Retraités, variable d'ajustement de la politique d'austérité et du respect des critères de Maastricht

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Au second tour de la présidentielle, 76% des plus de 65 ans avaient voté pour le candidat d'En Marche! Bien mal leur en a pris, ils servent désormais de fournisseurs officiels de liquidités au chef de l'État. Qui d'ailleurs n'en rougit pas du tout. Il assume privilégier les actifs.

La rentrée est décidément difficile pour la majorité. Un cafouillage magistral s'est opéré autour du prélèvement à la source. Depuis la Finlande, le président a émis un doute sur le lancement, en janvier prochain, de cette vaste réforme, contredisant son ministre des Comptes publics qui affirmait mercredi que la mesure serait appliquée dès janvier.

Entre Macron et les retraités, le grand divorce

 

Il y a eu l'augmentation de la CSG. Il y a désormais la sous-indexation des pensions de retraite et des allocations familiales par rapport à l'inflation. Une longue formule pour signifier que les retraités vont, une fois de plus, servir de vaches à lait à un gouvernement. Oh! Depuis le temps, ils auraient pu prendre le pli. Voilà dix ans que les politiques de tous bords - l'idée a germé sous Sarkozy - trouvent l'argent dans leurs poches. Mais arrive un moment où la dernière goutte du vase se trouve être celle de trop. Le quinquennat Macron pourrait être celui-là.

Concrètement, combien vont perdre les retraités? «Un couple où chacun a une pension de 2000 euros par mois va perdre 1 440 euros par an. Si chacun gagne 3000 euros par mois, le couple perdra 2160 euros par an», calcule Richard Chalier, directeur technique du cabinet Fidroit. Et la proposition de Richard Ferrand de faire des revalorisations différenciées pour épargner les plus modestes risque de n'être pas constitutionnelle...

Sur le papier, explique Marc Landré, la conviction de Macron que les retraités sont ceux qui peuvent payer, se vérifie. Leur niveau de vie moyen n'a cessé de s'améliorer au cours des trois dernières décennies pour être désormais supérieur, de plus de 6 %, à celui de l'ensemble des Français. Mais, prévient notre journaliste, la tendance va s'inverser dans les années à venir. En outre, le calcul politique est risqué: les retraités représentent un tiers du corps électoral, rappelle Jérôme Fourquet de l'Ifop. Ce qui n'échappe pas aux autres partis, droite et gauche confondues, qui taclent le choix de Macron. «Il y a plus d'un million de retraités pauvres en France. Combien y en aura-t-il en plus avec ces nouvelles mesures de restriction budgétaire?», se demande Ian Brossat du PCF.

L'éditorial: «Malaise»

Et à la fin, ce sont les retraités qui paient... En cherchant comment boucler son budget 2019, le gouvernement n'a pas fait preuve d'une grande originalité: il ira encore rabioter leurs poches, cette fois en désindexant leurs pensions de l'inflation. L'an dernier, il les avait gratifiés d'une hausse de la CSG. Les années précédentes, ces mêmes retraités avaient subi la suppression de la demi-part veuves et diverses joyeusetés fiscales, qui avaient déjà lourdement entamé leur pouvoir d'achat.

Dans un pays en déficit ininterrompu depuis près d'un demi-siècle, croulant sous une dette de 2200 milliards d'euros, personne ne conteste la nécessité d'une participation de tous à l'effort national. Les retraités comme l'ensemble des Français. D'où vient alors ce malaise, qui s'installe entre Emmanuel Macron et eux? D'un sentiment - pas totalement injustifié - d'acharnement, que le chef de l'Etat ne cherche d'ailleurs pas à dissiper, assumant son choix de privilégier les actifs à leur détriment, au nom de la solidarité entre générations.

Si la relance de l'économie par le travail paraît difficilement discutable, le parti pris d'en faire porter un poids surdimensionné aux retraités l'est beaucoup plus. Que l'on sache, disposer d'une pension moyenne de 1361 euros nets par mois ne fait pas d'eux les nantis que l'on décrit. Et puis, faut-il vraiment s'offusquer qu'après avoir cotisé et épargné toute leur vie professionnelle, ils bénéficient d'un niveau de vie supérieur à celui d'un jeune actif? Est-il juste de les rendre plus vulnérables quand, dans les faits, ils n'ont quasiment aucune possibilité de trouver des revenus complémentaires?

Ces ponctions surprennent d'autant plus à quelques mois d'une réforme des retraites annoncée comme révolutionnaire, mais où il n'est pas question de reporter l'âge de départ. Plus que tout, elles contrastent avec l'absence de coupes sérieuses dans les dépenses publiques, toujours promises, sans cesse repoussées.

Source: Figaro 31/8/2018