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Le blocus des lycées prend de l’ampleur et oppose La France insoumise et le gouvernement

Jusqu’ici limité, le mouvement s’est étendu, lundi, en dehors de l’Ile-de-France et a touché 180 établissements. Le ministre de l’intérieur a évoqué des « violences urbaines » ayant donné lieu à 164 interpellations. Le gouvernement accuse LFI d’instrumentaliser la mobilisation tandis que Jean-Luc Mélenchon dénonce une « répression irresponsable ».

 

Devant le lycée professionnel Frédéric-Bartholdi, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 28 septembre 2026.
Devant le lycée professionnel Frédéric-Bartholdi, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 28 septembre 2026. FRDERIC MUNSCH/SIPA
Le mouvement était, jusque-là, sporadique, mais il pourrait prendre de l’ampleur : après des perturbations dans une soixantaine de lycées d’Ile-de-France, en fin de semaine dernière, l’Union syndicale lycéenne (USL) appelle désormais à un blocage « dans tous les lycées » mardi 29 septembre, jour de mobilisation dans la fonction publique.
« On a pris la décision de généraliser ce qui se passe en Ile-de-France, parce que ce sont des problématiques présentes sur tout le territoire », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) le président de l’USL Ryad Rani. Dans un communiqué, l’organisation lycéenne évoque le « manque de professeurs et de personnels », les « lycées délabrés », les « emplois du temps et classes surchargés » ou encore le « stress engendré par Parcoursup ».

 

 

Le mouvement est né le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, où plusieurs postes d’enseignants n’étaient pas assurés. Il s’est ensuite étendu en Ile-de-France, où environ 12 % des 468 lycées publics ont fait l’objet de tentative de blocage, et une dizaine ont été bloqués. Lundi 28 septembre, la mobilisation « s’intensifie », selon les rectorats de Créteil et Versailles. Des actions ont également été recensées à Marseille, Lille, dans la région lyonnaise ou dans le Var et les Alpes-Maritimes. Lundi, 180 établissements ont été perturbés, selon le ministère de l’intérieur.
Les rectorats évoquent une « amplification » par les réseaux sociaux, mais l’engrenage reste pour l’heure peu clair. Les revendications variaient fortement d’un lycée à l’autre, lundi. Des dizaines de tracts, la plupart générés par intelligence artificielle et portant des demandes spécifiques à un établissement, ont circulé ces derniers jours sur Snapchat, Instagram et TikTok. On peut y lire aussi bien des revendications sur les manques de moyens, le non-remplacement d’enseignants ou la vétusté des locaux, que des demandes d’assouplissement de l’interdiction des téléphones portables ou des protestations quant aux quantités, jugées insuffisantes, de nourriture à la cantine.

Revendications « légitimes »

« Ces mobilisations ont pu donner lieu à des attroupements, des mouvements de foule ainsi qu’à des dégradations matérielles de manière très occasionnelle et à l’usage d’artifices », notaient lundi les rectorats de Créteil et Versailles. Tout en reconnaissant que les lycéens pouvaient avoir des revendications « tout à fait légitimes », le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, a estimé lundi sur RMC qu’« il y a aussi d’autres personnes violentes, qui arrivent cagoulées avec palettes et matelas et qui poussent les lycéens à se mobiliser de manière violente ».
La région Ile-de-France fait état auprès du Monde d’une « quinzaine de lycées ayant subi des dégradations ». « On n’a pas eu des mouvements de contestation très habituels », a déclaré lundi soir le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, évoquant des « violences urbaines ». D’après les chiffres communiqués par Beauvau, 164 interpellations ont eu lieu, une douzaine de lycéens ont été blessés, ainsi que huit membres de l’éducation nationale, et douze membres des forces de l’ordre. Le procureur de Pontoise a par ailleurs annoncé à Libération l’ouverture d’une enquête de l’inspection générale de la police nationale (IGPN) après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo, tournée à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), montrant un policier tirant à bout portant sur un lycéen à l’aide d’un lance-projectile de type Cougar.
La mobilisation a pris une tournure politique et donné lieu à une vive passe d’armes, lundi, entre le premier ministre Sébastien Lecornu, et la présidente (Les Républicains) de la région Ile-de-France Valérie Pécresse d’une part, et plusieurs cadres de La France insoumise (LFI) d’autre part. Le mouvement lycéen a en effet reçu le soutien appuyé de plusieurs élus « insoumis », dont le député du Val-de-Marne Louis Boyard, qui s’était déplacé dès le 21 septembre à Créteil pour y soutenir les élèves du lycée Saint-Exupéry. Louis Boyard avait estimé dans les jours suivants que « le mouvement lycéen [devait] s’étendre » et que les « élèves veulent le bac, pas qu’on leur envoie la BAC ».

