Les pirates des déchets du BTP enfin épinglés

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Depuis 2014, des tonnes déblais ont échappé à tout traitement pour être déversé sans vergogne dans la nature entre le Var et les Alpes-Maritimes. Neuf personnes ont été mises en examen.


Plusieurs millions d'euros de préjudice, des tonnes de déchets dans la nature entre le Var et les Alpes-Maritimes, deux ans d'enquête sous la direction de trois juges d'instruction niçois. Neuf mises en examen, quinze camions saisis, trois personnes écrouées jeudi soir... Un vaste trafic lié à des déchets du bâtiment non traités et dissimulés vient d'être mis au jour. La justice reproche à certains professionnels du bâtiment du Var, de Menton et de Nice une escroquerie en bande organisée. D'autres personnes sont poursuivies pour recel de déchets de travaux publics qu'ils savaient provenir d'escroqueries. Il s'agit entre autres des déblais provenant du creusement du tunnel de Monaco ou de la future ligne ouest du tramway de Nice.


Laitance de ciment, béton souillé... ont parfois été mélangés avec de la terre pour mieux être dispersés dans l'environnement.


«Un préjudice  en millions d'euros »


Les infractions au code pénal, au code de l'environnement, au code de l'urbanisme et au code forestier seraient multiples dans cette affaire qui éclabousse des sociétés qui ont pignon sur rue.


L'affaire aurait éclaté incidemment alors qu'une entreprise immatriculée à Monaco, mais travaillant exclusivement dans les Alpes-Maritimes, était surveillée en raison de supposées fraudes aux cotisations sociales et des infractions au code du travail. Les gendarmes ont ensuite mené un travail de surveillance longue haleine. «On a pu se rendre compte de la réalité très concrète de leur activité., souligne Jean-Michel Prêtre, le procureur de la République de Nice.


Les entreprises étaient  attributrices de différents marchés, notamment, des marchés publics pour l'emport et la mise dans des sites d'enfouissement technique classés de déchets non-inertes, en particulier de déchets industriels, de déblais de destruction de bâtiments, ou de travaux publics routiers ou du tramway.. détaille le magistrat. Ces déblais génèrent un coût de traitement, de dépollution et de tri très onéreux.

Or. les entreprises, liées entre elles par une coopération ou des relations de sous-traitance, ont en fait entreposé les déblais  sur des terrains qui ne sont absolument pas des décharges, et pour beaucoup. des terrains privés situés ici et là dans la nature. précise le procureur.


Une rivière poubelle


Le préjudice direct du point de vue des marchés publics se calcule en millions d'euros, avec une deuxième ardoise pour la nécessaire remise en état et le traitement des déchets qui ont pu être en-treposés ici et là de manière sauvage souligne encore Jean-Michel Prêtre.


Nombre de communes de la Métropole Nice-Côte d'Azur sont les victimes collatérales de ces dépôts de déchets anarchiques et pour certains dangereux. Des cours d'eau comme le Magnan et ses affluents ont aussi servi de poubelle.


Autres exemples du recyclage singulier de ces déchets: un chef d'entreprise a fait construire sa villa, à Saint-Pancrace (06), sur des remblais non traités. Mis en examen jeudi, il a été libéré après avoir versé une caution de plusieurs milliers d'euros. Une société varoise de broyage-concassage, elle, a profité de ces déchets pour agrandir sa plate-forme. L'été 2016. un chantier de terrassement chez un particulier. chemin du Génie à Nice, avait été stoppé. Une centaine de camions d'une société varoise avaient déversé de la terre douteuse.


Difficile de connaître l'impact de ce trafic sur l'environnement.« On est vraiment dans la situation d'une pollution possible très importante. surtout par des temps aussi pluvieux que ces jours-ci .s'inquiète Jean-Michel Prêtre. Les déversements dans les rivières peuvent également. en modifiant le lit, provoguer des inondations.


L'enquéte se poursuit et des membres de l'Office centrale de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAEST) continuaient ces derniers jours à arpenter les Alpes-Maritimes et le Var à la recherche de dépôts sauvages.


On peut imaginer que des collectivités locales et des promoteurs se porteront parties civiles pour demander des dommages et intérêts. Eux. ont payé sur facture le traitement des déchets générés par leurs chantiers. Ils ont été floués par ces sociétés indélicates.


Source: CHRISTOPHE PERRIN chperrin@nicematin.fr le 17/3/2018