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04 septembre 2017 ↔ 6 commentaires
S’adapter à +5°C avec des centaines de millions de morts
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Pourquoi s’inquiéter ? En fait, 5°C de hausse de la température moyenne du globe, c’est à peu près ce qui s’est produit quand notre planète est passée de la dernière ère glaciaire, qui a connu son point le plus froid il y a 20 000 ans environ, au climat actuel (avant le début du réchauffement d’origine humaine). Ces 5°C de plus ont suffi pour faire monter le niveau de l’océan de 120 mètres et changer la végétation ainsi que la répartition des écosystèmes. Et alors ? Nos ancêtres se sont bien adaptés à cette évolution puisque nous sommes là ! Mais s’adapter, à l’époque, n’était pas exactement s’adapter à l’heure actuelle. Les humains n’étaient que quelques millions sur la planète, il vivaient par groupes de quelques dizaines d’individus seulement, n’étaient pas sédentarisé (et donc facilement mobiles), n’avaient pas grand-chose à transporter avec eux quand ils pliaient la tente, et surtout le chef ne demandait pas vraiment l’avis de ses administrés avant de décider si on allait s’installer ailleurs. En outre l’Insee de l’époque ne dit pas quelle fraction de l’espèce à laissé sa peau à l’occasion de ces migrations pour la survie. Rappelons que la perpétuation d’une espèce s’accommode fort bien d’une division par deux du nombre de ses représentants, comme les grandes pestes du Moyen Age l’ont prouvé un peu partout.

Au vu de cet élément de référence (5°C en plus), il est facile de comprendre qu’une hausse de même ampleur, qui surviendrait 50 à 100 fois plus rapidement et serait appliquée à une humanité sédentaire de quelques milliards d’individus, ne serait pas une partie de plaisir. Tout d’abord, le déménagement pour quitter un lieu devenu inhospitalier sera moins facile qu’autrefois : nous avons mis des siècles à construire une quantité incommensurables d’objets de toute nature – villes, réseaux de communication, usines, etc. – que nous ne pourrons pas prendre sur notre dos pour nous installer ailleurs. S’en aller signifie donc perdre tout cela, et repartir de pas grand-chose. Combien de morts si, en migrant, nous perdons logements, moyens de transport, hôpitaux, usines et silos à grains ? Et puis partir pour aller où ? Un lieu hospitalier ailleurs, il y a aura déjà quelqu’un qui, selon toute vraisemblance, sera à moitié ravi de voir arriver du monde en masse, et sera probablement tenté de l’empêcher par tous les moyens. Et s’il n’y a personne, alors il n’y aura pas d’infrastructures, et le retour au Moyen Age ne sera pas une vue de l’esprit.

Le plus grand danger n’est pas l’effet physique d’une hausse des températures sur nos organismes. Après tout les Bédouins vivent avec des température dépassant les 40°C dans la journée et les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la température moyenne n’est que le marqueur d’un changement global qui affaiblira nombre des composantes nécessaires à notre survie ou à notre bien-être. En particulier une chose est indispensable avant toute autre pour les animaux que nous sommes : manger. Or la dérive climatique va affaiblir le rendement des cultures et cela a déjà commencé. Quand nos esclaves mécaniques et chimiques deviendront de mois en moins disponibles, alors que sécheresses, inondations et ravageurs de toute nature se manifesteront de plus en plus souvent, le retour de sérieux problèmes d’alimentation n’est pas du tout à exclure.

Jean Marc Jancovici (Dormez tranquilles jusqu’en 2100, réédition 2017 en livre de poche)

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6 réponses

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kervennic
05 septembre 2017

@didier Barthes.

Je suis entierement d’accord sur le fait que le nombre d’humain sur terre est un aspect primordial. Je pense meme que c’est le probleme central en ecologie, qui est une science qui etudie la dynamique des populations.

Je me referre encore et encore au bouquin de craig dilworth qui a fait un bide en dehors des pays anglophones (la verite est trop crue probablement).

