Montauroux; Ferme des Vosgiens: A propos de l'aven de la Matade

mise à jour 10/12/2019 18.45h

 

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Les articles de Var Matin du 6 et du 7 décembre sur l'inondation  de la ferme de Mr et Mme Keinermann, ci après désignés "le Vosgien" ont suscité mon intérêt pour des raisons géologiques.

  1. Article du 6 décembre: le point de vue du propriétaire du fonds "ferme du Vosgien"
  2. Article du 7 décembre: le point de vue du maire de Montauroux Jean-Yves Huet

La mise en cause de l'urbanisation intense de Montauroux depuis les années 1990 est évoquée dans l'article du 6 décembre ainsi que dans un des commentaires du billet publié sur le blog. Il y a plus que cela pour comprendre.

 

Il y a d'abord un phénomène naturel: l'existence d'une cuvette - polje -  où les eaux de pluie d'un bassin versant s'accumulent; et d'un aven ou embut   ou  ponor qui évacue ces eaux vers le réseau de karsts sous-jacents. On a cela en plus grand au poljé de Caille;  et en plus grand encore mais en zone non bâtie à l'embut (aven) de la Pinée à Caussols (voir cet article de Nice Matin).Exemple d'un réseau karstique. On voit la même chose au dessus de Mons en montant vers la route Natoleon.

La ferme le Vosgien au quartier de la Matade à Montauroux est donc située sur une cuvette avec un lac karstique de petite taille et un aven ou embut dont la profondeur est de 13m (voir coupe plus loin). La route est aussi partie de la cuvette, c'est même le point le plus bas. Le Vosgien et la commune partagent donc le problème.  Le propriétaire n'a aucun intérêt à boucher cet aven qui constitue l'exutoire des eaux qui s'accumulent naturellement sur son terrain, provenant des terrains au dessus. Mais en cas de pluies très intenses, ce qui arrive parfois, vu la superficie du bassin versant au dessus qui est de 38ha,  et la quantité d'eaux naturelles qui s'accumulent  dans la cuvette, les eaux mettent du temps à descendre dans le réseau karstique via l'aven - il a  treize mètres de profondeur comme le montre cette coupe établie par des spéléologues qui y étaient descendus en 1996. Il n'est pas bouché, les eaux s'évacuent; ce que montre le niveau de l'eau mesuré en un point de repère: il  baisse de 5-6cm par jour. En ce point de repère le niveau  était monté de 70cm. Dans cette inondation, le Vosgien a perdu tous ses outils de travail, bâtiments agricoles et leur contenu, et des logements de location saisonnière. Voici la vue du lac ce 9/12/2019.

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L'état de catastrophe naturelle a été prononcé par la préfecture. Voir document de la préfecture du Var - mis à jour 2018 - sur les risques majeurs dans le Var ; pour ce qui concerne ce dossier, c'est le chapitre risques inondations et épisodes méditerranéens.

En 1996, une inondation de même nature mais moins intense avait eu lieu cad. sans dégâts importants pour le Vosgien; mais un voisin immédiat avait été inondé et son propriétaire avait demandé l'assistance de la mairie pour attaquer le Vosgien en justice. Le Vosgien avait demandé l'assistance juridique de son assurance pour se défendre. Celle-ci avait alors missionné un expert comme cela se fait toujours: un cabinet d'expertises de Saint-Raphaël  la société SARETEC, laquelle avait missionné un hydrogéologue. Le bouchage de l'aven était invoqué par la mairie comme cause de l'inondation. L'hydrogéologue et des spéléologues qui étaient intervenus avaient caractérisé l'aven et son fonctionnement et l'hypothèse du bouchage fut écartée. Le Vosgien ne fut donc pas jugé responsable.

Voici la coupe de l'aven établie par les spéléologues en 1996. Le Vosgien a couvert l'ouverture d'un grillage pour empêcher les intrusions de déchets végétaux et branchages, comme ici sur un ponor en Slovénie.

 

Dans la situation d'aujourd'hui, les choses sont beaucoup plus graves car le Vosgien est sévèrement inondé cette fois; la zone a été classée en catastrophe naturelle et une déclaration à l'assurance a été faite.  Le Vosgien met en cause l'urbanisation intense autour de la cuvette et invoque une présomption de responsabilité de la mairie pour la collecte et le traitement des eaux pluviales. Toutes les propriétés voisines canalisent et déversent leurs eaux pluviales vers la cuvette. Comme ici.

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Voici les extraits significatifs des deux articles de Var Matin; tout est en relation avec le poljé et l'aven, ainsi qu'avec la collecte et l'évacuation des eaux pluviales par la collectivité, dans le cadre de l'urbanisation.

