Dans les conversations
secrètes entre Némésis et des
néonazis pour agresser des
militants de gauche à Lyon
« On peut être deux, trois filles à tracter là où vous voulez les choper, un peu pour faire l’appât »
Les échanges démarrent par un texto de la responsable de Némésis dans la capitale des Gaules : « On a une militante qui étudie à l’Ucly Carnot. Elle a dit à ses copines qu’on comptait faire une grosse action ce soir, même heure même endroit. Ses copines l’ont répété à une autre amie, grosse anarchiste. » Donc, tout le monde est au courant, avertit-elle.
Mais détrompez-vous, ce n’est pas un problème, en fait… Pas du tout : « Il y a des proches ou même militants de la Jeune Garde dans ceux qui nous ont pris à partie la dernière fois. Donc il est fort probable qu’ils aient prévu notre venue et mobilisé des gauches. »
Dans cette boucle Telegram ultra-confidentielle – elle ne compte que cinq membres –, Calixte Guy, dirigeant du groupuscule « nationaliste révolutionnaire » Audace Lyon– qui a repris le flambeau, après la dissolution du Bastion social et de Lyon populaire –, lui répond du tac au tac : « On t’a expliqué ce que je pensais prévoir ? » Ornella regrette, mais non.
« Il ne vous arrivera rien en tant que meufs ! »
Au bout du compte, Calixte Guy se ravise : « Franchement, faites l’action, n’oubliez pas que c’est le moment de faire une visu [vidéo – NDLR]. Il ne vous arrivera jamais rien en tant que meufs… Et on sera là ! » La dirigeante de Némésis Lyon s’enquiert tout de même sur le mode rigolard : « Vous serez assez nombreux s’ils se sont mobilisés de leur côté ? T’es sûr ? Je ne veux pas que vous vous fassiez éclater pour nous, parce qu’on ne pourra pas vous aider, MDR [mort de rire – NDLR]. Parce que si c’est pour que le visu de notre action, ça soit de se prendre des œufs et de la farine, on n’aura aucune aura, PTDR [pétée de rire – NDLR]. »
S’ensuivent de longs échanges de bonshommes sur le nombre utile de gros bras. « Pas besoin d’être trop nombreux si on est sélectifs », estime un des sbires. Calixte Guy, qui promet de faire la « revue d’équipe » au sein d’Audace et de la section Karcher – un autre groupe sur lequel il a la main –, tranche : entre « huit et dix » gars, ça suffira et c’est atteignable, « large MDR »…
Ce n’est qu’après ces échanges que la nature même de l’action sera déterminée en vitesse – ce qui laisse penser à un pur prétexte pour un guet-apens, là encore : il s’agira simplement d’un modeste « stickage », soit recouvrir les autocollants des autres avec du matériel de Némésis.
Ce sont les messieurs qui décident de toute façon : « Fais venir toutes les filles qui veulent pour un stickage et un bar », intime l’un des membres à Ornella. À l’heure prévue, les militantes sont à la bourre. « Essayez de faire vite SVP ! Si ça se trouve, ils sont là, mais ils vont se barrer en pensant qu’il n’y a rien », aboie un des nervis planqués dans le coin. « Dites-moi si vous voulez que je passe devant eux ou quoi ! » réclame celle qui insiste pour servir de leurre.
Quelques dizaines de minutes plus tard, la déception perce. « On a stické ce qu’on pouvait dans le périmètre… Maintenant on fait quoi ? » Un des types, dépité que ça ne morde pas à l’hameçon, encourage à « se rapprocher un peu de la fac. » Mais Calixte Guy siffle : « Tout le monde rentre ! » Fin en fiasco, cette fois, pour les brutes épaisses.
Un an avant de parader dans Lyon, Calixte Guy participe à une attaque des Hussards à Paris
De nombreuses armes découvertes chez Calixte Guy
Des identitaires toujours en contact sur Snapchat malgré leur contrôle judiciaire
Marc de Cacqueray-Valmenier, Gabriel Loustau, Calixte Guy… Ils ont défilé dans le cortège des « gentils », samedi, à Lyon. Mais comme le démontre l’attaque du 16 février 2025 par les Hussards à Paris, ces leaders des groupuscules néofascistes les plus en vue entretiennent des relations très étroites. Des liens matérialisés notamment par des virements bancaires entre eux.
Mais ça n’est pas tout : ils peuvent aussi se retrouver sur des groupes confidentiels où se laisser gravement aller et montrer leurs visages de bêtes immondes. Sur un Snapchat à travers lequel certains des mis en examen continuent de communiquer malgré l’interdiction liée à leur contrôle judiciaire, quelques-uns évoquent ainsi le dossier en parlant de leur « Shoah à eux ». Avant d’éclater de rire en s’imaginant tatouer leurs matricules judiciaires sur leurs avant-bras…
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