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Source: l'OBS Pascal Riché

Les gilets jaunes toujours pas satisfaits du moratoire sur la taxe carburants

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Les commentateurs xanthophobes (ayant la phobie du jaune) n'ont pas manqué de relever les contradictions des manifestants qui bousculent la France. Ceux-ci réclament à la fois moins d'impôts et davantage de services publics ? Ils expriment le "ras-le-bol fiscal" du pays, et la première chose qu'ils font, c'est d'exiger le rétablissement de l'ISF ? N'est-ce pas la preuve de leur incohérence ? De leur irrationalité ? De leur folie ?

Pour peu qu'on prête l'oreille à ces Français en colère, pourtant, leurs propos n'ont rien d'absurde. Il leur est demandé des efforts fiscaux, mais pour financer quoi, les concernant ? Certainement pas de nouveaux services publics, alors que maternités, lignes ferroviaires et maternelles ferment inexorablement. Au passage, du fait de ces reculs, la voiture sert (et coûte) de plus en plus, pour aller, toujours plus loin, consulter un médecin ou retirer une carte d'identité. Et comment peuvent-ils comprendre les efforts qui leur sont demandés quand tant d'entreprises et de familles riches voient leur contribution s'alléger (CICE, ISF, "flat tax"…) ?

Pouvoir d'achat : qui sont les gagnants et les perdants des mesures Macron ?

UNE INJUSTICE FLAGRANTE

Les "gilets jaunes" soulèvent en réalité une question capitale, une de celles qui ne devraient jamais quitter la tête des gouvernants : le consentement à l'impôt. Une forte pression fiscale n'a rien de grave, en soi, à condition d'être collectivement comprise et acceptée. Prenez le Danemark, pays du bonheur et cochampion, avec la France, au palmarès européen des prélèvements obligatoires (47% du PIB). Les deux tiers des Danois se disent satisfaits du système fiscal de leur pays, selon les sondages. Celui-ci est plus simple que le nôtre (pas de quotient familial, très peu de "niches"…), plus transparent (il est aisé de joindre les agents du fisc), et la redistribution des recettes est lisible. L'impôt sur les revenus est payé par presque tous, avec une tranche supérieure à 60% (contre 45% en France). Prélevé à la source, c'est l'impôt-roi : 24% du PIB contre moins de 3,5% en France (7% avec la CSG), où c'est la TVA qui domine. Enfin, l'éducation à l'impôt commence dès l'école.

"L'impôt est perçu comme un symbole d'injustices par les contribuables"

Quand il a augmenté la CSG des retraités, les taxes sur le tabac ou sur les carburants, avant de désindexer les retraites, le gouvernement français ne s'est pas posé cette question du "consentement". Il ne s'est pas interrogé sur l'impact de ces mesures pour un budget modeste, encore aggravé par une série de hausses de tarifs – contrôle technique, carte grise, péages, timbres, gaz, électricité, mutuelles, PV de stationnement… Mises bout à bout, euro après euro, elles sont insupportables aux nombreux foyers qui, après avoir réglé les dépenses contraintes de logement et de voiture, n'ont que quelques centaines d'euros disponibles. Surtout, le gouvernement a assumé une injustice flagrante : faire porter aux plus modestes la charge de la transition écologique.

Pouvoir d'achat, carburants : comment Macron a été pris de court

Pour sortir de cette crise, il faut remettre à plat l'ensemble de notre fiscalité. Emmanuel Macron semble avoir trouvé le point de départ de ce chemin, en déclarant un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants. Reste à organiser un vrai débat national associant Parlement, syndicats et ONG (pourquoi diable Edouard Philippe a-t-il rejeté d'un revers de la main l'offre de services de Laurent Berger, le leader de la CFDT ? cela reste un mystère…). Et à engager un virage vers une politique mariant "en même temps" fiscalité écologique et justice sociale. Car l'une n'ira jamais sans l'autre.

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