Point de vue du Vosgien (les italiques sont de moi)

  • Je me suis installé en 1984 comme maraîcher, aidé par la Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural (SAFER), en prenant en compte à l'époque la situation du terrain. Rien ne m'a été signalé à l'époque sur le caractère inondable. Le classement de zone en Nr est intervenu plus tard avec la révison du POS de Montauroux en 1991.
  • On recevait déjà des eaux pluviales, mais pas comme aujourd'hui. Et je pense que cela provient de l'urbanisation intensive du quartier et de la négligence de la municipalité comme de certains riverains. Qui se servent de la cuvette pour y déverser artificiellement leurs eaux par des conduites et canalisations  construites pour cela.
  • Toutes ces eaux sont canalisées sans aucun dispositif pluvial vers ma propriété et les solutions passent par la vérification de savoir comment elles le sont chez certains riverains dont les installations ne sont ni aux normes, ni conformes et cela réduira déjà les problèmes. Pas de collecte par un réseau communal des eaux pluviales déversées hors des propriétés sur les voies publiques, boulevard du Belevédère et voies perpendiculaires.
  • Les eaux pluviales de plus de 38 ha, selon l'expertise du cabinet Saretec de Saint-Raphaël (effectué en 1996 lors d'inondation analogue précitées ), se déversent sur mon domaine, sans inquiéter outre mesure les autorités compétentes. Cela représente 10000m3 d'eau à l'heure lors de fortes pluies.
  • L'aven qui se trouve sur mes terres ne peut absorber qu'environ 2000m3 en 24h, or il en reçoit plus de 10000m3. (Source étude hydrogéologique en 1996 dans le cadre l'assistance juridique lors de l'inondation 1996). Voir cette image saisissante de l'aven de Caussols qui montre que la cuvette se vide comme une baignoire.

Point du vue du maire Jean-Yves Huet

  • Selon mes informations, ces personnes se sont installées comme maraîchers il y a près de 40 ans sur une parcelle de terrain dénommée "Lac de Bellon", un endroit où les anciens ont le souvenir de leur avoir conseillé de ne pas le faire. Sur cette parcelle est apparu il y a quelques années, un lac permanent et sachant qu'un aven permettait l'écoulement des eaux pluviales, la rumeur publique (*) en a conclu que ce dernier avait été bouché pour y installer ce lac qui a été empoissonné et où les enfants pouvaient venir pécher à la ligne.
    (*) rumeurs donc que JYH reprend à son compte:
    - le propriétaire que j'ai interrogé dit qu'en effet il y avait un plan d'eau en cas de pluies intenses... d'où le dit lac de Bellon (le propriétaire d'avant lui, donc il y a plus de 40 ans); mais il s'agit sans doute du fonctionnement naturel de la cuvette et de l'aven comme expliqué plus haut.
    - quant à l'empoissonnement et la pêche, il dit qu'en effet il avait aménagé des bassins de rétention (3)  pour arroser ses légumes mais qu'ils n'interféraient pas avec le fonctionnement de l'aven. Il avait mis des poissons comme prédateurs des moustiques. Et ce sont ses petits enfants qui péchaient dans ces bassins de retenue.
  • La mairie a missionné, en urgence, il y a 48 heures, un hydrogéologue qui. à première vue (*), a confirmé cette possibilité  (bouchage de l'aven) et des études complémentaires vont être réalisées pour déterminer l'origine de la persistance de ces eaux pluviales dans le quartier.
    (*) "à première vue"???? et a confirmé!!!! ce sont les propos du maire ou ceux de Christian Godet??? en tout cas ça me paraît d'une grande légereté , vu la gravité de la situation personnelle du Vosgien. Si c'est le cas, bouchage ou saturation des conduits karstiques sous jacents est sans doute naturelle. Le temps géologique n'est pas le notre.

Les inondations sont récurrentes en bas de la cuvette quand on descend le boulevard du Belevédère en direction de Tournon. Le domaine de la Matade, un lotissement de 11 maisons  y déverse ses eaux de surface. Les dispositifs de collecte des eaux prévus par le constructeur n'ont pas été réalisés dit l'ASL de ce lotissement. Aujourd'hui l'entreprise Daniel Boccolacci  a acquis une surface résiduelle de 5500m2 pour laquelle il demande un détachement de parcelle afin d'envisager  la construction d'un nouveau lotissement. Cela s'ajoutera encore lors de futurs désordres. Que dira l'urbanisme cette fois?

La collecte et le traitement des eaux pluviales, conformément à la loi est donc impérative, ce que les habitants du quartier dont  l'ASL de la Matade, demandent depuis des années (*); la difficulté c'est que la collecte des eaux pluviales se fait sur le terrain privé du Vosgien, et qu'en cas d'épisode méditerranéen, la capacité d'évacuation de l'aven est insuffisante pour  drainer rapidement le lac formé dans la cuvette et inondant la route.  A suivre donc...
(*) notamment lors de la mise en place d'une grosse canalisation de collecte (dia 400mm)  au Chemin de la Gipière amenant les eaux sur le boulevard du Belevédère.

Plus: Régime juridique des eaux pluviales.

  1. Articles 640 et 641 du code civil
  2. Article 2224-10 du code des collectivités territoriales
  3. Gestion des eaux pluviales
  4. Règlementation de l'eau et de l'assainissement Sénat (annexes 6 et 9)