Source Nice Matin  ANTOINE LOUCHEZ ET AMANDINE ROUSSEL

MONEY, MONEY, MONEY... Monnaies locales complémentaires MLC

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La monnaie locale a le vent en poupe. Pour favoriser les commerces de proximité, les producteurs locaux, la consommation responsable et le lien social, les projets se multiplient sur les territoires. Vertueuse, elle est aussi compliquée à mettre en place. Elle est en tout cas portée par des passionnés. Nous sommes allés à leur rencontre.


Le cigalonde, la fève, la bélug ou encore le Renoir et le nissart... Ces noms ne vous disent peut-être pas encore grand-chose, mais ils pourraient bientôt squatter votre portefeuille. Les monnaies locales se multiplient dans le Var et les Alpes-Maritimes. Si certaines sont déjà en circulation, d'autres n'en sont qu'au stade de projet.


Mais au fait une monnaie locale, c'est quoi ? Tout simplement une devise complémentaire à l'euro, qui peut être utilisée comme moyen de paiement sur un territoire restreint. Et elle devient presque monnaie courante puisqu'il en existerait une quarantaine aujourd'hui en France. Il faut dire que depuis une loi votée en 2014, elle est reconnue par l'État.


ÉCONOMIE CIRCULAIRE ET SOLIDAIRE


Soit... Mais quel est l'intérêt ? Et là, les mieux placés pour en parler, ce sont les porteurs de projets. Leur philosophie autour de ces monnaies locales complémentaires (MLC pour les intimes) est assez similaire.


Le premier objectif est de favoriser la consommation locale. À La Londe, le cigalonde est apparu en 2012 sous l'impulsion de l'Acal (Association des commerçants et artisans londais) clairement pour relancer le petit commerce. « Ce que nous voulions, explique Christelle Crivellaro, l'actuelle présidente de l'association, c'est redynamiser nos magasins. Mais aussi fidéliser le client..

Pour Olivier Gendrin, initiateur de la caroube dans le golfe de Saint-Tropez, - avec notre projet, nous souhaitons à la fois stimuler l'économie locale, encourager le circuit court et favoriser la consommation raisonnée ». Le client n'est plus un simple consommateur, mais devient un consom'acteur.

Bruno Bazire, qui planche sur la bélug (étincelle en provençal) du côté du Pays de Fayence, va même plus loin : «La monnaie locale permet de se poser des questions sur l'acte d'achat en lui-même. Lorsque l'on achète quelque chose, c'est un peu comme si l'on votait pour la société dans laquelle on veut vivre, assène-t-il. Avec la bélug, nous voulons instaurer une dynamique vertueuse pour la transition économique, écologique et les acquis sociaux. » L'idée est donc clairement de faire travailler des gens localement, qui respecteraient une éthique de fabrication.

D'ailleurs, les partenaires des monnaies locales doivent adhérer à une charte élaborée par l'association qui la porte. Celle de la fève, future MLC de l'aire toulonnaise, stipule plusieurs principes : Un développement local respectueux de l'humain et de l'environnement -, - des liens autour de valeurs qui nous rassemblent ' ou encore - la recherche d'un mieux-être collectif».


La fève, comme beaucoup de ses semblables, se veut monnaie fondante. Elle se déprécie avec le temps. « On ne peut pas la thésauriser. Il faut l'utiliser rapidement. Au bout d'un certain temps, le billet perdra 1 à 2 %, explique Pia Soave, l'une des porteuses de projet. Cette somme, nous proposerons aux consommateurs soit de la verser à une association, soit de créer une prime à l'achat. » Cette prime à l'achat serait en fait une bonification de la monnaie locale. En temps normal, 1 fève (ou cigalonde, bégul, caroube...) = 1 euro. Là, pour 100 euros vous aurez 110 fèves. « L'idée est d'améliorer le pouvoir d'achat », poursuit-elle.

Aujourd'hui dans le Var, seul le cigalonde est en circulation. Les retours sont bons, mais son utilisation reste aléatoire. « Nous avons entre 1500 et 2000 cigalondes en circulation chaque mois. Une cinquantaine de commerçants (fleuriste, restaurant, boulangerie, primeur, etc.) les prennent. Mais grosso modo cela marche surtout dans quatre ou cinq magasins. À titre d'exemple, dans ma boutique, ils représentent 5 à 8 % de ma caisse », confie Christelle Crivellaro. Pour (re)donner un second souffle à l'opération, les commerçants londais n'hésitent pas à organiser des opérations (55 cigalondes pour 50 euros) ou des événements comme des lotos où de la monnaie locale est à gagner. ' Il faut vraiment entretenir le mouvement, déplore la présidente de l'Acal. D'autant que le paiement en carte bleue est un sacré concurrent ».


« GROSSE MOBILISATION »

Les autres monnaies locales varoises sont au stade de projet. Et elles ne sont pas toutes au même niveau d'avancement. Des MLC du côté de Saint-Raphaël et de la Provence verte sont encore à la gestation avancée d'idée. Les réflexions sont abouties du côté de la bélug et de la caroube, il manque des forces vives pour passer au concret. Seule naissance à prévoir à court terne : celle de la fève. Nous tablons sur une mise en circulation en septembre, annonce fièrement Pia Soave. Mais pour que cela se fasse, il faut une grosse mobilisation de chacun des acteurs et donc beaucoup de temps. » Et le temps c'est de l'argent... même local.


« IL FAUT UNE FORTE  IMPLICATION CITOYENNE» #CHRISTOPHE FOUREL Économiste, auteur de D'autres monnaies pour une nouvelle prospérité, paru en 2015 aux éditions Le Bord de l'Eau.


Quelle dynamique, en France ? Cela ne s'essouffle pas. Il y a une quarantaine de monnaies en circulation et environ autant de projets.


Qui est à l'initiative, en général ? Depuis la loi Hamon de juillet 2014, associations et coopératives peuvent émettre une monnaie comme titre de paiement. Il est intéressant de noter que cela a créé un engouement chez les collectivités territoriales, qui lancent ou appuient ces initiatives.


Quelles motivations ? Elles sont principalement citoyennes. Il y a une volonté de se réapproprier l'instrument de la monnaie, qu'elle ne soit plus le monopole des banques. C'est un moyen de redévelopper un territoire et surtout une manière de réorienter la consommation vers des circuits plus éthiques et respectueux de l'environnement. Du point de vue des collectivités, cela renforce le sentiment d'appartenir à un territoire.


Quelles limites ? Il faut qu'il y ait une forte implication citoyenne. La mise en place de ces dispositifs nécessite beaucoup d'énergie car il faut expliquer et convaincre. L'une des erreurs commises par les gens, c'est de penser qu'il faut lancer la monnaie pour favoriser les échanges. Or, c'est l'inverse : elle ne vient que compléter une dynamique citoyenne.

PRINCIPES DE BASE


Une monnaie locale n'existe que sous forme de billets (très rarement sous forme numérique). Le consommateur peut s'en procurer auprès des commerçants ou de « bureaux de change ». En France, le concept s'est développé en 2010 (en pleine crise économique). Parmi les réussites, on trouve l'eusko au Pays basque avec plus de 750 000 unités en circulation (44 000 pour La Londe à titre de comparaison). A noter également, que le paiement est sécurisé puisque les billets sont gaufrés (technique d'impression rendant plus difficile la contrefaçon).

 

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