Vu du Royaume-Uni.
Face aux incendies, un débat politique français trop “prudent et lâche”
D’abord la clim, puis les Canadair : beaucoup de propos démagogiques, de calculs électoraux et de débats absurdes empoisonnent la situation, en cet été 2026 marqué par la chaleur et les incendies, analyse ce journaliste britannique. Pour trouver des héros qui affrontent le changement climatique en France, cherchez ailleurs…
Le président français, Emmanuel Macron, devant des pompiers à Bordeaux, en pleine lutte contre les incendies monstres qui ravagent la Gironde, le 27 juillet 2026. PHOTO KENZO TRIBOUILLARD/REUTERS
Nous vivons un été terrifiant. Et des étés plus terrifiants encore sont à venir.
En juin, une canicule a provoqué une surmortalité de 5 700 personnes en France. Une quatrième vague de chaleur commence en ces derniers jours de juillet, avec des températures proches de 40 °C. Les plus grands incendies jamais survenus en France ravagent les pinèdes du Sud-Ouest. Bordeaux semblait menacée il y a encore quelques jours, mais la neuvième ville du pays a finalement été épargnée grâce à l’orientation du vent et au courage des pompiers, dont la majorité sont des volontaires.
Août n’a pas encore commencé, or, en France, c’est habituellement le mois des températures les plus élevées et des pires feux de forêt.
Les premières canicules [de l’année] ont suscité un débat politique absurde qui portait non pas sur le réchauffement climatique mais sur la climatisation. La polémique est née d’une étincelle lancée délibérément par Marine Le Pen, pressentie pour être la prochaine occupante de l’Élysée, selon les sondages d’opinion.
Sacrés Français
Notre newsletter consacrée à ce que la presse étrangère écrit de meilleur et de pire sur l’Hexagone
Elle a laissé entendre que, si la France vivait un été affreux, c’était parce que les élites*, et tout particulièrement la gauche, détestaient la climatisation et s’y opposaient. Ladite polémique a consumé quasiment toute l’attention politique, au lieu qu’on examine sérieusement la réalité du dérèglement climatique (une menace que l’extrême droite nie ou minimise, en France comme ailleurs).
Nous n’avons pas entendu grand-chose de Le Pen sur les incendies. Ne pourrait-on pas y remédier grâce à des climatiseurs géants que l’on suspendrait au-dessus de l’Aquitaine ?
De leur côté, Jean-Luc Mélenchon et son numéro deux, Manuel Bompard, ont accusé les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron d’avoir négligé les défenses anti-incendie de la France. Ils ont affirmé que le projet d’acheter de nouveaux Canadair, ces avions qui prennent de l’eau dans les lacs ou la mer pour lutter contre les flammes, avait été annulé par le gouvernement de Gabriel Attal en 2024. En réalité, ces appareils ne sont plus fabriqués depuis 2015. Leur production a été relancée par l’entreprise canadienne De Havilland, notamment à la demande de la France, mais les deux premiers avions ne seront pas livrés avant 2028.
Les gouvernements de Macron ont doublé le budget de la Sécurité civile depuis 2017 et affecté plus de fonds à la flotte aérienne de lutte contre les incendies que tout autre gouvernement au XXIe siècle.
Qui est responsable de quoi ?
Il est malgré tout fâcheux que seulement 7 Canadair sur 12 aient été opérationnels en juillet pour combattre les plus grands feux que la France ait connu. À qui la faute ? L’un des appareils s’est écrasé en 2025. D’autres sont hors service en raison d’une pénurie de pièces détachées et de lenteurs dans la maintenance. On peut reprocher aux pouvoirs publics d’avoir négligé les signes annonçant que le contrat privé d’entretien des Canadair était insuffisant. Mais ce n’est pas ce qu’a dit Mélenchon.
Les querelles entre partis confirment ce que nous savions déjà. La politique ne fait pas bon ménage avec les données alarmantes et implacables du changement climatique. L’été destructeur de 2026 servira-t-il à concentrer les esprits et à faire du réchauffement climatique une priorité de la campagne présidentielle en 2027 ? Permettez-moi d’en douter.
Tous les candidats seront contraints de formuler des éléments de langage sur le climat. Même Le Pen a ajusté sa position. Elle affirme que son parti n’a jamais réfuté l’existence du réchauffement planétaire et ne contestait les rapports que sur la gravité du changement climatique.
Du pur sophisme. Quoi qu’il en soit, les rapports officiels ne semblaient pas exagérés. Le Pen demeure opposée à tout ce qui pourrait compliquer la vie de ses électeurs effectifs et potentiels, notamment les objectifs de neutralité carbone.
La plupart des autres personnalités politiques, outre celles des Verts et de certains pans de la gauche, sont tout aussi prudentes ou lâches. Comment leur en vouloir ? Un échec cuisant attend tout programme électoral appelant à des mesures qui changeront nos vies pour réduire les émissions à l’origine du changement climatique.
Il faudra plusieurs étés accablants avant que l’opinion publique ne commence à bouger, si tant est qu’elle bouge un jour. Il est facile de rejeter la faute sur les responsables politiques ou les médias. La rejeter sur les gens n’a guère d’intérêt. La vie politique en démocratie a un horizon restreint, défini par les préoccupations de l’électorat au quotidien.
Les électeurs considèrent que l’immigration, le coût de la vie ou la santé sont des thématiques sur lesquelles les politiques peuvent avoir un pouvoir. Ils doutent de leur capacité à influer sur le temps qu’il fait.
Pendant ce temps, la démagogie habituelle régnera. La montée des températures extérieures échauffera les esprits. “Il suffit de tout climatiser.” “Tout irait bien si les gouvernements de Macron avaient acheté d’autres avions qui n’existent plus, pour lutter contre les incendies.”
La découverte des pompiers, “soldats du climat”
Méditons plutôt sur un constat extraordinaire et plus positif que cet été terrifiant a permis d’établir : presque tous les jeunes hommes et les jeunes femmes qui combattent les flammes dans le Sud-Ouest sont des volontaires.
La France compte 258 000 pompiers, mais seulement 44 000 d’entre eux sont des professionnels à temps plein. Les autres, dont 20 % de femmes, sont des volontaires à temps partiel qui sont appelés en cas de besoin et ont un autre emploi. Ils risquent leur vie pour moins que le Smic (de 8,71 à 13,11 euros de l’heure, non imposables).
Les trois pompiers qui sont morts en juillet étaient des professionnels. Plusieurs des volontaires ont retrouvé leur habitation calcinée après avoir lutté pour sauver celles des autres. Les sapeurs-pompiers font face à une pénurie d’équipements, même si Macron affirme avoir renforcé le budget de la Sécurité civile. L’essentiel des dépenses liées à la lutte contre les incendies relève des budgets locaux et régionaux, qui ont été réduits au minimum.
Les médias français qualifient les sapeurs-pompiers de “soldats du feu”. Éric Brocardi, porte-parole de leur fédération nationale, a déclaré qu’ils étaient aussi les “soldats du climat” ou les “soldats de la vie”.
* En français dans le texte.