« Escalade politique »

Ces appels politiques à étendre les blocages constituent une « surenchère irresponsable », dans un contexte où il y a eu des « tirs de mortiers, des incendies, des violences aux abords des lycées », estimait lundi Sébastien Lecornu, dans un message publié sur le réseau social X. « Les difficultés des lycées doivent être entendues et traitées. La violence doit être condamnée sans ambiguïté et ses auteurs répondre de leurs actes. » Les ministres de l’intérieur et de l’éducation nationale ont prévenu que les forces de l’ordre interviendraient en cas de violences et de blocage total.
« Les lycéens en mouvement sont inoffensifs », lui répondait, quelques heures plus tard, Jean-Luc Mélenchon, toujours sur X. « Le gouvernement Lecornu a ordonné la répression. Cette férocité est irresponsable avec un arrière-goût raciste évident », écrivait le leader de LFI, qui appelait par ailleurs ses élus et militants à « s’interposer partout où [ils] le pouv[aient] ». Lundi matin, le maire (LFI) de Saint-Denis, Bally Bagayoko, s’était rendu devant un lycée de sa ville, et avait chanté La Marseillaise avec des élèves en bloquant l’entrée.
En parallèle, Valérie Pécresse s’emportait à son tour dans une tribune publiée par Le Point contre LFI, qu’elle accuse d’instrumentaliser le mouvement lycéen pour faire de la jeunesse une « chair à canon électorale ».
La situation inquiète Sophie Vénétitay, à la tête du SNES-FSU, premier syndicat enseignant du second degré. « L’escalade politique entre le gouvernement et LFI manque de hauteur sur le sujet, dénonce-t-elle. Il faut faire en sorte d’éviter toute violence contre les élèves et les personnels, cesser la répression policière et créer un espace de dialogue avec les élèves qui ont des choses à dire. »

Origines floues

Toutes les autorités s’accordent à dire que la diffusion du mouvement est, à ce stade, « nébuleuse ». Plusieurs vidéos évoquant les blocages ont connu, durant le week-end et en début d’après-midi lundi, une importante viralité. La quasi-totalité étaient composées d’un mélange d’images d’archives et de vidéos des premiers blocages, et étaient diffusées non par des comptes militants, mais par des comptes « attrape-clics » spécialisés dans les faits divers racoleurs. Ainsi, une vidéo sur les blocages, publiée samedi 26 septembre par un compte TikTok appelé « Flash infos » a accumulé en 48 heures plus de 800 000 vues et plus de 120 000 « likes ».
Cette diffusion à grande échelle semble avoir été « naturelle », sans relais politiques particuliers ni promotion artificielle – une note flash de la police nationale, datée de vendredi et que Le Monde a pu consulter, soulignait la responsabilité d’un influenceur connu sur TikTok dans la diffusion des appels à bloquer. Ce jeune homme s’était déplacé à Créteil, la semaine dernière, pour soutenir les élèves du lycée Antoine de Saint-Exupéry ; mais depuis, il a surtout diffusé des appels à « se calmer » et a dénoncé les dégradations commises dans certains établissements. Viginum, l’organisme chargé de la détection et de la lutte contre les ingérences étrangères, explique au Monde n’avoir constaté à ce stade aucune amplification artificielle des contenus liés aux blocus par des acteurs étrangers.