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Pourquoi "Luke Sky Macron" est aussi impopulaire que "Dark Vador Hollande"

Par Sylvain Courage Publié le 01 septembre 2018 à 07h57

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Vouloir tuer son père et réaliser qu'on lui ressemble. C'est le destin des fils. Emmanuel Macron, cet Œdipe en marche, en fait, ces temps-ci l'amer apprentissage. Après 15 mois au gouvernement, le voilà presque aussi impopulaire que François Hollande, son prédécesseur à l'Elysée et son géniteur en politique : 34% d'opinion favorable selon l'institut BVA contre 32% de soutien à François Hollande au même stade du quinquennat. 

Ce cruel parallèle ne peut que faire cauchemarder l'actuel président. N'a-t-il pas d'abord conçu sa vocation élyséenne pour corriger les faiblesses et les erreurs de son mentor ? Macron l'anti-Hollande a coupé le cordon ombilical qui aurait pu le relier au Parti Socialiste de papa pour mieux s'affirmer "et de droite, et de gauche". Première transgression. Macron a osé se montrer ouvertement libéral pour dissiper les ambiguïtés du "transcourant" Hollande. Deuxième transgression. Macron s'est drapé dans l'autorité du monarque républicain pour faire oublier le "président normal" dont la vie sentimentale s'étalait dans les tabloïds... "Lui, c'est lui. Moi, c'est moi", nous disait-il en substance.

Tout pour se couper de "pépère"

Le jeune conquérant avait pris toutes les précautions pour se couper de "pépère". Il adorait qu'on le surnomme Jupiter, le chef des dieux qui n'a pas de père. Tel le fils prodigue, il ne conviait pas François, ne lui parlait pas au téléphone, ni ne lui envoyait de SMS. Et surtout ne ratait jamais une occasion de rabaisser son bilan ou de le rendre responsable de tous les mots. Dans quel état ne lui avait-il pas laissé la France ? Tout à refaire, ou presque.  

Pendant un an, la comparaison a largement tourné à l'avantage de junior. Macron a été le président de la croissance, de la baisse du chômage et des réformes qui passaient comme un projet de loi gouvernemental sous la porte de Richard Ferrand. Les protestations de l'ancien président du Conseil général de la Corrèze qui s'attribuait les mérites de l'embellie demeuraient inaudibles.

Hélas pour notre homme du "nouveau monde", le refoulé est remonté à la surface. Sans crier gare. il y eut, au printemps, ce livre en forme de plaidoyer : les "Leçons du pouvoir" de François Hollande se sont écoulées à 85.000 exemplaires et le retraité farceur a posé pour des innombrables selfies aux côtés de ses fans retrouvés. La nostalgie ? pas seulement. Car l'ex-president socialiste a profité de l'occasion pour cogner sur le "président des super-riches" qu'était devenu, selon lui, son ancien protégé. Au même moment, l'électorat de gauche se détournait du fils que François Hollande n'hésitait pas à qualifier de "traître".

L'usure du pouvoir a fait le reste : en juillet, Emmanuel Macron a dû remiser son projet de réforme constitutionnelle face à la Bell a provoqué par l'affaire Benalla. Une première qui rappelle les  nombreux renoncements de Hollande, qui lui aussi voulût, sans succès, réformer la Constitution.

Hollande en rit encore...

Plus troublant encore : Emmanuel Macron vient de subir sa première démission fracassante de ministre. Hulot s'en est allé en pointant l'impossibilité de concilier son idéal écolo et la réalité gouvernementale. Cela ne vous rappelle rien ? Batho, Duflot, Montebourg, Hamon, Taubira... La belle image du gouvernement macédonien, aux antipodes du foutoir hollandais, vient d'éclater. Hollande a dû bien rigoler.

Comme naguère la pluie, une malédiction s'abat sur l'Elysée. Décidé par François Hollande, le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu fait craindre le pire à Macron. Comment les contribuables français préoccupés par leur pouvoir d'achat vont-ils réagir à la réduction nominale de leur salaire au bas de leur fiche de paie ? On sent le président Macron prêt à reporter encore la "simplification" qui pourrait’aggraver son impopularité. Le chef de l'Etat pourrait incriminer, une nouvelle fois, la légèreté de François Hollande.

Mais horreur ! Le paternel  contre-attaque. A Cherbourg, hier, lors d’une causerie assassine, il a estimé que la réforme était prête et qu’il suffirait d’avoir le courage politique de sauter le pas... Terrible ironie ! Sans jamais nommer le narcisse de l’Elysée, il lui a. Même infligé une leçon de morale : " Il faut avoir des idées, des convictions pour mener la direction du pays, on ne peut pas être simplement dans la gestion et dans l'accumulation de réformes soi-disant indispensables". 

Tel fils, tel père. En se regardant dans le miroir du "salon doré", Emmanuel Macron, peut voir apparaître les traits de son prédécesseur sous les siens ! Le prélèvement à la source est même l'occasion d'une première cacophonie à la hollandaise. Gérald Darmanin, ministre du Budget, répète que son administration est prête... Tandis que l'Elysée se ménage une porte de sortie. On se croirait revenu en 2013. Misère ! 

On ne tue jamais son père, pas plus qu'on ne le combat. " I'm your father ", semble signifier François Hollande à Emmanuel Macron. Et comme Luke Skywalker confronté à Dark Vador dans "l'Empire contre-attaque", le chevalier jedi à l'épée laser s'écrit : " Non ! c'est impossible! ".

Pourtant c'est bien vrai. Condamné à son tour à une croissance molle, piégé par la contrainte budgétaire et isolé lui-aussi sur l'échiquier européen, Emmanuel Macron ne peut guère se vanter, pour l'heure, d'avoir fait bouger les lignes qui enserraient son modèle paternel. Hollande, Macron même combat ?

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