L’espece humaine est une espece dysfonctionelle depuis le debut. Ne devant sa survie qu’a l’innovation technique qui lui permet d’exploiter toujours plus avant et de facon destructive son environnement, elle n’a fait que croitre en nombre en detruisant des le debut les ecosystemes (megafaune).

Mais l’espece humaine n’est pas un bloc compact. Elle est diverse, est tiraille par des conflits et elle peut evoluer.

Si elle a survecu et meme est apparu, c’est parce qu’elle presentait un avantage ecologique, notamment, c’est un exemple, une tres forte mobilite qui lui permet de transporter des especes vegetales. Apres la derniere glaciation l’europe a ete lamine et ne possedait pas la biodiversite vegetale de l’amerique du nord, a cause de barriere geologiques importantes. Les hommes ont introduit de tres nombreuses especes vegetales venant d’asie et cela n’ a pas ete negatif.

L’homme a un potentiel et des defauts qui seront a mon avis selectionne par une crise demographique. C’est comme cela qu’a toujours fonctionne la nature.

Il y’ a plusieurs penchants qui travaillent l’espece humaine, dont une bonne partie ne sont pas necessairement culturel. Certains sont adapte a l’evolution (effondrement), d’autre pas.

Je respecte la demarche de Didier Barthes et pense qu’il est fondamental de faire emerger ce probleme. J’ai assiste a une conf a paris et soutient sa demarche.

Mais je pense qu’elle est fondamentalement voué a l’echec si il ne remet pas en cause notre societe industrielle et propose un changement radical de logiciel vers une societe ecologique ou les hommes vivent de leur travail physique et non d’energie fossile ou de materiaux non renouvelable industriel (energie dite renouvelable).

En effet je suis a ce sujet tres pessimiste: la societe industriel, quelque soit le type d’industrie est d’une part destructrice, mais (c’est la these centrale de dilworth), elle cree NECESSAIREMENT un surplus qui ne peut etre utilise que pour surconssomme (le surplus est accessible) ou bien procreer.

Au final et c’est le genie de la these neomalthusienne de Dilworth, si nous nous maintenons dans cette societe industrielle nous creons les conditions du desequilibre, du surplus, et cela engendrera necessairement une progression demographique quelque part. Aujourd’hui c’est en afrique.

Croire que l’on va pouvoir empecher ce surplus d’etre conssomme, et susciter de nouveau besoin, c’est mal comprendre les mecanismes des societes humaines et meme animales. C’est un voeux pieu.

Si en occident les gens font moins d’enfant, c’est parce que la densite et le mode de vie ultra industrialise l’impose (essayez d’avoir cinq enfants avec un petit salaire a Paris). Mais penser que l’on va repandre ce mode de vie aux milliards qui veulent se developper, c’est de toute facon condamner la planete.

Ensuite il y’a des dynamiques de competitions qui depassent le beni oui ouisme et la bonne volonte. Si les chinois sont 1 milliards, il est difficile a la Russie d’appeler a une forte decroissance demographique. Si les musulmans croissent fortement demographiquement en Afrique, parce qu’impermeable a votre message et a l’ecologie, vous ne pourrez pas localement convaincre les chretiens ou les animistes de se saborder demographiquement.

C’est pour cela qu’il faut a mon avis etre radical et aller au coeur du mal. C’est l’industrialisation qui est a la racine de cette explosion demographique et de l’holocauste ecologiaue et seul sa remise en cause profonde, la reduction de sa dynamique permettra de casser la dynamique demographique.

Et il faut presenter une alternative credible, qui selon moi est une societe paysanne e petite ferme type permacole, produisant peu de surplus et demandant peu de travail delocalise pour survivre (un peu de tissage comme cela se faisait au 18 eme debut 19 eme etc).

C’est tout a fait possible, et ca n’est pas naif a l’heure ou la decroissance par habitant est deja effective en france (chiffre jamais donne dans les mdias) et ou beaucoup de jeune mangeront et dormiront mieux si ils travaillent de leur main.

