• Le Giec dévoile ce mercredi matin, depuis Monaco, les conclusions de son rapport sur les conséquences du réchauffement climatique sur les océans et la cryosphère (l’ensemble des glaces sur Terre).
  • Ce document de 900 pages est le dernier volet d’une série de trois rapports spéciaux commandés au GIEC par l’ONU pour faire un état des lieux de nos connaissances scientifiques sur des thématiques peu creusées jusque-là par les dirigeants politiques.
  • Et il redit un peu plus encore l’urgence de réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

« Toute personne sur Terre dépend directement ou indirectement des océans et de la cryosphère [l’ensemble des glaces à la surface du globe] », rappelle avant tout chose le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). C’est dire si le rapport que dévoilent ces scientifiques ce mercredi à 11h, depuis Monaco, est concernant.

Sur 900 pages, il synthétise les connaissances scientifiques sur les conséquences du réchauffement climatiques impactant les océans et la cryosphère et les nombreux services qu’ils rendent à la vie sur Terre. Ce rapport spécial a été adopté mardi par les 195 Etats membres du Giec au terme de cinq jours de discussions et d’une dernière nuit de débat freiné par les objections saoudiennes.

20 Minutes revient sur cinq constats majeurs que dresse ce rapport. Spoiler : les nouvelles ne sont pas bonnes.

Une cryosphère qui se réduit comme peau de chagrin

Par cryosphère, on entend l’ensemble des glaces à la surface du globe terrestre. Des grandes calottes glaciaires de l’Antarctique et du Groenland aux glaciers de montagne, en passant par la banquise et le permafrost, cette couche du sol gelée en théorie toute l’année.

« Au cours des dernières décennies, le réchauffement climatique a entraîné une réduction généralisée de la cryosphère, pointe le Giec dans son rapport. Cela se traduit par des pertes de masse des calottes glaciaires [une étendue de glace continentale de grandes dimensions] et des glaciers, la réduction des couvertures neigeuses, et celle de l’étendue et de l’épaisseur de la banquise arctique. »

La perte de masse des calottes glaciaires et des glaciers est l’indicateur le plus marquant de cette fonte de la cryosphère. Celui en tout cas sur lequel le Giec a le plus de certitudes. « Cette perte de masse a doublé sur les deux dernières décennies pour le Groenland et elle a triplé pour l’Antarctique », indique la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmote, co-présidente du Giec. En Arctique, la communauté scientifique constate une réduction de la banquise en septembre – mois où s’achève la saison chaude et où s’arrête généralement la fonte des glaces – sans précédent depuis 1.000 ans.

Les océans, des éponges climatiques qui en paient le prix fort

Autre certitude du Giec : « Les océans se sont réchauffés sans relâche depuis 1970 ». « Depuis 1993, cette cadence de réchauffement a probablement plus que doublé », précise le rapport. C’est que les océans sont des puits de chaleur qui fonctionnent à plein de régime en ces temps de réchauffement climatique. « Ils ont absorbé plus de 90 % de l’excès de chaleur » que provoque l’augmentation rapide des gaz à effet de serre, précise le Giec. Ils ont aussi capté entre 20 et 30 % des gaz à effet de serre émises par l’homme depuis les années 1980. Mais ces services rendus ne sont pas sans conséquences sur la composition de ces grandes étendues d’eau. Les océans sont plus acides et leur concentration en oxygène a baissé de 2 % en un demi-siècle, pointe cette nouvelle publication.

