Davos, élite économique et réchauffement climatique par Jules Kortenhorst

 

 

DAVOS – Cette année, lors de sa fameuse réunion annuelle à Davos en Suisse, le Forum  économique mondial a appelé les entreprises du monde entier à un engagement : parvenir à un bilan net nul de leurs émissions de gaz à effet de serre au plus tard en 2050. La climatologie montre que cet objectif est nécessaire, tant pour atteindre les objectifs fixés en 2015 par l'accord de Paris sur le climat que pour éviter un réchauffement climatique catastrophique.

Au Rocky Mountain Institute, nous nous réjouissons évidemment de cet appel aux entreprises du monde entier. C'est le bon moment. Cela montre aux grands patrons du monde des affaires, que membres de "l'élite de Davos", il leur incombe de montrer l'exemple en prenant des mesures immédiates et audacieuses pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Comme le Forum le souligne, la réunion de cette année est "l'occasion rêvée" pour prendre l'initiative sur cette question cruciale.

Lors de ma première journée complète à Davos, au moment de la session du petit déjeuner, Feike Sijbesma, le pdg de Royal DSM, a parlé de ce qu'implique le fait d'appartenir à "l'élite de Davos". Il a rappelé à chacun que ce statut s'accompagne de la responsabilité de rendre le monde meilleur. A mon avis, l'expression "noblesse oblige" traduit parfaitement son idée.

Cette année plus spécialement, faire preuve de responsabilité implique de prendre des mesures concrètes face à la crise climatique. Si les principales personnalités du monde des affaires ne remplissent pas leur obligation à ce sujet - obligation qui tient à leur position privilégiée - la société, et plus particulièrement les jeunes, n'auront plus aucune raison d'accepter leur leadership.

Par ailleurs, si les dirigeants politiques ne prennent pas les mesures indispensables que nous indique la science du climat, ils en porteront la responsabilité. Du fait de la crise climatique, l'action en faveur de l'environnement est devenue un élément essentiel de leur leadership. Un véritable dirigeant ne peut ignorer la crise climatique et l'action qu'elle suppose.

Lors de ma deuxième journée à Davos, j'ai participé à une autre session à l'occasion du petit déjeuner, organisée cette fois par BlackRock, le plus grand fonds financier mondial, avec 7000 milliards d'actifs. Cette année, dans sa lettre aux investisseurs, son pdg Larry Fink s'engage à considérer le réchauffement climatique et le développement durable comme des éléments clés dans les décisions d'investissement de BlackRock. Il comprend de toute évidence la responsabilité qui s'attache à la détention d'un pouvoir important, et il fait de BlackRock le parfait exemple de la manière dont le monde des affaires commence à réagir à la crise climatique.

L'élite de Davos réalise de plus en plus que les solutions durables sont souvent les plus rémunératrices et que la transition vers une énergie propre offre d'innombrables occasions de faire des affaires. Ainsi, de même que lors du discours de Fink, beaucoup de responsables du monde des affaires et de la finance ont participé à la session de petit déjeuner avec BlackRock. Or ce sont eux qui seront en première ligne pour orienter leur secteur vers un avenir à faible émission de carbone.

Ils ont enfin pris conscience qu'ils doivent agir de toute urgence en faveur d'un avenir durable. Confrontés à un futur incertain, dans le monde entier de plus en plus de gens, notamment des jeunes, réalisent la menace que fait peser la crise climatique. Lors de son discours à l'occasion de la session plénière, Greta Thunberg, la militante pour le climat âgée de 17 ans, a déclaré, "Pourquoi est-il si important de rester en dessous de 1,5°C ? C'est parce que même avec une augmentation de 1°C des gens meurent du fait du réchauffement climatique…. Chaque dixième de degré compte".

Pour sa part, le Rocky Mountain Institute va améliorer l'impact de son travail en élargissant son domaine d'étude de l'objectif essentiel de parvenir à des émissions nettes nulles en 2050 aux mesures prises pour diviser par 2 ces émissions d'ici 2030 - car c'est ce à quoi la science nous appelle. Nous travaillons avec les dirigeants des secteurs concernés (notamment l'électricité, le transport, la construction, la finance et d'autres plus difficiles à convaincre comme le transport maritime, l'aviation, le ciment et le métal) pour accélérer la transition vers une économie à faible émission de carbone. Au-delà des entreprises, nous encourageons les dirigeants dans différents secteurs de la société à faire face à leur responsabilité. Nous les invitons à se joindre à nous pour montrer ce qu'est un véritable leadership.

Enfin, le Rocky Mountain Institute se joint au Forum économique mondial dans son appel à l'action adressé aux dirigeants des grandes entreprises de la planète. Nous espérons que ceux qui étaient à Davos s'engageront sur l'objectif "Emissions nettes nulles d'ici 2050". Un engagement public est le premier pas vers une position de leadership mondial. Les entreprises doivent elles aussi ouvrir la voie de la transition vers une énergie propre !

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

Source: project-syndicate.org by Jules Kortenhorst