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Avec la nouvelle série d'expulsions sans précédent de diplomates russes, le monde entre dans une escalade dangereuse de la tension internationale.


Les conflits actuels entre le monde occidental — au premier rang duquel les Etats-Unis -- et la Russie sont bien plus graves que lors de la guerre froide. Pendant cette dernière, il y avait une distinction entre la politique réelle, la propagande et la manipulation. Il y avait des règles tout à fait établies. Dans la situation actuelle, on fait face à des suppositions, des approximations dans la politique étrangère et les règles ont disparu. On se retrouve devant un amoncellement de crises dont il est très difficile de comprendre la logique. La présidence Trump se distingue alors par une sorte de particularité qui déconcerte l'esprit cartésien: plusieurs politiques sont menées de front par les États-Unis, la politique du Congrès, la politique de la CIA et méme plusieurs politiques à l'intérieur du gouvernement.


Mais ce qui m'inquiète le plus, dans le contexte international que nous traversons, c'est que Ies actions ne sont pas calculées. Lancer un ultimatum de vingt-quatre heures à la Russie pour s'expliquer sur  l'empoisonnement de Sergei Skripal était très amateur de la part des Britanniques et de Theresa Mav. Cette crise aurait dû être gérée autrement. Il aurait fallu agir de manière plus professionnelle vis-a-vis du pays d'Ivan le Terrible. Elle aurait dû prendre au mot Pouline quand il déclarait vouloir collaborer dans l'affaire de l'ex-espion. Le Royaume-Uni ne doit pas rompre le contact afin de faire passer  des messages: Crises en Corée, en Iran, au Proche-Orient... On ne peut pas manoeuvrer sans la Russie.

Enfin à l'époque de la guerre froide, on savait etablir les priorités: c'était, alors, l'équilibre de fa terreur. ce qui a permis d'éviter la guerre mondiale. Aujourd'hui, les priorités sont mélangées. Alors que les islamistes sont l'ennemi commun, la dernière tragédie en France le rappelle encore unefois,  l'Occident invente la Russie comme son ennemi principal. Résultat, alors que. pendant de la guerre froide 80% des Russes étaient pro-Occidentaux, ils se détachent désormais de l'Occident; il s'agit même d'une rupture historique... La majorité des Russes, qui pensent que l'Occident est en train de vendre son âme, de s'islamiser, s'en détournent pour se tourner vers l'Asie qu'ils considèrent comme le continent de l'avenir. Cette rupture est contraire aux intérêts de la France, dont la politique active à l'Est compensait l'influence économique allemande, et aux intérêts russes dont l'aigle bicéphale regardait vers l'Est et l'Ouest.


Pourtant, il faut toujours s'instruire de l'histoire. Le communisme est tombé non pas en raison de la pression occidentale, mais de la volonté des réformateurs russes d'en finir avec la répression. Alors, sans terreur, le système communiste s'est écroulé, en 1991, comme un château de cartes. Mais sa chute a donné un sentiment de toute-puissance aux Etats-Unis, qui ont humilié la Russie avec l'extension de l'Otan vers l'Est, la guerre en Yougoslavie ou des paroles injustes à l'Onu. Car, avant l'affaire de l'espion, Bill Clinton avait sous-entendu que la Russie était une puissance de second ordre et Barack Obama avait comparé le pays avec le virus Ebola... En parallèle, l'octroi des richesses russes aux oligarques,  alors que 50% du peuple frôlait le seuil de pauvreté, a contribué à donner aux Russes une mauvaise image de la démocratie, humiliation d'un côté, image négative de l'autre sont des fondements de cette rupture nouvelle.


Et Vladimir Poutine a su saisir précocement que l'opinion russe voulait en finir avec l'humiliation de son pays. Les sanctions internationales destinées à punir son régime l'ont, en fait, renforcé et sont ainsi devenues le meilleur agent électoral de Poutine. Celui-ci est alors ressorti de la dernière élection présidentielle renforcé, tout-puissant. C'était prévisible. Les élections reflètent, en effet, objectivement l'opinion publique russe. La hausse de la participation, que j'avais anticipée, est logique aussi. Elle est liée à cette bizarre affaire de l'ex-espion russe. Par sa réaction, l'Occident a clairement favorisé la mobilisation de la population russe. C'est une réaction psychologique typique des Russes: quand ils se sentent attaqués, ils réagissent en bloc. La crise actuelle a donc gonflé la participation A la présidentielle. Poutine n'a pas eu à  mener de vraie campagne. Il a juste montré qu'il était antii-Boris Eltsine, symbole du désastre. Car ce dont les Occidentaux ne se rendent pas forcément compte est que les Russes vivent dix fois mieux avec Poutine qu'avec Eltsine, l'homme de l'inflation et de la corruption endémique. Vladimir Poutine est aussi l'artisan du retour de la Russie sur la scène intenuu ion; le. l-e lxtys était lie(iué sous E.ltdne, P Ratine a rétabli un certain respect pour la Russie en jouant sur l'image de la citadelle assiégée, une tradition russe. Mais de cette citadelle assiégée, plus que jamais, nous devons nous faire un allié, tant dans ma vie de diplomate je n'ai vu de paix si fragilisée.


Au coeur du Kremlin, des tsars ronges à Poutine.



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