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Source Les Echos  Cecile CORNUDET 05/05

Macron ou l'art de concerter sans se Hollandiser

Les partenaires sociaux sont invités à Matignon, mais avec d'autres. Ils pourront parler, mais de sujets concrets. Peut-on les remettre dans le jeu sans peser sur le rythme des réformes ? C'est l'enjeu.

 

Quand un dialogue est aussi vieux qu'une République, peut-on le réinventer ? Oui avait répondu Emmanuel Macron il y a deux ans en décidant purement et simplement de s'en passer. Oui, réessaie-t-il deux ans plus tard après l'échec de la première tentative. Associer les partenaires sociaux comme le faisait François Hollande est gage d'immobilisme, continue-t-il de théoriser. S'il a désormais besoin d'eux, ce sera donc différemment.

Il n'y a plus de tête à tête. La grand-messe de ce lundi à Matignon porte son nom comme jamais. Les traditionnelles organisations patronales et syndicales sont invitées, mais diluées, ou du moins plus seules. Les élus des collectivités locales sont de la partie, et ouvrent même le bal le matin. Des associations sont conviées. Le terme « partenaires sociaux » change de définition.

De sujet d'étude aussi. Les organisations ne sont pas là pour définir les grandes orientations, mais pour voir concrètement comment on les applique. Aider les apprentis à trouver une entreprise, mettre des formations en face de chaque emploi non pourvu… De l' « opérationnel », du « concret », sont les mots de Matignon.

La CFDT se réinvente

 

Emmanuel Macron a toujours reproché aux syndicats de s'octroyer un rôle politique qui n'avait pas lieu d'être. « Ils devraient passer moins de temps à interpeller l'Etat et plus à changer la société », analyse son ancien conseiller Ismael Emelien dans son livre sur le progressisme : « nous voulons transformer les corps intermédiaires en associations intermédiaires ».

Pour éviter que concertation ne rime avec décélération des réformes, Emmanuel Macron tente de leur donner un nouveau rôle. Finie l'idée d'un « contre-pouvoir » qui engage un rapport de force pour obtenir des « avancées ». Les partenaires sociaux sont des représentants de citoyens, dans l'entreprise notamment, qui doivent « embarquer toute la société pour la transformer ».

Si l'on voit bien l'intérêt du président dans cette approche, celui de ses « partenaires » est moins évident, surtout dans le moment de défiance qu'ils traversent et après deux ans de rejet présidentiel. C'est vrai pour la CGT qui dit son scepticisme et se raccroche aux gilets jaunes dans la rue. 

Beaucoup moins pour la CFDT qui tente justement de se réinventer en s'ouvrant à des associations (et à Nicolas Hulot) et en faisant 66 propositions concrètes pour concilier écologie et justice sociale. « Elle me prend au mot », pourrait se réjouir Emmanuel Macron, si un partenariat privilégié avec la CFDT, même élargie, ne ressemblait furieusement à ce qu'avait tenté… François Hollande.

 



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