Le niveau des mers augmente désormais de 3.6 mm par an

« Le niveau global des mers augmente, un processus qui s’est accéléré ces dernières décennies », constate aussi le Giec. Entre 1901 et 1990, l’augmentation était en moyenne de 1,4 mm chaque année. Elle est passée à 3,6 mm par an sur la période 2006-2015. « C’est la conséquence de deux facteurs, précise la paléocéanographe Hélène Jacot des Combes, professeure à l’université du Pacifique Sud et auteur principale du chapitre 6 du rapport. Le premier est l’augmentation de la température moyenne de l’eau des océans, qui provoque leur dilatation. Le deuxième est la perte de masse importantes des glaces et calottes glaciaires, notamment au Groenland et sur la banquise antarctique. C’est ce deuxième facteur qui contribue le plus aujourd’hui à l’accélération de l’élévation du niveau des mers. »

Cette élévation du niveau de la mer va se poursuivre quel que soit le scénario d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre retenu. La hausse serait de 43 cm en 2100 dans le scénario le plus optimiste pris en compte par le Giec, et qui limite le réchauffement climatique à +2 °C d’ici à la fin du siècle.

Des conséquences majeures pour les populations humaines

680 millions de personnes vivent d’ores et déjà en zones côtières et ils devraient être un milliard en 2050, rappelle le Giec en préambule de son rapport. 65 millions de personnes vivent par ailleurs dans de petits Etats insulaires. Ces populations sont en première ligne vis-à-vis des impacts attendus du changement climatique sur les océans.

Hélène Jacot des Combes revient alors sur l’élévation du niveau de la mer. Le processus peut paraître lent, on parle de quelques millimètres de plus par an. « Mais ce rapport montre que cette élévation favorise la survenue d’événements marins extrêmes, en particulier dans les pays situés dans les régions fréquemment touchés par les cyclones, explique-t-elle. Ces cyclones, en particulier ceux de catégorie 4 et 5, provoquent fréquemment dans leurs sillages des inondations des zones côtières. Si cela s’additionne à une élévation du niveau moyen des mers, les impacts de ces événements extrêmes seront accrus. » « Le rapport estime que certaines de ces catastrophes naturelles, aujourd’hui observées une fois par siècle, pourraient survenir une fois tous les dix ans, voire, dans les scénarios les plus pessimistes d’augmentation des gaz à effet de serre, une fois par an », poursuit Hélène Jacot des Combes.

Par ailleurs, la hausse des températures, l’acidification des océans, la salinité accrue des eaux, la multiplication des vagues de chaleurs, la hausse du niveau de la mer sont autant de bouleversements qui devraient impacter les écosystèmes marins, prévient le Giec. A la clé ? La chute des ressources marines déjà mises à mal par une surpêche ou encore de nouvelles répartitions de ces mêmes ressources, au détriment de certains pays. « Dans de nombreuses régions, la baisse d’abondance de poissons et de crustacés, due aux effets directs et indirects du changement climatique, a d’ores et déjà contribué à réduire les prises de pêche », note le Giec.

L’adaptation au changement climatique n’est pas une option

Il n’est pas dans les attributions du Giec de proposer une feuille de route de ce qu’il faut faire pour limiter les impacts du changement climatiques sur les océans et la cryosphère. Il fait juste la synthèse des connaissances scientifiques sur les conséquences du changement climatique que les décideurs peuvent ensuite utiliser pour prendre leurs décisions. Il n’empêche, « ce rapport montre que, pour chaque contexte géographique, il existe des méthodes d’aide à la prise de décisions qui intègrent les risques climatiques, poursuit Valérie Masson-Delmotte. Que ce soit dans la gestion de l’eau en montagne ou l’aménagement du littoral. »

Plus globalement, dans la lignée des autres publications du Giec, ce nouveau rapport montre que la « réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre est primordiale si on veut se garder des marges de manœuvre pour lutter contre les impacts du changement climatique, poursuit Valérie Masson-Delmotte. Elle souligne par ailleurs que pour ce qui concerne les océans et la cryosphère, l’adaptation au changement climatique n’est pas une option mais une nécessité. » Le Giec le martèle une nouvelle fois mercredi : même le scénario le plus optimiste, limitant le réchauffement climatique à 2 °C d’ici 2100, ne sera pas sans impact sur la vie sur Terre.

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