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"Ici, je suis prêt" : on a rencontré Yves Cochet, l'ex-ministre de l'Environnement qui se prépare au "jour où tout s'écroulera"

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L'ancien élu écologiste, qui a passé plus de vingt ans aux affaires, vit aujourd'hui retranché dans sa Bretagne natale. Pour survivre à la fin du monde, il s'est entouré de champs, de bois et d'eau. Reportage.

 

"Faites bien attention où vous marchez, il y a du crottin partout dans ce pré." Chemise en jean sur le dos et baskets blanches aux pieds, Yves Cochet fait "mumuse" avec Viking, ce mercredi 31 juillet. Une caresse sur l'encolure, une autre sur la crinière et une petite dernière sur le toupet. "C'est toi l'avenir, tu le sais ça hein ?, murmure-t-il au cheval, davantage intéressé par l'herbe à brouter. Parce que dans vingt ans maximum, terminés les voitures et les avions, on recommencera à se déplacer avec des tractions animales !" Soyez rassurés : l'ancien ministre de l'Environnement de 73 ans va très bien, merci pour lui. Il s'est simplement retranché dans la campagne au nord de Rennes (Ille-et-Vilaine) pour se préparer à l'effondrement du monde qui "nous arrive en pleine tronche." 

Quand je me suis installé ici avec ma fille en 2006, j'avais des critères de recherches très précis : je voulais de l'eau, des arbres et des champs pour survivre le jour venu. Ici, je suis prêt.Yves Cochetà franceinfo

Selon ses calculs, "ça va arriver entre 2020 et 2040", "le temps d'épuiser les dernières réserves pétrolières." Donc mieux vaut s'organiser. Deux calèches dégotées quelque part en Pologne sont rangées au fond d'un hangar. Sous un abri en tôle, il y a du stock de bois pour au moins trois ans. Côté nourriture, Yves Cochet et sa fille peuvent compter sur le potager et les conserves. Niveau eau, ça ne devrait pas manquer non plus : de gros réservoirs ont été installés pour récupérer la pluie qui tombe du ciel. "Bien remplis, ça doit faire 3 000 litres, explique le propriétaire. Et au pire, s'il en manque, il y aura toujours l'eau de la mare et celle du puits. Pour la boire, il faudra simplement la faire bouillir et hop !"

Vu le scénario catastrophe qu'Yves Cochet a en tête, il faudra au moins tout ça pour s'en sortir. "Ce qui nous attend, prédit-il, est aussi important que le passage du paléolithique au néolithique. Il n'y aura plus un Etat dans le monde capable de lever les impôts, de contrôler les armes et de faire respecter la loi. L'Union européenne n'existera plus, la France non plus, il n'y aura plus d'énergie, plus d'internet, plus de télécoms..."

Le temps de saccager tous les Franprix et tous les Carrefour Market, vous ne pourrez plus vivre à Paris au bout de trois jours.Yves Cochetà franceinfo

Vous en voulez encore ? "Ce ne sera pas une catastrophe comme Katrina ou Fukushima. Non, non, là c'est le monde entier qui s'effondrera et les gens vont mourir par milliards", répète-t-il dans un grand éclat de rire qui fait sursauter Brad, le chien de la ferme qui commençait tout juste à s'endormir. Alors, il faut bien penser à ceux qui survivront : "Je fais ça aussi pour ma fille et mes petits-enfants. A leur place, entre faire Sciences-Po et de la permaculture, je choisirais la permaculture..." 

A vrai dire, l'écologiste, qui a le cheveu un peu moins brun mais toujours aussi frisé que lorsqu'il était aux responsabilités, se prépare depuis plus de vingt ans à "ce jour noir pour l'espèce humaine". Dès 2005, il signait un livre au titre annonciateur : Pétrole apocalypse. Rebelote trois ans plus tard dans cette vidéo déterrée sur YouTube où on l'entend expliquer, devant une assemblée qu'"il va arriver un accident comme jamais il est arrivé dans l'histoire de l'humanité depuis l'Homo sapiens il y a 50 000 ans".

