inquiétude car de nombreux pays pourraient voter contre les institutions européennes. Cela a alimenté des anticipations négatives depuis l’automne.

Bref les sujets de préoccupation externe et interne ne manquent pas pour contraindre la dynamique de l’économie de la zone euro

 

Si les perturbations du commerce mondiales peuvent être la conséquence des craintes liées aux "guerres commerciales" qui touchent les Etats-Unis, la Chine, et l'Europe, ne peut-on pas également s'alarmer du niveau de dépendance européen aux exportations, une dépendance qui se traduit par ses excédents commerciaux vis à vis du reste du monde ? 

Ce sont surtout l’Allemagne et les Pays-Bas qui disposent d’excédent spectaculaires. Mais l’Italie aussi a un excédent. Ce n’est pas le cas de France

C’est une situation qui traduit avant tout l’incapacité de la zone euro à disposer d’une croissance plus autonome et plus endogène. L’Europe va bien quand le monde va bien mais, en dépit de sa taille, elle n’est plus capable de créer une impulsion de croissance qui lui serait bénéfique et qui créerait une capacité pour l’Europe d’infléchir la marche du monde.

En d’autres termes, la zone euro n’est pas devenue une zone intégrée comme peuvent l’être les USA avec un taux d’ouverture réduit et stable dans durée. Cela traduit l’existence d’un marché intérieur fort et essentiel au cours du processus de croissanceaméricain.

Le taux d’ouverture de la zone euro s’accroît tous les ans un peu plus montrant que la croissance est de moins en moins dépendante de la dynamique interne de la zone.

On pourrait blâmer l’Allemagne qui depuis de nombreuses années privilégie les marchés en dehors de la zone euro (l’Asie et la Chine) comme relai de croissance. Cela se traduit par un ratio exportation sur PIB très élevé et proche de 50%. C’est la fameuse critique sur l’économie allemande incapable de contribuer désormais à une croissance plus forte et plus intégrée en Europe.

Cette situation est pourtant en train de changer. Dans la durée la demande interne privée a désormais une contribution à la croissance du PIB supérieure à celle du commerce extérieur. C’est d’ailleurs un point majeur : lorsque l’on regarde la croissance allemande depuis la création de la zone euro on observe d’abord une très grande dépendance à son commerce extérieur et une contribution très réduite de la demande privée. C’est l’époque des réformes Hartz. Ensuite de 2008 à 2015 la demande privée et la demande externe ont des contributions équivalentes à la croissance. Depuis 2015 la demande interne privée est le support principal de la hausse de l’activité. L’économie allemande se normalise et c’est peut être le début d’un marché interne qui au sein de la zone euro devient plus autonome. L’aide d’une politique plus coordonnée permettrait néanmoinsd’accélérer le mouvement vers l’autonomie et donc vers une moindre dépendance vis-à-vis du reste du monde.

 

Quels seraient les moyens de parvenir à un rétablissement de la confiance ? Quels seraient les points sur lesquels Europe, Chine, et Etats-Unis pourraient s’accorder pour permettre de trouver une forme de « mondialisation heureuse » ? 

Je ne crois pas au retour rapide d’une « mondialisation heureuse ». Celle-ci s’est mise en place lorsque l’allocation des ressources s’est faite de façon efficace. Le manufacturier pour les émergents (en Asie notamment) et les services dans les pays développés. La mondialisation était heureuse car tout le monde était gagnant. Les émergents qui ont vu leur niveau de vie s’élever rapidement. Les pays développés qui se sont spécialisés dans les services etont i bénéficié de prix très bas dans le secteur manufacturier.

Cet état de grâce est terminé. Les pays développés regrettent d’avoir laissé filer leur industrie car c’était une source forte de création de valeur et de dynamisme. Les services sont désormais concurrencés par les pays émergents. Et surtout l’avantage technologique des pays développés durant cette période de mondialisation heureuse n’est plus aussi marqué.

Le bras de fer entre la Chine et les USA est essentiellement lié à la détermination de qui prendre le leadership sur la technologie. Les chinois ont rattrapé rapidement l’écart qu’ils avaient avec les pays développés et sont désormais en avance sur les USA sur certains secteurs comme la 5G et l’intelligence artificielle. Tant qu’un leader n’aura pas émergé des tensions continueront d’exister à l’échelle globale.

Pour revenir à la question initiale, l’Europe et plutôt absente de cette guerre technologique et c’est aussi pour cela que l’on s’interroge sur son avenir. Elle est devenue dépendante du reste du monde tant sur sa conjoncture (forte dépendance vis-à-vis des exportations) que dans sa croissance puisque les innovations technologiques lui échappent.  C’est cette situation qui pose problème.

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