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DeepSeek : « La Chine sème la confusion dans l’intelligence artificielle »

Chronique

auteur

Philippe Escande

La start-up chinoise est venue bousculer l’hégémonie de l’IA américaine en présentant un robot conversationnel qu’il dit capable de concurrencer ChatGPT d’Open AI pour beaucoup moins cher. L’effet a été immédiat, entraînant une chute des valeurs européennes, asiatiques et américaines liées à l’IA, relève Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».

 

L’agitation médiatique et financière autour de l’intelligence artificielle n’est est qu’à ses débuts. On croyait le match plié dans ce domaine avec une hégémonie américaine incontestable. Mercredi 22 janvier, le tout nouveau président américain, Donald Trump, présidait lui-même l’annonce par Open AI, Softbank et Oracle d’un investissement colossal de 100 milliards de dollars (95,4 milliards d’euros) pour construire une infrastructure informatique sans égale dans ce domaine. Puis vendredi, Mark Zuckerberg, le patron de Meta, a affirmé que son entreprise allait investir 65 milliards de dollars, en 2025, dans des centres de données de taille XXL, destinés à entraîner des intelligences artificielles. 2025 sera une année cruciale dans ce domaine, explique-t-il dans son post Facebook, ajoutant que cet effort massif « ouvrira une période d’innovation historique et étendrait le leadership technologique américain ».

 

Mais voilà qu’une petite société chinoise sème la confusion et prétend remettre en question cette belle perspective. La société DeepSeek, lancée en 2023 par un obscur gérant de fonds de Hangzhou, a dévoilé cette semaine la dernière version d’un robot conversationnel semblable au ChatGPT d’Open AI. Avec une toute petite différence. L’investissement annoncé par l’entreprise serait de 6 millions de dollars contre plusieurs milliards pour Open AI, et son entraînement a été effectué avec des puces moins puissantes, puisque le gouvernement américain a interdit au fabricant californien Nvidia de vendre ses derniers modèles aux Chinois.

 

Cartes rebattues

L’engouement est déjà réel. L’application DeepSeek a été la plus téléchargée sur les iPhone ce week-end aux Etats-Unis, en Australie, en Chine et au Royaume Uni. Et même un investisseur aussi célèbre que Marc Andreessen, grand soutien de Donald Trump croit assister à un « moment spoutnik », en référence à l’affolement qui avait saisi l’Amérique après l’annonce du lancement du premier satellite dans l’espace, en octobre 1957. Comme un réveil sur l’état de la technologie chinoise.

 

L’effet a été immédiat sur les Bourses asiatiques, lundi 27 janvier. Tous les titres cotés liés à Nvidia ont plongé, comme le fournisseur japonais Advantest qui a dévissé de plus de 8 % à Tokyo. S’il est possible d’imaginer des intelligences artificielles bien plus économes, en calcul et en énergie, cela rebat les cartes. C’est aussi le pari de la société française Mistral, principale concurrente européenne des géants américains dans ce domaine. Le patron de celle-ci, Arthur Mensch, a déclaré, le 21 janvier, qu’il envisageait une introduction en Bourse. Cette agitation pourrait provoquer une vaste réévaluation des valorisations. L’heure de vérité approche, et cela devrait tanguer.

 

 

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