Effondrement du pont Morandi à Gènes: pognon dingue ou capitalisme non régulé; et rapport avec la privatisation des barrages en France

 

 

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Tous les disparus sont retrouvés; 43 morts; près de 600 habitants sous le pont ayant tout perdu... On parle maintenant de trouver les coupables, les responsables. et les coupables mais non responsables.

Ce qui me choque c'est que le concessionnaire de l'autoroute annonce débloquer 500M€ pour indemniser les victimes et pouvoir reconstruire le pont en 8 mois.

Cette société est très riche, très très riche, comme nous l'a montré Jacques Sapir dans  ce billet.LIEN.

Source : https://www.autostrade.it/documents/10279/4408513/Relazione_finanziaria_annual_ASPI_2017_completa.pdf et https://scenarieconomici.it/quanto-super-guadagna-autostrade-per-litalia-rispetto-alla-gestione-anas-leggete-e-divertitevi/

On constate que ce que l’on appelle l’EBIT (soit Earnings Before Interest and Taxes) ou Revenus avant le paiement des intérêts et des impôts représente, en % de recettes pour 2016 pas moins de 49,3% et pour 2017 environ 48,5%. Autrement dit, cette société dégageait une somme d’argent extrêmement importante qui, une fois les impôts et les intérêts payés, pouvait être supérieur au milliard d’euros, soit près de 25% du chiffre d’affaires d’environ 4 milliards en 2017. Autrement dit, Autostrade Per L’Italia était ce que l’on appelle vulgairement la « machine à cash » du consortium Atlantia.

Une entreprise qui fait de tels bénéfices, et qui s'en sert pour distribuer à ses actionnaires et pour étendre ses activités à l'étranger, c'est soit parce qu'elle ne paie pas assez ses facteurs de production, dont le personnel, les coûts intermédiaires,  les  coûts d'entretien et d'investissements pour maintenir l'outil de production, cad. l'infrastructure (*). Probalement pas le personnel car les salaires sont encadrés; mais plus probablement les coûts d'entretien et les investissements de maintien de l'outil de production.
(*) sans infrastructures, un pays montagneux comme l'Italie revient 70 ans en arrière.

Quant à la privatisation, c'est un concept inadapté pour des infrastructures de cette nature. Le libéralisme d'Adam Smith s'applique à des manufactures de biens ou à des socités de services; biens de consommation courante, biens de consommation durables. Leurs produits se vendent ou pas en fonction de leur utilité pour les consommateurs et leur rapport qualité prix par rapport aux autres producteurs. Ceux qui performent mal selon ces critères, doivent s'adapter ou disparaître et être remplacés par de plus performants.

Mais en ce qui concerne les grandes infrastructures c'est différent. La concurrence ne joue pas tant sur la qualité et le prix que sur le respect d'un cahier des charges imposé par la collectivité,  strictement appliqué et contrôlé. En ce sens,  la responsabilité des gouvernements italiens successifs  est aussi engagée. Voir ce communiqué de presse de Dominique Boussuge Institut des Experts Internationaux

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Cas des barrages hydrauliques en France: Dans ce cas,  les infrastructures font partie du mix de la production d'énergie  électrique au sein d'un réseau intégré national, censé distribuer l'énergie à tous les consommateurs au même prix, sachant que production = consommation à tout moment. Séparer du mix les producteurs favorisés par leur technologie, des coûts faibles et une rentabilité élevée - exemple les barrages - est un non sens économique selon moi.

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