Bientôt, quand l'hiver sera là, nous nous moquerons sans doute à nouveau de l'attentat terroriste le plus grave que l'humanité ait jamais connu.
Barbara Debusschere estime que, durant cet été marqué par les décès dus à la canicule et les incendies gigantesques, c'est l'absence de colère qui est la plus effrayante. Et tous les avertissements seront balayés d'un revers de main cet hiver, qualifiés d'alarmisme hystérique.
Imaginons que les services de renseignement découvrent que des terroristes préparent un attentat contre votre ville. Et qu’ils expliquent à temps à la municipalité ce qu’il faut faire pour éviter autant que possible les morts et les blessés, mais que celle-ci ne fasse ensuite rien. Nous serions fous de rage et chasserions ces élus de leurs fonctions en les couvrant de poix et de plumes. On parlerait alors de « négligence coupable ».
C’est à peu près la même chose qui se passe à l’échelle mondiale.
Il y a déjà trente-six ans, les scientifiques nous mettaient en garde contre les ravages meurtriers dont les « mises à jour » pleuvent aujourd’hui : « des dizaines de milliers de personnes évacuées », « des milliers de morts dus à la chaleur », « des fumées toxiques dues aux feux de forêt », « des réseaux électriques qui ont cédé sous l’effet de la chaleur extrême », « des récoltes ratées et des terres agricoles desséchées ».
L’avertissement des scientifiques a donc été largement ignoré. À l’échelle mondiale, les émissions de CO₂ ne diminuent toujours pas, même si, heureusement, leur augmentation ralentit. L’industrie des énergies fossiles continue d’être largement subventionnée. Alors que de plus en plus de citoyens en paient le prix, les géants des énergies fossiles devraient presque doubler leur bénéfice net au deuxième trimestre de cette année.
La Commission européenne, qui ne constate qu’aujourd’hui que la réponse apportée à ces incendies qui se propagent à une vitesse fulgurante est « insuffisante », affaiblit son propre « Green Deal » en assouplissant désormais également le système d’échange de quotas d’émission (SEQE), ce qui repousse de neuf ans l’objectif final d’une industrie sans émissions, désormais fixé à 2048. La Flandre n’a toujours pas de plan de restauration de la nature et étend les aides énergétiques aux entreprises.
Nous nous éloignons ainsi de plus en plus rapidement de la « zone climatique critique » étroite dans laquelle notre espèce a toujours vécu. Les villes et l’agriculture que nous avons développées en nous appuyant sur ce climat stable ne seront désormais plus viables sans adaptations considérables. Les forêts qui nous protègent de la sécheresse et de la chaleur partiront de plus en plus souvent en fumée et le nombre de victimes ne cessera d’augmenter.
Mais il existe une grande différence entre l’exemple fictif de la menace terroriste pesant sur une ville et l’attaque climatique qui frappe le monde.
Ce qu’il y a de plus terrifiant dans cet été marqué par les décès dus à la chaleur et les incendies monstrueux, ce ne sont pas les corps calcinés de touristes, arrivés trop tard pour échapper à la mer de feu. Ce ne sont pas les personnes retrouvées mortes dans des appartements brûlants, les oiseaux qui s’immobilisent ou les incendies de plus en plus incontrôlables qui anéantissent des vies.
Ce qui est le plus effrayant dans cet été caniculaire, c’est l’absence de colère. Le silence et l’indifférence. Le cynisme (« ces morts de chaleur, ce ne sont que des personnes âgées »). La négligence politique (« plongez dans votre piscine », « faites preuve de bon sens »). La négligence délibérée (où en est la politique d’adaptation structurelle ?).
Et la prise de conscience que bientôt, quand l'hiver sera là et que nous nous plaindrons des prix de l'énergie, on se moquera du plus grand attentat terroriste que l'humanité ait jamais connu. Dans le meilleur des cas.
Dans le scénario le plus probable, dès janvier, pour la 37e année consécutive, les avertissements à ce sujet seront à nouveau balayés d’un revers de main, qualifiés d’alarmisme hystérique qui nuit à « la résilience de notre économie ».
Mais c’est précisément cette négligence coupable qui nous rend de plus en plus vulnérables.