nouvelobs.com Par Geoffrey Bonnefoy

 

Griveaux renonce à la mairie de Paris : sept mois de campagne chaotique et un arrêt brutal

 

Sa campagne n’aura jamais pris. Et elle s’achève sur fond de revenge porn, une première dans la politique française. Benjamin Griveaux, candidat LREM à la mairie de Paris, vient d’annoncer ce vendredi 14 février son retrait de la course aux municipales. Officiellement, il s’agit de protéger ses proches après la diffusion d’une vidéo à caractère sexuel. Depuis jeudi soir, une vidéo non authentifiée circule sur internet et les réseaux sociaux et attribue à l’ancien porte-parole du gouvernement et proche d’Emmanuel Macron des conversations et captures d’écran très personnelles.

« Un site internet et des réseaux sociaux ont relayé des attaques ignobles mettant en cause ma vie privée. Ma famille ne mérite pas cela. Personne, au fond, ne devrait jamais subir une telle violence », a déploré Benjamin Griveaux, dans une déclaration enregistrée en début de matinée au siège de l’AFP. Il met ainsi fin à une campagne chaotique de plusieurs mois, qui n’a jamais vraiment décollé.

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Une candidature dissidente, des sondages en berne

Pourtant, jeudi, en présentant son programme, Benjamin Griveaux espérait redonner du peps à sa campagne, et décoller enfin de la troisième place des sondages dans laquelle il est englué depuis le début de l’année, doublé en janvier par sa rivale LR, Rachida Dati. Mais le cadre très formel et pragmatique de ses propositions n’aura pas suffi à donner l’élan escompté, lui qui pâtit depuis le début d’une division forte dans son camp.

La candidature dissidente de Cédric Villani, membre de la majorité présidentielle, et qui a refusé de se ranger derrière Benjamin Griveaux, a terni l’image d’une famille macroniste unie à Paris, écornant au passage celle d’Emmanuel Macron, qui n’a pas su agir en chef de famille. Pire : même si la candidature de l’homme à la lavallière ne décollait pas, stagnant autour de 10 %, ses discussions avec l’écologiste David Belliard étaient très mal vues.

Des propositions raillées

Adoubé début juillet 2019 par LREM, Benjamin Griveaux n’aura jamais réussi ni à rassembler pleinement derrière lui – Hugues Renson a privilégié Cédric Villani, tout comme, un temps, Mounir Mahjoubi avant de se rallier à Benjamin Griveaux – ni à convaincre. Si l’ancien porte-parole du gouvernement a acquis une forte notoriété, il souffre d’une image clivante et négative, selon un sondage Ifop relayé par « le Monde » l’an dernier.

Ses propositions égrainées depuis la rentrée de septembre ont suscité débats et polémiques – un Central Park à la place des voies de la gare de l’Est, un apport de 100 000 euros pour aider les familles parisiennes à acheter un appartement –, tout comme ses sorties un brin à côté de la plaque, comme lorsqu’il a proposé de renommer le Musée du Quai Branly en hommage à Jacques Chirac (ce qui est déjà le cas) ou qu’il s’est étonné que les Parisiens n’aillent pas au Musée Carnavalet (fermé pour rénovation). Pour finalement s’arrêter brusquement à quatre semaines du scrutin, après la diffusion d’une vidéo à caractère sexuel non authentifiée.

Depuis 2016, le Code pénal punit le revenge porn, caractérisé par la diffusion en ligne de vidéo au contenu sexuellement explicite sans l’accord des personnes apparaissant, de deux ans d’emprisonnement et de 60 000 euros d’amende. Ce vendredi matin, Benjamin Griveaux n’a pas encore annoncé s’il allait porter plainte.