L’administration Trump annonce un gel temporaire des aides fédérales, provoquant panique et stupéfaction
Un tribunal fédéral a suspendu, mardi, cette décision qui affecte déjà l’assistance aux victimes de catastrophes naturelles, mais aussi des programmes de couverture médicale et de soutien aux plus démunis.
Par Piotr Smolar (Washington, correspondant)

Le président américain, Donald Trump, et la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, le 27 janvier 2025. MARK SCHIEFELBEIN / AP
Il a fallu attendre huit jours pour que l’administration Trump 2 se prenne les pieds dans sa propre révolution. Un vent de panique et de stupéfaction s’est déclaré à Washington, mardi 28 janvier, après l’annonce d’un gel complet des fonds fédéraux d’assistance et de soutien. Cette décision, formalisée la veille dans un mémorandum imprécis du Bureau du management et du budget (OMB) à la Maison Blanche, a pour but de vérifier si tous les programmes concernés sont en conformité avec « les politiques et les demandes du président ». Il s’inscrit dans la même logique que la suppression de tous les programmes DEI (diversité, équité, inclusion) dans l’appareil fédéral.
Le texte estimait le montant de ces aides – sans détailler – à 3 000 milliards de dollars (2 877 milliards d’euros). « L’utilisation de ressources fédérales pour promouvoir l’équité marxiste, le transgenrisme et les politiques de transformation sociales du Green New Deal est du gaspillage de l’argent du contribuable qui n’améliore pas au jour le jour la vie de ceux que nous servons », écrit Matthew Vaeth, directeur par intérim du OMB. Toutes les agences et administrations concernées sont invitées à passer en revue leurs activités d’ici au 10 février. Contretemps attendu : un juge fédéral a bloqué l’application de ce gel, peu avant son entrée en vigueur à 17 heures.
Le document de la Maison Blanche a été étudié jusqu’aux virgules et aux notes de bas de page par les élus locaux et les associations. Il a suscité des craintes majeures sur la continuité de l’aide aux victimes de catastrophes naturelles, des programmes de couverture médicale et de soutien aux plus démunis.
« Ordre illégal, destructeur et cruel »
« Les téléphones des sénateurs sonnent sans interruption avec des appels d’hôpitaux, de services de police, de pompiers volontaires, de banques alimentaires, de centres de traitement antidrogue, etc., a écrit sur le réseau X Chuck Schumer, chef de file des démocrates au Sénat. Les Américains sont en mode panique, essayant de comprendre comment l’ordre illégal, destructeur et cruel de Trump de geler potentiellement toute aide fédérale les atteint. » De nombreux élus républicains ont aussi exprimé leurs réserves voire leurs critiques au sujet de cette décision.
Dans une nouvelle note publiée à la hâte mardi, l’OMB a précisé que cette « pause temporaire » ne s’appliquait nullement à la couverture médicale. Pourtant, de nombreux élus rapportaient dans la journée que le système de transfert de l’argent fédéral vers les sites de Medicaid – couverture santé pour les plus démunis – dans chaque Etat était bloqué. Les programmes Head Start d’éducation et de nutrition pour les jeunes enfants étaient aussi paralysés.
Lors de son premier point presse à la Maison Blanche, la porte-parole Karoline Leavitt a pourtant assuré que les Américains bénéficiant d’aides individuelles ne seraient pas concernés par ce gel, qu’elle a qualifié de « mesure très responsable », après les années Biden pendant lesquelles les démocrates auraient dépensé « comme des marins ivres ».
Une telle mesure idéologique démontre une nouvelle fois la volonté de Donald Trump de s’octroyer une liberté d’action sans précédent, au mépris des conventions, voire de la loi, selon les démocrates, qui rappellent que le financement de l’Etat fédéral relève des prérogatives parlementaires. En 1974, par le Impoundment Control Act, le Congrès avait renforcé ces prérogatives, interdisant au président de retenir des fonds votés.
Purge idéologique
La Maison Blanche assure que le gel temporaire des aides ne relève pas d’une remise en cause de cette loi. Quoi qu’il en soit, comme ils le font en attaquant le droit du sol en matière migratoire, Donald Trump et ses conseillers entrent dans une bataille judiciaire appelée à finir devant la Cour suprême. Ils veulent soumettre la Constitution et l’équilibre des pouvoirs à l’épreuve de leur aspiration : celle d’un pouvoir exécutif libéré, agressif, décisif, sans contraintes.
Interrogé mardi sur CNN, Stephen Miller, le chef adjoint de l’administration, a placé le gel des fonds d’aide dans le contexte d’un affrontement entre Donald Trump, fort de sa légitimité électorale, et la « bureaucratie », qui chercherait à garder la main sur le pouvoir. Ce gel s’ajoute à celui imposé sur les embauches fédérales ainsi qu’à celui, d’une durée de quatre-vingt-dix jours, sur l’aide à destination d’Etats ou d’organisations étrangères.
Le Project 2025, œuvre collective dessinant une feuille de route pour une nouvelle administration républicaine, proposait exactement cela : une reconfiguration de l’Etat fédéral, comme on reformate un ordinateur. L’un des auteurs majeurs de Project 2025, Russ Vought, est sur le point d’être confirmé comme nouveau directeur de l’OMB. Il a présenté ce bureau comme « le système de contrôle du trafic aérien », aux mains du président.
Il s’agit donc d’une forme de purge idéologique des programmes non conformes à la nouvelle ligne de la Maison Blanche, sous le couvert de traque des dépenses superflues et du gaspillage. La brutalité de cette entreprise est, en elle-même, un message politique. Elle dit la volonté de rupture et de politisation de l’ensemble de l’appareil fédéral : du personnel, comme des programmes financés.
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