Agriculture biologique

Interview Bernard Astruc, président de Bio consom'acteurs Paca, participera aux états généraux de l'alimentation  pour défendre une alimentation issue de l'agriculture biologique.

Bernard Astruc a fait le forcing, mais il a fini par obtenir son accréditation par te ministère de l'Agriculture, aux États généraux de l'alimentation qui débutent aujourd'hui jeudi 20 juillet tel. Le Lorguais, militant de la première heure de l'agrobioécologie (1), entend défendre une autre vision de l'agriculture et de l'alimentation. Il sait que ce n'est pas gagné, mais il ne sera pas seul à mener ce combat. Interview.


 Qu'allez-vous faire à ces États généraux?


Porter la voix des consommateurs mais pas seulement. Je vais travailler sur une vision de l'agriculture et de l'alimentation. le veux lutter de toutes mes forces contre l'idée, portée par l'actuel ministre de l'Agriculture, selon laquelle l'agriculture biologique est une forme d'agriculture comme une autre.


Comment définissez-vous l'agrobiologie?


L'agriculture biologique est la seule agriculture durable, respectueuse de l'environnement et capable de nourrir sainement l'humanité. C'est un modèle qui repose sur les principes fondamentaux de fertilité des sols par l'apport de matières organiques et non de matières chimiques. Elle consiste à nourrir les sots, à l'instar de l'humus de la forêt, alors que l'agrochimie se sert des sols comme d'un simple support et nourrit directement les plantes chimiquement. On vient de commettre 70 années d'erreurs avec l'agrochimie, on a désertifié, essoré les sols de leurs substances vivantes. Il faut respecter les cycles naturels. Cela n'est pas négociable.


Plusieurs scandales sanitaires vous donnent raison.


En parlant d'agriculture, on parle de santé. Cancers, maladies neurodégénératives, diabète... On sait que la prise en compte de l'alimentation est nécessaire en premier lieu. Les médecins ne sont hélas pas formés à cela, on leur apprend à traiter les symptômes, on ne leur parte pas d'alimentation dans leur formation. Pourtant, Hippocrate, considéré comme le père de la médecine, faisait déjà le lien entre alimentation et santé.

Qu'attendez-vous de ces États généraux?


Qu'on inscrive dans le marbre que [agriculture biologique est le modèle de référence et qu'on prépare une période de transition pour passer de l'agriculture conventionnelle à l'agriculture biologique. Les produits alimentaires ne doivent pas être considérés comme des produits comme les autres, ils ne doivent pas être assujettis aux mêmes normes que l'industrie. Ce sont des produits essentiels, vitaux.

Comment favoriser cette transition?


En accompagnant tes agriculteurs sur le plan technique vio la formation (lycée agricole, centre de formation, chambre d'agriculture) et sur le plan fiscal avec des aides en rapport avec les avantages que procure l'agriculture bio. La PAC (politique agricole commune, Ndlr) verse entre 11 et 12 milliards d'euros à l'agriculture conventionnelle et 160 millions à l'agriculture bio. Si l'on ramène ça aux surfaces concernées, il faudrait multiplier par quatre les aides à l'agriculture bio pour que cela soit équitable. Mais je souhaite qu'on fasse davantage encore, compte tenu de ses bénéfices pour l'homme, à commencer parla santé y compris celle des agriculteurs, et pour l'environnement.


Comment convaincre ceux parmi les agriculteurs qui restent attachés à la méthode conventionnelle?


L'agriculteur, c'est son intérêt de cultiver en bio. Les méthodes de travail sont plus valorisantes sur le plan humain, créatrices d'emplois non délocalisables, et sur le plan financier car c'est lui qui maitrise son marché, ses prix. On va vers le juste prix, qui permet à l'agriculteur de vivre dignement de son travail et  au consommateur d'accéder à des produits sains à des prix acceptables. L'agriculture bio implique des circuits courts, des ventes directes.


Peut-elle répondre aux demandes croissantes des consommateurs?


En chiffre global de produits bio consommés, l'augmentation a été de 16 % en 2016. C'est un marché de 7 milliards d'euros.
Les agriculteurs y viennent massivement, plus de 600 s'installent ou se convertissent chaque mois. Mais la demande augmente plus vite en particulier dans la restauration collective, scolaire. L'Inra a suivi une ferme en permaculture bio en Normandie de 2011 à 2015 et a chiffré sa rentabilité. Elle est de 2 à 5 fois plus rentable que le conventionnel. Sur 1000 m', le rendement est de 32 000 euros. Il faut accompagner, aider un maximum d'agriculteurs qui produisent en conventionnel et sont au bord de la faillite, du suicide (un tous les deux jours), à passer en bio.