Pour faire passer ses idées, il écrit toujours des livres (le prochain sortira en septembre). Il donne aussi des conférences avec l'institut Momentum, un think tank spécialisé dans la prospective, dont il est le président. Il n'oublie pas de rappeler qu'il n'est pas monté dans le moindre avion depuis le sommet de Copenhague sur le climat en 2009, qu'il ne mange jamais de viande rouge et qu'il a dû avaler "l'équivalent de deux poulets depuis le début de l'année".

J'ai encore une voiture mais je ne la prends quasiment plus.Yves Cochet à franceinfo

Lui ne prône pas l'écologie avec "un Winchester". Tout l'inverse : "Je sympathise avec mes voisins car, le jour venu, il n'y aura pas de gens de gauche, de droite, des petits, des grands." Il donne un exemple : "Un des gars est président de l’association des chasseurs de la commune, dit-il. Il est très, très à droite. Et alors ? C'est sur lui qu'il faudra aussi compter quand ça arrivera. Les groupes Facebook, tout ça, ce sera fini !"

Dans la commune de 1 500 habitants, tout le monde connaît "cet écolo original qui va un peu loin". Il préfère toujours ça aux menaces de mort qu'il reçoit "de la part de gens d'extrême droite" qui n'ont pas apprécié la fois où il a expliqué qu'il fallait faire moins d'enfants pour sauver la planète. Sans aller jusqu'au courrier anonyme, certains lui reprochent de faire des prédictions "au doigt mouillé". Yes Cochet dit, lui, se fier à des documents scientifiques, ceux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) ou ceux du Muséum national d'histoire naturelle. "Des trucs ultra-chiants que personne ne lit, résume-t-il. Après, OK, je ne suis pas Nostradamus"

Entre deux gorgées d'eau – du robinet, pas de la mare –, on se permet de lui rappeler le jour où il avait prédit que les Jeux olympiques de Londres, en 2012, n'auraient pas lieu à cause du pétrole. Il assume : "Je me suis trompé. Ca m'a d'ailleurs coûté quatre bouteilles de champagne. Mais encore une fois, on n'est pas à cinq ans près !"

Il y en a qui disent que j'agite le chiffon rouge pour faire peur. M'enfin ! Ce sont eux les irresponsables. Croire qu'on va régler les problèmes avec la croissance et la libre-entreprise relève de la psychopathologie.Yves Cochetà franceinfo

Son discours et son attitude font aussi grincer quelques dents chez Europe Ecologie-Les Verts, où il a toujours sa carte de militant. "Trop facile de dire tout ça quand on a été ministre de l'Environnement pendant près d'un an sous Lionel Jospin !", persifle un responsable. Yves Cochet promet d'avoir essayé de sensibiliser sur ces questions à l'époque, entre juillet 2001 et mai 2002, mais "c'était inaudible !" "Quand je l'ouvrais, c'était du genre : 'Allez jouer au bac à sable, ce ne sont pas des choses sérieuses !'", glisse-t-il, presque découragé. Preuve du peu de considération que suscitaient ses idées à l'époque, c'est lui qui aurait appris le mot "décroissance" à Christine Lagarde lorsqu'elle était ministre de l'Economie : "Si vous aviez vu ses yeux..."

Yves Cochet, alors ministre de l\'Environnement, quitte l\'Elysée le 23 août 2001, entouré du Premier ministre de l\'époque Lionel Jospin.

 

Yves Cochet, alors ministre de l'Environnement, quitte l'Elysée le 23 août 2001, entouré du Premier ministre de l'époque Lionel Jospin. (DANIEL JANIN / AFP)

 

En interne, tout le monde "a de la sympathie pour le bonhomme". En revanche, son côté "vieux professeur" dérange. "Il y a un truc morbide dans sa vision des choses, c'est dommage", regrette auprès de franceinfo l'actuel patron des écologistes, David Cormand. 

Plus grinçante, une ancienne élue écolo trouve "assez romanesque" de se préparer à l'effondrement du monde "en s'achetant une propriété de sept hectares, notamment grâce à l'argent récolté durant les différents mandats politiques". On a fait part de cette remarque à l'intéressé : "C'est vrai, je le fais parce que j'ai la possibilité de le faire." En quittant l'enclos des chevaux, Yves Cochet vérifie une dernière fois le niveau d'eau dans l'abreuvoir. "C'est bon", la fin du monde peut arriver.

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