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Fillon le favori, en meeting à Lyon, veut "casser la baraque"
Mael Thierry

"Fillon président, Fillon président". Ce mardi 22 novembre, le nouveau slogan à la mode à droite est entonné lors du premier meeting du désormais grand favori de la primaire. Porté par la "vague" depuis dimanche, François Fillon avait même vu les choses en un peu trop grand : le centre des expos réservé dans la banlieue de Lyon pouvait accueillir jusqu’à 10.000 personnes, mais ils étaient plutôt 6.000 hier soir.

Des "fillonnistes" de toujours, comme Sanita, une retraitée séduite par son programme de "redressement économique", ou des convertis de la dernière heure comme Jocelyne qui l’a préféré à Sarkozy car elle le jugeait plus à même de battre Juppé... Même chose dans les rangs des élus venus sur place : entre les fillonnistes de toujours – comme le président du Sénat Gérard Larcher – s’étaient glissés ce soir l’ex-candidat Bruno Le Maire et des proches de Sarkozy nouveaux ralliés, comme Laurent Wauquiez, le patron du parti (par intérim) et président de la région Auvergne-Rhône-Alpes ou Guillaume Peltier, le fondateur de la "Droite forte".

A la tribune, dans ce département du Rhône où il frôlé les 50%, Fillon étrenne ses nouveaux habits de favori en déroulant son programme et en répondant à distance aux attaques du camp Juppé. Depuis dimanche, le maire de Bordeaux est passé à l’offensive, attaquant son rival sur son projet jugé irréaliste – la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires – et pas progressiste.

Primaire à droite : ce que contient le programme très conservateur de François Fillon
Thatcheriste revendiqué

Fillon, qui a dans cette campagne dit son admiration pour Margaret Thatcher, assume. "A tort, Alain Juppé juge mon projet trop radical, trop risqué", dit-il, défendant au contraire le fait qu’"il faut casser la baraque pour la reconstruire autrement". Casser la baraque ? C’est un projet que Fillon lui-même qualifie de "tranché" et qui propose "la fin des 35 heures, la baisse drastique du nombre de fonctionnaires et 100 milliards d’économie". Ou encore le retour aux 39 heures pour les fonctionnaires :
"Si on ne peut rien faire pour éviter la faillite, alors mieux vaut rester chez soi !", dit-il.

"Le programme de François Fillon coûterait de l'ordre de 0,7 point de croissance à la France"

Ce qui n’empêche pas Fillon de se revendiquer plus "pragmatique" que "libéral", de citer Philippe Séguin, figure du gaullisme social ou de se revendiquer "patriote" et "souverainiste". A l’adresse du maire de Bordeaux, qui lui-même avait été accusé de faire subir à la France un régime trop sévère en 1995 et qu’il affrontera jeudi lors d’un débat télé, il lance :
"Je trouve assez piquant qu’on m’accuse d’être droit dans mes bottes."

Pragmatique, libéral, souverainiste, conservateur… Dans son discours, Fillon trace son sillon, celui du candidat qui veut incarner une forme de synthèse à droite. Sur le plan économique, il ne cesse de répéter qu’il souhaite "la liberté", fustigeant les normes et la "bureaucratie [qui] envahit nos vies".
Frigide Barjot aux anges

Sur le plan sociétal, le candidat soutenu par Sens Commun, émanation de la Manif pour tous, dont la porte-parole Madeleine de Jessey était dans la salle, redit son attachement à la famille. Et critique en creux le mariage pour tous (sur lequel il n’entend pas revenir) et l’adoption par les couples homosexuels : "Pour moi, la famille n’est pas un sujet d’expérimentations sociétales hasardeuses." Frigide Barjot, ex-égérie de la Manif pour tous, aperçue en fin de meeting s’entretenant avec Nadine Morano, a dû apprécier... En marge du meeting, le camp Fillon s’énerve cependant contre les attaques portées ces dernières heures par les juppéistes sur l’IVG : il n’a jamais été question, répète le porte-parole Jérôme Chartier, de remettre en cause ce droit des femmes.

Sa "liberté" (pour ne pas dire son libéralisme), Fillon la conjugue avec la fermeté, autre mot clé à droite. Il entend ainsi armer les polices municipales ou encore "réduire l’immigration au strict minimum". "Dans la République française, les étrangers ont des devoirs avant de réclamer tous les droits. C’est une question d’unité nationale mais aussi de courtoisie car le dernier arrivé dans la demeure ne doit pas se croire maître chez les autres", lâche-t-il à la tribune. Laurent Wauquiez, assis au premier rang, applaudit à tout rompre, comme la salle.

Attaqué par Juppé sur sa vision de sa diplomatie jugée trop pro-russe, Fillon assume encore : dans la guerre contre "le totalitarisme islamique", redit-il, "il nous faudra beaucoup d’alliés. Parmi eux, la Russie". Là encore, la salle approuve bruyamment. A la fin du meeting, l’ancienne ministre Nadine Morano apprécie : "Fillon fait toujours de très bons discours". Comme les autres militants présents au meeting, elle ne doute pas que les jeux sont faits pour le second tour et que la droite a choisi son candidat à la présidentielle : ouf, ce ne sera pas Alain Juppé, se disait-on dans la salle, mais un homme d’une droite prête à "casser la baraque".

Maël Thierry



Created: 23/11/2016
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