Quel rôle jouent les distributeurs, également présents à ces États généraux?

Dans l'alimentation globale, l'agriculteur peut avoir encaissé moins de 10 % du prix du produit que vous avez acheté. Les marges des distributeurs devraient être bloquées sur les produits alimentaires et, au moins, sur les produits alimentaires bio.


Les distributeurs ne l'accepteront pas...


Si on n'y arrive pas, ce serait catastrophique. L'Inra est clair aujourd'hui, le bio c'est l'avenir. Cette vision est déterminante. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, ça va prendre du temps. On va travailler, tous ensemble, pour définir un nouveau plan de transformation de l'agriculture et de l'alimentation sur des bases durables, économiquement rentables. Avec l'autre avantage de créer de l'emploi. L'agriculture bio emploie 1,8 % de main-d’œuvre en plus que la conventionnelle qui utilise des machines contre-nature détruisant les sols.


Y croyez-vous vraiment à ces États généraux, avec tous tes lobbys qui y seront? N'y allez-vous pas pour faire de la figuration?


Je vais vite voire de quoi on parle, quelle est la teneur réelle des changements possibles, à la fois dans la vision et dans les moyens financiers. Le président de la République a annoncé dans son programme qu'il consacrerait 5 milliards d'euros à la transformation de l'agriculture. Là, on va rentrer dans le détail. On verra la réalité des intentions, après le discours... Certes, les responsables de la FNSEA, principal syndicat agricole dont l'immense majorité des adhérents est adepte de l'agrochimie, seront présents. Le danger, c'est qu'ils neutralisent le processus. Ils ne le feront pas : beaucoup d'entre eux se tournent vers l'agriculture bio car le système conventionnel est à bout de souffle. Notre solution est là. Il ne faut pas oublier le volet santé et j'espère qu'on arrivera à un Plan national d'alimentation saine, qui serait une deuxième étape du Plan national nutrition santé. Cela réduirait les maladies dues aux perturbateurs endocriniens présents dans les produits utilisés en masse dans l'agriculture conventionnelle. Si ce système était performant, on n'aurait pas toutes ces maladies.


 La situation est préoccupante à tous les niveaux...


Elle est grave mais pas désespérée. L'agroécologie est la solution, pour peu qu'on soit dans une démarche sincère et lucide de changement. Il faut saisir cette opportunité.


PROPOS RECUEILLIS PAR VÉRONIQUE GEORGES vgeorges@nicematin.fr


1. Bernard Astruc  a obtenu son accréditation en partie grâce à Corinne tapage, ancienne ministre de l'Environnement venue en 2015 dans le Var parrainer le lancement de sa campagne pour la transparence 0GM. et à  Diane Simiu. conseillère spéciale Environnement auprès du président de la République et du Premier ministre.


2. bioconsornmacteursprovence.com

consommateurspascobayes.com

oasis-reunion.bio

Contact: 06.70.51.06.48

Crise agricole et scandales sanitaires


Les États généraux, placés sous la responsabilité du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, vont se poursuivre durant quelques mois. Au-delà de cette journée inaugurale, les débats se dérouleront dans le cadre d'ateliers thématiques d'août à novembre. Parallèlement, une consultation citoyenne sera lancée. Un bilan est prévu pour la mi-décembre.


Au menu de la première séquence, la création et ta répartition de la valeur, et donc quel prix payé aux producteurs. Elle réunira syndicats agricoles, coopératives, industriels, distributeurs. À ta rentrée de septembre, une deuxième séquence, sociétale, abordera la question de l'alimentation, de la santé et de l'environnement.


Alors que le président de la République a annoncé un plan d'investissement dans l'agriculture de 5 milliards sur 5 ans, ces États généraux déboucheront-ils sur des mesures capables d'en terminer avec la crise agricole et les scandales sanitaires et environnementaux qui se multiplient depuis quelques années? L'attente est énorme parmi les organisations non gouvernementales, qui ont néanmoins été obligées de monter au créneau pour s'imposer à la table des discussions.


Ainsi, la première fédération environnementale de France a lancé, fin juin, un appel au Président pour que ces États généraux incluent la société civile, et pas la seule profession agricole. C'est dire...


Le discours de clôture du président de la République, à la fin de cette première journée, est donc particulièrement attendu.