C’est meme realiste sur un plan tactique, car a l’heure du terrorisme de masse on sait que les societe occidentales militarise sont fragile et qu’elles ne pourront pas eternellement forcer leurs citoyens ou leurs partenaires commerciaux a fonctionner sur le mode neo colonial de l’industrie globale par la simple force.
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Didier Barthès
05 septembre 2017

A Sylvain Marcotte
Bonjour
Le problème pour moi il est tout simplement et archi prioritairement dans nos effectifs qui sont incompatibles avec une attitude respectueuse de l’environnement (quoi que l’on fasse par ailleurs) et même avec le maintien durable de notre espèce sur la planète (et plus encore avec celui de n’importe quelle espèce de mégafaune bien entendu).
Il est bien triste que si peu d’écologistes mettent ce facteur en avant. En France seule l’association Démographie Responsable semble se préoccuper de la question
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Michel C
05 septembre 2017

Comme Didier Barthès , moi aussi je pense qu’il est désormais trop tard pour empêcher l’inéluctable, à savoir le crash, la grosse catastrophe. Sauf que, personne n’a de boule de cristal , et chacun voit le Monde avec sa propre paire de lunettes. Ainsi kervennic voit autrement et ce qu’il voit n’est pas dénué d’intérêt.

Même s’il est déjà trop tard, je me dis aussi qu’il n’est peut-être pas trop tard pour limiter la casse. Et c’est déjà la raison qui me pousse à « agir », du moins à résister (avec ou sans guillemets) … à ramer contre le courant, avec mes petits bras, à prêcher dans le désert, avec mon petit bec de colibri. Enfin, la raison … disons plutôt le mobile. N’est-ce pas avant tout pour nous mettre en paix avec nos petites consciences que nous agissons, chacun à notre manière ?
Bref, je me dis qu’il il n’est peut-être pas trop tard pour faire naître cette culture, qui selon kervennic aurait un destin écologique.
Et pourquoi pas ? Quoi qu’il en soit et c’est triste à dire, mais je souhaite surtout que la catastrophe sera pédagogique.
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sylvain marcotte
05 septembre 2017

je viens de finir le chapitre sur l’effet des migrations majeures de homo sapiens sur la mégafaune (australie, amérique, madagascar…) il n’y a pas d’accord humain-nature… c’est une vue de l’esprit. Nos ancêtres mangeaient de la licorne au petit déjeuner. Nous sommes en pelin dans la vague de la troisième grande instinction de masse concomitante à l’existence d’homo sapiens et JAMAIS une aussi rapide et profonde n’est survenu. DE NOTRE VIVANT. Alors où est selon vous le problème?
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kervennic
05 septembre 2017

