L’ambassadrice américaine à Athènes a-t-elle tenté d’intimider le gouvernement grec ?
Un article du “Wall Street Journal” publié le 25 septembre rapporte des propos prêtés à l’ambassadrice américaine en Grèce, Kimberly Guilfoyle. En mars, cette dernière aurait menacé un ministre grec, arguant que les États-Unis avaient le pouvoir de précipiter la chute du gouvernement d’Athènes. Ces révélations ont provoqué un tollé dans le pays.
L’ambassadrice américaine en Grèce, Kimberly Guilfoyle, ici photographiée le 26 février 2026, à Washington. PHOTO ANDREW LEYDEN/Getty Images/AFP
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L’ambassadrice américaine en Grèce, Kimberly Guilfoyle, se trouve au cœur d’une polémique à la suite de la publication, vendredi 25 septembre, d’un article du Wall Street Journal mettant en cause son rôle et celui de Christos Marafatsos, lobbyiste de l’entreprise grecque de construction Aktor Group, dans les accords signés pour approvisionner les Balkans en gaz américain.
“L’administration Trump souhaite que ses alliés situés à l’est de l’Europe achètent des milliards de dollars de gaz naturel américain”, retrace le Wall Street Journal. À une condition : “Le gouvernement bulgare devrait traiter avec […] Aktor Group, un nouvel acteur du secteur gazier qui s’est associé à une entreprise énergétique grecque soutenue par l’État pour importer du gaz naturel liquéfié des États-Unis.”
En novembre 2025, tout juste arrivée en poste à Athènes, Kimberly Guilfoyle accompagne la signature d’importants contrats visant à faire de la Grèce la porte d’entrée du gaz naturel liquéfié (GNL) américain en Europe de l’Est. Des accords d’un montant de 25 milliards d’euros sur vingt ans sont signés pour acheminer le GNL américain par bateau au sein d’infrastructures spécifiques, avant de l’exporter dans la région par gazoduc.
Surfant sur les sanctions européennes visant le gaz russe, Washington avance ses pions. “[Kimberly Guilfoyle] a déconcerté les responsables gouvernementaux de toute la région par sa promotion persistante d’une entreprise grecque spécifique et par ses efforts considérables pour impliquer Marafatsos, un néophyte en matière de diplomatie et d’énergie”, poursuit le journal américain.
Diplomatie nouvelle
Ce Gréco-Américain de 39 ans, proche de l’ambassadrice américaine depuis plusieurs années, semble autant agir comme conseiller spécial que comme lobbyiste pour l’entreprise Aktor Group. Après la Grèce et l’Albanie, la société grecque et l’ambassadrice américaine ont donc passé le printemps à courtiser la Bulgarie.
“Guilfoyle est devenue un symbole puissant de la nouvelle école de diplomatie américaine sous Trump : une fusion de célébrité, d’affaires et de géopolitique”, décrit le journal américain.
Mais à Athènes, les manières et l’attitude de Kimberly Guilfoyle irritent et interrogent. L’article révèle une dispute entre l’ambassadrice et le ministre de l’Énergie grec, Stavros Papastavrou, au cours d’un dîner entre hauts dignitaires des deux pays, en mars.
“Évoquant la chute imminente du gouvernement roumain, Guilfoyle aurait déclaré : ‘Nous pouvons faire ça à n’importe quel pays. Nous pouvons le faire ici’, selon un participant au dîner et d’autres personnes informées de l’incident. La conversation s’est envenimée, Papastavrou rétorquant que les États-Unis ne pouvaient pas remplacer le gouvernement grec, élu par le peuple”, précise le Wall Street Journal.
“Peu importe si vous faites du bon yaourt”
Ces révélations ont provoqué un tollé en Grèce. “Ce rôle interventionniste crée la polémique”, résume sobrement le journal de centre droit I Kathimerini. Tous les partis d’opposition ont ainsi réclamé des explications tandis que plusieurs membres du gouvernement conservateur se sont succédé pour démentir la scène et de tels propos.
“Bien que les acteurs du secteur énergétique régional entretiennent des relations directes avec Donald Trump, le gouvernement grec s’applique à ne pas s’en prendre à Trump.” Autrement dit, comme l’a confié une source diplomatique à Protagon, Athènes préfère “botter en touche plutôt que de prendre le risque d’une intervention directe de ce dernier auprès de la Grèce”, assure le média d’opinion.
“Je ne crois pas qu’il existe un ambassadeur américain dans le monde qui, lors d’un dîner officiel, se vante de renverser le gouvernement du pays qui l’accueille”, tente de défendre cet éditorialiste très conservateur du journal To Vima. “Ce sont peut-être des Américains, mais ils ne sont pas stupides”, ajoute-t-il, lassé de ce qu’il présente comme un antiaméricanisme latent dans le pays.
À Athènes, l’ambassadrice américaine en Grèce n’en est pourtant pas à son premier coup d’éclat. En 2015, alors qu’elle était présentatrice sur la chaîne Fox News et que la Grèce était en pleine crise de la dette, elle avait déclaré : “Personne n’aime les profiteurs. Peu importe si vous faites du bon yaourt, je m’en fiche.”
À l’automne 2025, pour sa première interview télévisée dans un média grec, Kimberly Guilfoyle jugeait “regrettable” que le port du Pirée soit majoritairement détenu par Pékin, provoquant une friction diplomatique avec la Chine.