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Sébastien Lecornu douche les espoirs de la gauche sur le budget, de la taxe Zucman à l’ISF

Le premier ministre a présenté, vendredi, ses premières orientations politiques et budgétaires. Loin de tendre la main aux socialistes, il campe sur les positions du « socle commun ».

Par Nathalie Segaunes

 

Le premier ministre, Sébastien Lecornu, lors d’une visite à Mâcon, le 13 septembre 2025. 

Le premier ministre, Sébastien Lecornu, lors d’une visite à Mâcon, le 13 septembre 2025. CLAIRE JACHYMIAK/HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

 

Après dix-sept jours de pourparlers dans le huis clos de l’hôtel de Matignon, Sébastien Lecornu est sorti de son mutisme, vendredi 26 septembre. Dans un entretien au Parisien, dont la publication a été reportée d’une journée en raison d’un mouvement de grève dans la rédaction du journal, le premier ministre conforte son « socle commun », quitte à décevoir les socialistes.

Privé de majorité à l’Assemblée nationale, Sébastien Lecornu disait vouloir tendre la main aux députés socialistes pour ne pas être censuré sur le budget 2026. Il écarte pourtant, à ce stade, les principales demandes de la gauche. Ainsi exclut-il de suspendre ou d’abroger la réforme des retraites, votée en 2023. Cela « ne réglerait aucun des problèmes » que sont pour lui la situation des femmes et la pénibilité au travail. Il ajoute que « personne ne veut d’un nouveau conclave sur les retraites », qui s’est soldé par un échec.

 

L’ancien maire de Vernon (Eure) n’adhère pas davantage à la fameuse taxe Zucman, soutenue par la gauche et plébiscitée par une écrasante majorité de Français. « Faut-il encore augmenter les impôts globalement ? Je ne le veux pas », affirme le nouveau locataire de Matignon, fidèle à la doxa macroniste, même si « certains [prélèvements] augmenteront » et « d’autres diminueront » dans le prochain budget. Il balaie également le retour de l’impôt sur la fortune (ISF), supprimé en 2018, pourtant défendu par certains députés du « socle commun ». Enfin, il veut s’atteler « en priorité » à l’« abus »des ruptures conventionnelles du contrat de travail, qui permettent aux salariés démissionnaires de percevoir l’assurance-chômage.

 

Le premier ministre, qui a reçu mardi 23 septembre les auteurs d’un rapport sur l’aide médicale de l’Etat, se dit prêt, en revanche, à « examiner » les évolutions possibles de ce dispositif destiné aux étrangers en situation irrégulière, dans le collimateur de la droite et de l’extrême droite, mais défendu par la gauche.

Le « compte à rebours » est enclenché, a prévenu, vendredi, le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, rappelant que le budget 2026 doit être présenté au Parlement pour la mi-octobre. Qu’importe, l’ancien ministre des armées dit repartir « d’une feuille blanche », soucieux de se démarquer de François Bayrou. Alors que son prédécesseur alertait sur l’ampleur du déficit public et décrivait une France « au bord de la falaise », Sébastien Lecornu se veut rassurant : « Le FMI [Fonds monétaire international] n’est pas aux portes de Bercy », assure-t-il.

Le PS brandit la menace de la censure

Le premier ministre esquisse toutefois quelques pistes de baisse des dépenses publiques : une réduction de 6 milliards d’euros sur le « train de vie » de l’Etat, une « meilleure maîtrise des dépenses sociales et [de celles] des collectivités territoriales », ainsi qu’un « projet de loi ambitieux de lutte contre les fraudes sociales et fiscales » qui sera présenté au conseil des ministres en même temps que les projets de budget.

Le président du Medef, Patrick Martin, s’est réjoui de « la priorité » que semble accorder le premier ministre à la réduction des dépenses publiques. Au sein du parti Les Républicains (LR), on observe que Sébastien Lecornu a « cherché à en dire le moins possible », et on juge comme le « minimum syndical » de fermer la porte à la taxe Zucman et au retour de l’ISF.

 

Le Parti socialiste (PS) a, en revanche, brandi la menace de la censure dès vendredi soir. « Aucun effort n’a été réalisé », a dénoncé sur TF1 son premier secrétaire, Olivier Faure. Sébastien Lecornu « ferme les portes en faisant semblant de les ouvrir », résumait à chaud un autre responsable du parti à la rose.

« Il ne ferme pas de portes, il ouvre les débats », réplique l’entourage du premier ministre. Qui invite à lire l’entretien au Parisien comme une « première synthèse des positions du “socle commun” », qui devra servir de « base de négociation pour la discussion avec les oppositions ». Assuré de ne pas être renversé d’emblée, dans la mesure où le Rassemblement national a annoncé qu’il ne voterait pas la motion de censure qui sera déposée par La France insoumise dès l’ouverture, mercredi 1er octobre, de la session parlementaire, Sébastien Lecornu mise sur la discussion budgétaire pour tenter de dégager des compromis.

Un gouvernement « avant le début des travaux parlementaires »

Encore lui faudra-t-il un gouvernement. Le locataire de Matignon promet une équipe en ordre de marche « avant le début des travaux parlementaires ». « Nous y travaillons avec le président de la République », ajoute-t-il. Le Normand exclut le « débauchage de personnalités issues d’une formation politique qui ne soutiendrait pas le gouvernement ». Ceux qui accepteront d’y entrer « doivent partager les grandes orientations du “socle commun” », insiste-t-il.

Le premier ministre présentera un budget qui « tiendra compte des premières consultations » qui ont eu lieu ces derniers jours avec l’ensemble des organisations syndicales et patronales, et des formations politiques, et qui « sera ensuite débattu et amendé par le Parlement ». « Les ministres devront savoir négocier et revenir au travail parlementaire d’autrefois », prévient Sébastien Lecornu, qui ne veut pas avoir recours à l’article 49.3 de la Constitution. « Des compromis seront à trouver dans l’Hémicycle, signifie-t-il. Il faudra passer de la liasse de tweets à la liasse d’amendements. »

Sébastien Lecornu, qui a rendu visite à Nicolas Sarkozy le 11 septembre, deux jours après sa nomination à Matignon, a enfin exprimé son « amitié pour l’homme et sa famille », après la condamnation de l’ancien président de la République (2007-2012) à cinq ans de prison avec effet immédiat pour association de malfaiteurs. « Je n’oublie pas ce qu’il a fait et donné pour notre pays », précise l’ancien élu Union pour un mouvement populaire puis LR, qui a rejoint Emmanuel Macron en 2017.

Premier à réagir, au sommet de l’Etat, à cette condamnation, le locataire de Matignon s’est refusé à tout commentaire sur la décision des juges d’appliquer cette peine avec exécution provisoire. « Je ne remettrai jamais en cause l’autorité judiciaire. C’est l’un des fondements de l’Etat de droit, dit-il. Mais si une loi pose débat, il appartient au Parlement de s’en saisir. » Une façon de rappeler que ce sont les parlementaires qui ont permis aux juges d’appliquer une peine sans attendre un procès en appel.