Il n’est certainement pas trop tard pour agir. De toute facon nous sommes ici pour agir. Peu importe pour nous, individus, que la transition (qui finira par avoir mecaniquement lieu puisque cette civilisation thermo industrielle n’est pas durable) soit douloureuse socialement, ou pas . Individuellement, notre destin est limité a un nombre réduit d’année, cela ne change pas grand chose quand au sens que pourrait avoir nos actes. Il faut donc trouver un sens a notre action durant ces quelques annees au dela du destin de cette societe, par ailleurs assez terne.Toute action individuelle a un sens, non pas pour sauver la societe thermoindustrielle, en nombre et en puissance nocive, cela n’ a aucun sens; mais perpetuer une culture qui, elle, a peut etre un destin ecologique.
La nature crée a partir de crise. Il y a une crise, nous sommes la pour creer et prendre des risques.Concretement, la nature ne disparaitra pas (il fait tres froid en antarctique), meme si d’immense possibilite ont ete gache par les derives d’une humanite pour l’instant incapable de gerer sa puissance technique, et qui va donc etre corrige par l’evolution, quoi de plus naturel…Et ces immenses possibilites, c’est a nous de les faire fructifier. Chacun de nous, par son travail et ses choix de vie, son courage peut devenir un resistant a la societe thrmo industriel. Chacun peut concretement oeuvre a la preservation d’insectes, de predateurs, qui permettront aux ecosystemes de repartir des que la pression humaine baissera ( et cela arrivera). Il faut appeler tous les urbains qui ont des convictions ecologiques a venir resister, a quitter la ville, s’installer a la campagne, cultiver, exploiter durablement des forets pour se chauffer, et creer chez eux des espaces de bio diversite qui seront la cle de la renaissance.
Une espece de libellule, d’insecte predateur perdu et c’est une partie de la puissance de cette renaissance qui part. Un caractere morphologique local qui n’ aura pas ete preserve et c’est un peu moins de potentiel pour nos enfants. Chaque geste a un sens profond. Nous sommes veritablement les petits soldats de la nature. On pourrait trouver de nombreux analogues chez les especes animal qui defendent des territoires justement pour eviter la ruine des ecosystemes (notamment par surpopulation). Nous devons mettre toute notre energie dans la preservations de territoires ecologiques. Chaque arche, aussi petite soit elle peut abriter une espece cle pour l’avenir des ecosysteme.
Par ailleur l’humanite, bien avant l’agriculture a coevolue avec les especes vegetales et animales; Je sais, parce que je la pratique que nous pouvons avoir une agriculture ecologique (au sens du respect integrale des ecosystemes) qui puisse nous nourrir (mais ne pourra pas permettre de procreer en masse, vu la charge de travail que demande un tel mode de vie hors des bequilles industrielles).Et pour qu’une agriculture eco soit possible, il faudra que chacun preserve localement l’enorme biodiversite domestique adapte a son terroir, son climat et sa geographie en combinant un tres large spectre d’especes permettant de faire fonctionner un ecosysteme.
Concretement, il faut suivre l’exemple de gens qui comme Pascal Poot ont travaille hors des sentiers battus, et en trente ans de travail solitaire, malgres le scepticisme des specialistes, ont reussi a selectionner des plantes vraiment resistantes a la secheresse et pouvant pousser sans entretien ou presque.J’ ai essaye ses tomates, j’en ramasse de pleine bassines tous les trois jours sans arroser, cette annee.A chaque saison je vois la biodiversite s’accroitre, des insectes dont je ne soupconnais pas l’existence s’installe partout, tout change pour le mieux, et je me dis que ca serait tellement bien si nous etions plus nombreux.
Lorsque l’on se sent decourage, il faut prendre une tomate ou un grain de mais dans la main et se dire que cette tomate raconte l’histoire de milliers et de milliers d’anonymes, de payasns nu pieds, probablement tout aussi decouragés, mais qui malgres tout ont cultivé, selectionné, conservé, semé, sans peut etre trop y croire, et que chacun a ete un maillon decisif dans cette selection, pas les gros cerealier qui profitent du resultat et l’ appauvrissent.
Nous pouvons par nos actes anonymes et muets, inconnus de cette societe, changer la face de notre biosphere;

Venez ! La nature a besoin de vous, de vos mains, de votre regard. Ne nous lamentons pas, travaillons et defendons notre travail. Au final il restera toujours un fruit magnifique.
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Didier Barthès
04 septembre 2017

En effet une des grandes différences entre les changements climatiques d’hier et aujourd’hui (outre leur cause qui est cette fois anthropique et dans une certaine mesure leur rapidité) c’est que les précédents se sont déroulés sur une planète ouverte où les migrations étaient possibles facilitant ainsi grandement l’adaptation de la faune, de la flore et même de l’humanité.

Aujourd’hui, le monde est à la fois surpeuplé par notre espèce et totalement quadrillé par mille réseaux et barrières infranchissables. Concrètement les grands animaux ne pourront pas migrer et ceux qui seront perdus quelque part ne seront pas remplacés par d’autres mieux adaptés qui seront venus à leur place (par exemple la réduction du territoire de l’ours polaire suite au réchauffement ne s’accompagnera pas de l’extension des territoires du tigre de Sibérie comme cela aurait été le cas il y a 100 ou 200 000 ans).

Pour l’homme aussi les données sont différentes. Cet article a bien raison de rappeler que s’adapter à l’époque n’était pas s’adapter à l’heure actuelle, imagine t-on le déménagement d’une grande métropole ? C’est tout simplement impossible.

Je crois sincèrement qu’il est désormais trop tard pour agir. Notons d’ailleurs qu’il y a bien plus de trois ans Jean-Marc Jancovici avait donné » Trois ans pour changer le monde », c’est largement dépassé.

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