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Le philosophe et académicien Michel Serres est mort à 88 ans

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Éternel optimiste à l’accent chantant, le philosophe Michel Serres s’est éteint, samedi, à l’âge de 88 ans. Ayant exploré de nombreux domaines du savoir, il laisse derrière lui des dizaines d’ouvrages.

Mathématicien, sociologue, historien, académicien, analyste brillant… Le philosophe Michel Serres, figure intellectuelle familière du grand public, est décédé ce samedi 1er juin, à l’âge de 88 ans, a annoncé sa maison d’édition, Le Pommier.

« Il est mort très paisiblement, à 19 h, entouré de sa famille », a déclaré son éditrice Sophie Bancquart.

Tout au long de sa vie, ce Gascon à l’accent rocailleux a repoussé les limites de la philosophie pour en explorer les contours, dans une langue compréhensible par le plus grand nombre.

« Adieu Michel Serres, l'honnête homme par excellence, du XXème et du XXIème siècles, éclectique, humaniste et visionnaire. Sa bonté se voyait et s'entendait », a salué le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer sur Twitter. « Sa pensée sur l'éducation continuera à nous influencer », a-t-il ajouté.

Son collègue de la Culture, Franck Riester, a rendu hommage à une pensée « lumineuse et moderne, poétique et accessible ». « La chaleur de sa voix nous manque déjà », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Passionné par la révolution numérique

Écrivain et historien des sciences, passionné notamment par l’écologie et l’éducation, ce membre de l’Académie française - depuis 1990 - s’est intéressé à toutes les formes du savoir, scientifique comme littéraire, anticipant les bouleversements liés aux nouvelles technologies de la communication.

Né le 1er septembre 1930, à Agen (Lot-et-Garonne), Michel Serres a rejoint l’École normale supérieur et obtenu l’agrégation de philosophie, à 25 ans. Il est également passé par l’école navale de Brest et s’est engagé dans la Marine en 1956, pour deux ans, participant à l’expédition de Suez.

Après avoir cotoyé Michel Foucault à Clermont-Ferrand, Michel Serres est ensuite devenu professeur de philosophie à la Sorbonne et à l’université de Stanford (États-Unis).

En 2012, Petite Poucette (clin d’œil à la maestria avec laquelle certains utilisent leurs pouces pour taper sur leurs portables) se vendit à plus de 270 000 exemplaires.

« Pendant des années, si j’avais besoin d’un renseignement, il fallait que je prenne le train pour aller à la Bibliothèque nationale, cela me durait huit jours, cela coûtait des fortunes. Aujourd’hui, je tape sur mon clavier, j’ai le renseignement », plaisantait-il en 2015, dans une interview à L’édition du soir.

81d4083b6a3983c684424008b50086b8.jpgMichel Serres en une de L'édition du soir, le 5 janvier 2015. | OUEST-FRANCE

« C’est complètement nouveau, tout change, dans un sens positif », ajoutait-il dans un autre entretien à Ouest-France, publié un an plus tôt.

Des dizaines d’ouvrages et d’émissions radio

« Voyageur infatigable de la pensée », comme le décrit sur son site internet Le Pommier, son éditeur de longue date, Michel Serres est l’auteur de quelque 80 ouvrages et continuait de publier régulièrement ces dernières années. Son dernier livre, Morales espiègles, était paru en février 2019.

Invité de Questions politiques sur France inter dimanche dernier, il disait à propos de ce livre vouloir éviter de paraître « donneur de leçons ». « S’il y a une voie pour un signal moral, c’est le rire », ajoutait ce philosophe que le grand public a également pu écouter dans des chroniques dominicales à la radio pendant plusieurs années.

 

L'ancien directeur de cette radio Michel Polacco, qui présentait cette chronique avec lui, a rendu hommage à l'antenne à « un des personnages assez exceptionnels que la France a eu l'honneur et la chance (...) de posséder », soulignant sa vision des choses « véritablement originale », sa « fabuleuse culture » et sa « capacité incroyable de se mettre au niveau de tout le monde »

« Infatigable bâtisseur de ponts entre disciplines »

Plusieurs responsables politiques ont également salué sa mémoire. 

La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, voit en lui « notre contemporain capital, sensible aux nouveautés du temps comme aux invariants des hommes et des choses »

Pour Yannick Jadot (EELV), c'était « un grand humaniste, qui est toujours resté en lien avec son temps et a gardé une confiance formidable dans la jeunesse »

Le député LREM et mathématicien, Cédric Villani, retient l'« infatigable bâtisseur de ponts entre disciplines ». « Conférencier passionné, méridional chaleureux, grand enfant épris de futur, il mettait à l'aise dès les premiers mots et s'embrasait dans la discussion », a-t-il ajouté. 

Pour Jack Lang, qui a eu l'occasion de le côtoyer autrefois en tant que ministre de la Culture de François Mitterrand puis plus récemment comme président de l'Institut du monde arabe, c'est « l'idée d'une philosophie joyeuse (qui) s'en est allée » avec la mort du philosophe. 

Le philosophe Bernard-Henri Lévy a également salué « le savoir absolu fait homme. La philosophie, la science et la littérature allant du même pas »

Même le club de rugby d'Agen, la ville où le philosophe à l'accent rocailleux et à la chaleur communicative avait vu le jour le 1er septembre 1930, s'est joint aux hommages en postant sur Twitter une photo du « plus illustre de ses supporteurs ».

 



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